Touristes vs habitants : la guerre de la vue sur mer

Retranscription de la conférence du 18 septembre 2025 au Couvent des Jacobins (Rennes )
Colloque Organic Cities II

Auteur
Affiliation

Député des Pyrénées-Atlantiques

Date de publication

18 septembre 2025

Modifié

5 janvier 2026

Bonjour à toutes et à tous, et désolé de devoir être en distanciel, vous connaissez le mouvement social qui se déroule aujourd’hui dans le pays. Mais je suis très heureux de pouvoir intervenir en visio.

Aujourd’hui, malheureusement, une partie de notre littoral et, au-delà, une partie des territoires de notre pays, appartient à ceux qui en ont les moyens et non pas à ceux qui le font vivre au quotidien. Je parle de moyens financiers.

Donc, effectivement, il faut arriver à encadrer la question des résidences secondaires, en tout cas de ne plus en faire un tabou, de réfléchir à comment on fait pour retrouver l’équilibre entre résidences principales et résidences secondaires.

Oui, il faut encadrer les pratiques des meublés de tourisme. On l’a vu ces dernières années, c’est un phénomène qui a grandi de façon exponentielle, sans aucune maîtrise dans les premières années où les éléments positifs qu’apportait le meublé de tourisme étaient les seuls mis en avant. Sauf qu’on a vu au fur et à mesure les effets délétères sur un certain nombre de territoires. Donc, il fallait agir. Nous avons commencé à agir. Un certain nombre de territoires, notamment des territoires littoraux, ont commencé à agir.

Et enfin, effectivement, cela a un enjeu et un effet sur la cohésion dans les territoires. Venant d’un territoire, d’une partie d’un territoire, le Pays Basque, qui a une identité forte, mais aussi une histoire, c’est un enjeu de cohésion et de pacification des relations pour construire l’avenir ensemble. Et je ne voudrais pas, à titre personnel, mais je pense qu’une majorité me rejoint, revivre les tensions, la violence que mon territoire a connue il y a quelques années, dont l’une des revendications était de pouvoir vivre et se loger au pays. On se retrouve quelques années plus tard, sans violence, mais avec de nouveau des difficultés à vivre et travailler sur nos territoires parce que le tourisme a pris trop de place et parce que la résidence secondaire aussi.

Et enfin, je dirais un dernier moto : oui, le tourisme est important sur le littoral, mais il n’occupe pas une place centrale du 1er janvier au 31 décembre. Nos littoraux et nos rétrolittoraux aussi, qui sont aujourd’hui impactés, sont faits de services publics, sont faits d’entreprises, sont faits d’habitants et d’habitantes qui aujourd’hui se retrouvent confrontés à l’envolée des prix, à la spéculation immobilière. Et donc, pour qu’un territoire soit touristique, il soit attractif, il faut qu’il soit vivant. Et si on le vide de ses habitants, alors on ne sera plus qu’un musée. Et c’est pour ça qu’on doit agir.

Figure 1

L’essentiel des chiffres, vous les connaissez. Effectivement, on a une explosion du nombre de résidences secondaires sur le territoire. On atteint près de 4 millions aujourd’hui, soit 10% du parc à l’échelle nationale. Mais quand on va dans un certain nombre de territoires, la proportion est encore plus importante.

Moi, je viens du rétrolittoral, je suis élu de l’intérieur du Pays Basque et de l’intérieur du Béarn, où nous avons des communes qui atteignent entre 50 et 70% de résidences secondaires, et dans lesquelles ma génération n’arrive plus à avoir accès à la propriété ou à la location.

On a, en parallèle de ce phénomène de résidence secondaire, les meublés de tourisme, j’en ai parlé. On est passé de 300 000 en 2016 à plus d’un million minimum aujourd’hui. On a même des estimations qui montent à 1,3 million, voire 1,4 million. D’où la nécessité de réguler.

Figure 2

Et tout ça participe à l’explosion du coût de l’immobilier : 160% en 25 ans, alors que les revenus n’ont augmenté que de 29% sur le même temps. Donc on a une pression qui s’accroît sur les ménages, et le logement est devenu le premier poste de dépense, avec un taux d’effort de 30% dans un certain nombre de territoires, qui monte jusqu’à 40%, notamment sur l’agglomération du Pays Basque.

Et on le voit, la carte vous le montre, cette situation est accentuée dans les territoires métropolitains et littoraux comme la façade atlantique, parce que ce sont aujourd’hui des territoires, en plus du tourisme, qui deviennent attractifs, et avec la modification des usages, notamment après le Covid sur le télétravail, qui sont devenus des lieux refuges, mais qui subissent l’effet boomerang.

Figure 3

Et tout cela, je l’ai dit dans mon propos introductif, a un effet sur la vie au quotidien dans nos territoires :

Cela a donc un impact direct sur le pouvoir d’achat, sur l’accession à la propriété et sur la vitalité des communes qui mettent du budget pour embellir leurs communes, pour les faire fonctionner.

Et on se retrouve avec des services publics mis en difficulté, mais aussi des usages qui changent, je parle notamment de la mobilité, où encore une fois je prends l’exemple du territoire de l’Agglomération Pays Basque, où beaucoup de travailleurs qui sont sur la côte habitent maintenant à une heure ou à 45 minutes de Bayonne ou de Biarritz. Et donc tous les matins, on fait face aujourd’hui à des bouchons dignes du périphérique parisien, et les infrastructures routières, mais aussi de transports en commun ne sont pas à ce jour adaptées à ces mouvements de population.

Donc c’est un effet concret, direct, observable au jour le jour sur nos territoires.

C’est pour cela que, vous l’avez dit, je me suis engagé sur ce sujet-là. Je n’ai pas la prétention d’être un acteur de premier plan, mais en tout cas celle d’essayer d’agir dans l’intérêt général et de construire au parlement une dynamique globale sur les réponses à apporter à la crise du logement qui touche en premier lieu le littoral, mais globalement l’ensemble de la société française, alors que malheureusement, ces dernières années le gouvernement, le Président de la République n’ont pas fait du logement une priorité.

Ils ont vu et ils voient malheureusement encore aujourd’hui le logement comme quelque chose qui appartient au marché, et dans lequel l’État n’a pas à intervenir, et simplement une dépense pour l’État. Et on essaye avec d’autres collègues de faire entendre, dans cette période de recherche d’économies budgétaires, que le logement est un investissement qui rapporte à l’État sur le plan budgétaire pur et simple parce qu’1 euro de politique publique sur le logement, ce sont 3 euros de rentrée fiscale à la fin des opérations. Donc c’est de la bonne dette ou du bon investissement. Tous les investissements ne permettent pas cette rentabilité-là. Et en plus, en ricochet, une bonne politique du logement génère des baisses de dépenses pour les autres politiques publiques : sur la santé, sur la mobilité, sur la cohésion des territoires, sur le mal-logement. Aujourd’hui, le mal-logement coûte plus cher que l’investissement que fait l’État dans sa politique du logement.

Nous avons plaidé pendant des mois pour une grande loi de programmation du logement qui n’est jamais venue malheureusement. Et donc nous nous sommes retroussé les manches avec des députés de tous bords, de tous groupes politiques, à l’exception de l’extrême droite qui a une vision extrêmement libérale et individuelle de la question du logement. Nous nous sommes regroupés avec des députés de gauche, du centre et de la droite pour faire avancer un certain nombre de sujets et mettre sur la table des solutions avec des degrés d’intervention différents, mais avec un socle commun.

Cette alliance pour le logement parlementaire a permis d’aboutir sur des textes, notamment la régulation des locations touristiques qui maintenant va pouvoir être déployée sur l’ensemble des territoires et avec des outils adaptés à la réalité du terrain. On va avoir un alignement des règles de décence énergétique entre la location longue et courte durée.

Figure 4

Voici un petit point d’étape, mais je vais être rapide, sur ce texte qui a été un long parcours fait de turbulences et d’embûches. Mais on a tenu bon, en s’appuyant sur le transpartisan et sur les territoires, sur les acteurs locaux, sur les élus, sur les associations, sur tous ceux qui font vivre le monde du logement pour aller jusqu’au bout. Et on a fait adopter ce texte, après plusieurs péripéties, en novembre 2024.

Figure 5

Donc, je l’ai dit : régulation de la location touristique, mais aussi un combat sur la fiscalité et notamment sur la nécessité d’avantager la location longue durée. On a mis un premier pied dans la porte avec le texte, on va continuer ce travail-là dans le cadre du projet de loi de finances.

Figure 6

Ensuite, il y a la nécessité de relancer le secteur du logement social avec le soutien aux bailleurs sociaux qui ont été amputés d’un milliard trois par an depuis 2019 et donc qui sont en retrait sur un certain nombre de territoires, notamment les territoires ruraux, mais aussi les territoires où la spéculation va bon train parce qu’ils n’ont pas les ressources pour pouvoir aller sur les opérations extrêmement onéreuses.

On a le sujet en cours de l’encadrement des loyers qui arrive à son terme en 2026. Donc on mène toujours avec Annaïg Le Meur, ma co-rapporteure sur la loi Airbnb, une mission d’évaluation et nous rendrons un rapport la semaine prochaine au Parlement et à la ministre ou au ministre du logement qui sera nommé, pour proposer un certain nombre d’améliorations à l’encadrement des loyers et savoir si on se dirige vers une fin, une prolongation de l’expérimentation, une pérennisation du dispositif.

Et enfin, une mesure dont je suis assez fier : c’est la délimitation des zones urbaines ou urbanisées dans lesquelles seule la résidence principale sera autorisée. On parle de servitude de résidence principale. Ça a été un long travail qui vient porter quelque part un petit coup au sacro-saint droit de propriété, mais qui va pouvoir permettre aux élus de dire que tout ce qui est à construire, à l’heure du ZAN (Zéro Artificialisation Nette) et de la limitation de l’artificialisation des sols, devra être dirigé vers de la résidence principale. Un exemple qui va parler sur ce territoire : ma collègue Annaïg Le Meur disait que sur son territoire 40% des dernières opérations qui étaient sorties de terre avaient été directement de la résidence secondaire. Et ça aujourd’hui, on peut difficilement l’accepter à la fois au vu des enjeux du ZAN et à la fois au vu de la crise du logement.

Figure 7

Donc ça, c’est une mesure qui existe déjà et dont un certain nombre de communes se sont saisies. Et derrière, il y a toute une réflexion à avoir, comme je l’ai dit en introduction, sur le rapport que nous avons à la résidence secondaire, avec bien évidemment la question de la surtaxe d’habitation et sur des choses assez techniques dans lesquelles je ne rentrerai pas, comme la décorrélation des taux. In fine, ce qui nous guide, c’est de donner le pouvoir aux élus locaux d’agir en fonction des besoins du territoire, parce que ce qui se passe en Bretagne n’est pas la même chose qu’en Vendée, qui n’est pas la même chose que sur la côte Basque ou la côte Landaise. Et donc chaque maire, chaque collectivité aura à la fois le pouvoir et la responsabilité d’agir sur sa fiscalité sur la résidence secondaire et les logements vacants.

Figure 8

Et puis, on a aussi besoin aujourd’hui d’agir sur l’accession à la propriété. On a réussi à remettre sur table le prêt à taux zéro et il faut qu’on continue, qu’on puisse aider notamment les jeunes à avoir accès à la propriété pour dégripper le parcours dans le logement qui est aujourd’hui à l’arrêt, parce que les locataires n’ont pas la possibilité d’acheter. Le parcours résidentiel est freiné.

Et enfin, je terminerai sur une ouverture, sur un chantier que nous devons ouvrir : c’est celui de la régulation du foncier. On l’a fait, on le fait pour le foncier agricole, et je pense qu’aujourd’hui le législateur doit s’emparer de cette question, parce que c’est le point de départ de la situation de tension que nous connaissons aujourd’hui à travers nos territoires, avec cette spéculation et cette impossibilité à la fois pour les acteurs publics et pour les acteurs privés d’investir et de pouvoir loger tout le monde durablement et dignement sur tous nos territoires.

Merci

Réutilisation

Citation

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Veuillez citer ce travail comme suit :
Echaniz, I. (2025, September 18). Touristes vs habitants : la guerre de la vue sur mer. Organic Cities II, Rennes. Sciences Po Rennes & Villes Vivantes. https://papers.organiccities.co/touristes-vs-habitants-la-guerre-de-la-vue-sur-mer.html