Merci beaucoup, je suis ravi d’être ici. C’est un grand honneur de donner une présentation. C’est la première fois que j’assiste à une conférence en France. C’est très inspirant pour moi. Merci beaucoup à l’équipe de Villes Vivantes, particulièrement à David de m’avoir invité.
Je voudrais vous proposer un changement de perspective et parler du développement de la à haute intensité de la ville côtière de Đà Nẵng.
J’ai été invité à cette conférence non seulement parce que j’étudie le Vietnam depuis plus de 30 ans, mais aussi parce que je suis l’éditeur de la trilogie “ Développement urbain ” sur ses trois grandes villes : Hanoï, Hô Chi Minh et Đà Nẵng. Pour moi, c’est une mission de sortir de ma bulle scientifique afin de pouvoir sensibiliser le public — au travers d’histoires visuelles, de livres et d’ouvrages — aux enjeux du développement urbain et, surtout, de la soutenabilité urbaine.
Pour entrer dans le sujet de Đà Nẵng, je vais commencer par une image du Vietnam. Le Vietnam a une structure urbaine bipolaire avec Ho Chi Minh-ville au sud, qui est la plus grande ville, et Hanoï au nord. Đà Nẵng est le centre du Vietnam. C’est maintenant une grande province, de la même taille que l’Île-de-France, mais avec seulement un tiers de sa population.
Historiquement, Đà Nẵng ne jouait pas un rôle important.
Au nord. Il y avait Huế, la capitale de la dynastie Nguyễn, et au sud, il y avait Hội An, qui était un port important pour les commerçants japonais. Đà Nẵng a donc été plus important à l’époque de la guerre américaine, la guerre du Vietnam, durant laquelle en 1965, les premiers marins américains ont débarqué sur la plage de la Chine de Đà Nẵng.
Mais si vous regardez cette image de 1968, c’était toujours une ville dormante et provinciale, et l’expansion spatiale de la ville restait très limitée.
Ce scénario a radicalement changé après le nouveau millénaire, avec l’arrivée d’un nouveau président à la tête du Comité des Peuples de Đà Nẵng (Parti Communiste). En seulement 20 ans, la ville a connu une expansion spatiale massive. Pour y parvenir, le président a relocalisé environ un tiers de la population urbaine, vendu la quasi-totalité des terrains jouxtant la plage et, grâce aux recettes générées, a massivement investi dans les infrastructures — notamment des ponts enjambant la rivière Hàn. Ces infrastructures ont attiré de nombreux investisseurs dans les secteurs du tourisme et de la haute technologie.
En même temps, il a donné une nouvelle image à Đà Nẵng. C’était aussi le temps d’un nouveau Master Plan, axé sur le développement des hautes technologies, des conférences internationales, des conventions, et des points d’attraction pour le tourisme mondial, choses que chaque ville du Vietnam voulait promouvoir. Mais dans le cas de Đà Nẵng, cela a été assez réussi, pour différentes raisons, que je vais vous expliquer plus tard.
La ville s’est donnée pour slogan de devenir “ écologique, moderne et vivable ”. Un pari apparemment réussi, du moins si l’on en croit les rapports internationaux (deux d’entre eux datant de juillet et août 2025) qui désignent Đà Nẵng comme un hub mondial d’investissement et de haute technologie pour le Vietnam.
1 Une gouvernance locale progressiste qui a misé sur le marketing urbain, l’écologie et les industries de haute technologie
La clé de cette réussite réside dans un leadership politique progressiste qui a initié le développement et le marquage identitaire de la ville, tout en intensifiant les industries de haute technologie. Sur le plan urbain, ce succès a été concrétisé par une synergie réussie entre la communication, la tradition et la modernité.
En même temps, l’architecture de la ville a évolué pour devenir un atout. Le fameux Pont du Dragon, construit et inauguré en 2013, est ainsi devenu instantanément un symbole de Đà Nẵng. Si vous vous rendez sur place le samedi ou le dimanche, vous verrez ce dragon cracher du feu et de l’eau à 8 ou 9 heures du matin, un spectacle qui attire des milliers de personnes chaque semaine. Ce pont a d’ailleurs joué un rôle actif dans la promotion de lieux prisés sur Instagram, à l’image de la plage de Đà Nẵng, devenue extrêmement populaire, en particulier auprès des jeunes.
Cependant, il y a un élément encore plus important que le simple branding de la ville : l’attachement des habitants. La population urbaine s’approprie sa ville avec fierté, allant jusqu’à afficher des autocollants “ I love Đà Nẵng ” sur leurs voitures. D’un point de vue de la soutenabilité, il est essentiel que les citoyens soient fiers de leur ville, car s’ils l’aiment, ils en prendront soin de manière plus responsable et contribueront eux-mêmes à la rendre plus belle.
Un autre bâtiment emblématique est le centre administratif de Đà Nẵng (visible à gauche), déclaré durable (sustainable). Ironiquement, ses coûts électriques sont si élevés qu’une partie de l’administration a déjà dû le quitter, la structure du bâtiment emmagasinant excessivement la chaleur. C’est un cas qui s’apparente au greenwashing, mais qui représente aussi une expérience d’apprentissage importante pour l’administration locale. Par ailleurs, nous trouvons d’autres exemples de bâtiments dits “ verts ” (façades et murs végétaux) dans la ville, bien que ces initiatives restent cantonnées au secteur du tourisme.
Nous observons également l’existence de nouvelles zones urbaines en périphérie de Đà Nẵng. Vous ne le voyez peut-être pas clairement, mais la zone est en pleine mutation. Il n’y a pas grand-chose d’autre à voir que les infrastructures déjà en place — des arbres, des chiens et un strip mall. Ces zones, que l’on retrouve partout autour de Đà Nẵng, suggèrent que les autorités ont potentiellement surestimé la croissance économique future de la ville.
Sur cette image à plus grande échelle, vous constatez que beaucoup de nouvelles zones urbaines ne sont pas encore remplies.
J’affectionne particulièrement cette zone magnifique, située entre Đà Nẵng et Hội An, près des Montagnes de Marbre. Ce paysage jouit d’un cadre naturel exceptionnel : l’eau d’un côté, la terre intérieure et la mer. C’est dans cet environnement que se sont développées des quartiers d’habitat spontané.
Les illustrations ci-après montrent l’intensité avec laquelle ce paysage s’est densifié, notamment par des implantations spontanées, sur une période de 35 ans. Ce processus de densification s’est déployé dans trois directions différentes, toujours au sein de ce secteur encadré par les montagnes de marbre.
L’image qui suit illustre que le succès de Đà Nẵng réside dans le démarrage et l’implémentation concrète des zones ouvertes à l’urbanisation. C’est un point essentiel : au Vietnam, comme dans d’autres pays d’Asie, le défi n’est pas tant la connaissance que l’exécution. Vous voyez ici des bâtiments datant de 2008, situés très près des montagnes, en bordure de la route, qui ont été démolis. Aujourd’hui, cet espace est transformé, avec une vocation culturelle et religieuse, non résidentielle.
La zone présentée ci-dessous, située à proximité des montagnes de marbre (au sud), accueille le développement d’un acteur privé de l’État. FPT, l’une des plus grandes entreprises de logiciels du Vietnam, a développé de façon intégrée un centre de convention, une école, des espaces publics attrayants et une université locale, combinés à des logements. Ce type de développement intégré est particulièrement efficace pour attirer la main-d’œuvre locale et pour regrouper, dans un périmètre restreint, toutes les fonctions de base.
2 L’atout constitué par les paysages et le patrimoine culturel
Le paysage naturel combinant montagnes et eau est, à mon avis, un élément majeur de l’attractivité de Đà Nẵng.
Cette configuration naturelle, avec la mer, la rivière, et les montagnes, peut être comparée à des villes comme Vancouver au Canada, ou même Le Cap en Afrique du Sud.
Ce type d’environnement exceptionnel est un facteur déterminant pour attirer les populations nationales et internationales. La population de Đà Nẵng a triplé au cours des 20 dernières années, surpassant de loin la croissance nationale du Vietnam.
Pour compléter cette perspective, Hội An offre un autre point d’intérêt. Cette photo, prise il y a dix ans, illustre la beauté du site et son architecture homogène, s’intégrant parfaitement entre la rivière, la mer et les montagnes.
Le sanctuaire de Mỹ Sơn, l’ancienne capitale de la culture hindouiste qui dominait la région jusqu’à la fin du XIe siècle, est un site de classe mondiale. Malheureusement, il a été largement détruit par les bombardements américains durant la guerre du Vietnam.
Une autre référence culturelle majeure se trouve à seulement 90 kilomètres au nord de Đà Nẵng : la ville impériale de Hué. C’est là que la dynastie Nguyễn a régné sur le Vietnam, à partir de 1802 jusqu’à sa défaite finale face aux Français.
Voici un petit village de pêcheurs au sud de Hội An, près de Tam Kỳ. Une ONG internationale coréenne y a encouragé les pêcheurs et les artistes locaux à peindre leurs bâtiments afin de raconter l’histoire maritime de la ville. L’objectif est double : renforcer le sentiment d’identité chez les villageois, et rendre cet endroit plus attractif pour le tourisme.
3 Le front de mer et la plage urbaine
Đà Nẵng cherche développer son front de mer un peu à l’image de Miami Beach. Cependant, l’ensemble est loin d’être praticable à pied (walkable) et apparaît un peu surdimensionné. Néanmoins, la ville bénéficie d’une très longue rive bordée par de nombreux hôtels offrant des vues imprenables sur la rivière et l’océan, ce qui est très séduisant.
Cette image un peu ancienne montre la zone vue du sud. Désormais la plus grande partie de cette route est bordée d’hôtels 4 et 5 étoiles. On peut se montrer critique face à cette densification, mais c’est une source de revenus très importante.
Voici, ci-dessous, à gauche, une image datant de ma première visite à Đà Nẵng en 1997, lorsque j’étais doctorant. À cette époque, le secteur près du marché central, au bord de la rivière, était uniquement dédié à l’économie et à la pêche. Aujourd’hui, cet endroit est transformé en un front d’eau moderne, avec un mémorial célébrant les 50 ans de la fin de la guerre du Vietnam et une nouvelle ligne d’horizon en arrière-plan. L’ensemble du site a donc été complètement métamorphosé.
La séquence temporelle ci-dessus illustre la reconstruction du front de rivière. Des remblaiements ont permis à la ville de gagner du terrain sur la rivière, utilisé pour la construction de bâtiments de grande hauteur et de nouvelles zones urbaines.
4 La mixité des types de bâtiments et des architectures
Nous trouvons à Đà Nẵng un mélange de types de bâtiments qui, à mon avis, est particulièrement attrayant et très typique du Vietnam.
Voici un quartier occupé par des classes moyennes. Les infrastructures de base étaient déjà en place. Ensuite, les promoteurs privés ou, plus souvent encore, les familles elles-mêmes, ont construit leurs bâtiments. Chaque édifice est un peu différent. La qualité architecturale individuelle n’est peut-être pas exceptionnelle, mais l’impression générale qui s’en dégage est plutôt bonne.
Les images suivantes illustrent encore plus clairement la diversité des typologies de bâtiments. Lors de ce colloque, nous avons évoqué trois facteurs clés : le plaisir, la diversité et les détails. Je crois que ces maisons familiales incarnent parfaitement ces trois qualités. Cependant, si l’on regarde la photo de gauche, la technique de construction n’a pratiquement pas évolué depuis 150 ans. Elle est très consommatrice de ressources. Il est donc impératif de trouver de nouvelles méthodes de construction, peut-être en utilisant davantage de matériaux biologiques, pour que ces bâtiments soient plus soutenables et économes en énergie.
Cette photo, que j’aime beaucoup, illustre parfaitement les détails, les petites dimensions et le plaisir de Hội An. Elle dégage une forte homogénéité qui rend le lieu extrêmement attirant. Malheureusement, ce site souffre d’une forte pression touristique. Il est donc impératif de trouver des solutions pour assurer sa soutenabilité à long terme.
J’ai également souhaité inclure un exemple d’architecture qui me plaît moins : un stade de sport de style postmoderne, situé en périphérie de Đà Nẵng.
5 Moins de pollution et de trafic routier que dans les autres métropoles du Viêt Nam
Qu’est-ce qui rend Đà Nẵng si attrayante, finalement ?
Selon l’avis général des Vietnamiens, et en comparaison avec Hô Chi Minh-Ville et Hanoï, Đà Nẵng est moins polluée et moins encombrée. De plus, elle dispose de nombreux lieux publics qui sont très séduisants.
Ce site, où j’ai pris ma première photo avec des pêcheurs en 1997, est désormais utilisé chaque matin par les femmes vietnamiennes pour leurs exercices sportifs. Cet endroit, situé précisément au bord de la rivière Hàn et à proximité du marché central, illustre bien le changement d’usage.
Nous voyons d’ailleurs un autre exemple avec un autre groupe de femmes : cette fois, elles ne s’entraînent pas près de la rive, mais près de l’océan. Cette double attractivité des deux plans d’eau, si proches l’un de l’autre, rend la ville particulièrement séduisante.
Đà Nẵng s’est forgée une réputation de ville sportive. Elle accueille certaines des courses les plus célèbres du Vietnam. J’ai moi-même rencontré de nombreuses personnes à Hanoï ou à Ho Chi Minh-ville qui portaient des vêtements liés au Marathon de Đà Nẵng auquel j’ai participé. Cette stratégie d’événementialisation a permis à la ville de devenir un lieu prisé pour les manifestations sportives, favorisant un mode de vie sain et durable.
6 Une bonne qualité de vie
En simplifiant, bien sûr, le résultat de ces efforts est une qualité de vie urbaine relativement élevée. Celle-ci est appréciée non seulement par les touristes nationaux et internationaux, mais aussi par la classe créative internationale et les professionnels qui sont essentiels pour promouvoir les industries et services de haute technologie à Đà Nẵng.
Si vous cherchez sur YouTube, vous trouverez d’ailleurs de nombreuses vidéos demandant « Pourquoi tout le monde va à Đà Nẵng ? » ou désignant la ville comme « la meilleure ville vietnamienne pour les expats ». C’est un signe évident de l’attractivité exceptionnelle de la ville.
L’image qui suit met en lumière les diverses aménités et plaisirs offerts par la région. Certaines d’entre elles peuvent sembler moins attirantes de mon point de vue occidental, à l’image des Bà Nà Hills, une station de montagne développée comme une sorte de Disneyland vietnamien, mais qui est très appréciée des Vietnamiens.
La région propose aussi de belles plages près de Đà Nang, une excellente gastronomie, et la zone montagneuse de Sơn Trà au nord de Đà Nẵng, où l’on peut observer des singes dans leur environnement naturel. Enfin, les nombreux lieux de bien-être disséminés dans la ville sont extrêmement populaires auprès de la communauté asiatique, notamment les Coréens, les Malais et les Taïwanais qui résident ou séjournent à Đà Nang.
7 Đà Nẵng, exemple d’urbanité réussie.
Pour conclure, en récapitulant les enseignements que nous offre la ville, je vais commencer par les points négatifs : * La croissance du futur a été surestimée ; * Đà Nang a beaucoup souffert de la pandémie de la COVID-19 ; * Donner du territoire aux développeurs privés est toujours un problème, et en fin de compte, vous ne pouvez pas contrôler les normes environnementales ; * Nous avons en ce moment beaucoup d’endroits vides, mais la conséquence est que, bien sûr, le territoire et la construction ne sont pas si chers à cause de cette haute compétition, ce qui les rend plus abordables que Hà Nang, Hanoï ou Ho Chi Minh-ville ; * Nous avons, comme vous l’avez vu, un problème avec le bâtiment soutenable en termes de ressources efficaces et d’énergie efficace ; * Đà Nang est fortement soumise aux décisions politiques et économiques externes. La ville bénéficie certes de la diversification des investissements (venant d’entreprises qui évitent de se concentrer uniquement en Chine), mais cela la rend vulnérable ; * Des politiques commerciales globales, comme les lois douanières et les tarifs initiés par l’administration Trump, représentent également un danger potentiel pour l’économie de Đà Nang ; * Les statistiques économiques montrent que le potentiel économique endogène est toujours un peu faible ; * Un problème majeur va s’intensifier à l’avenir : l’augmentation du niveau de l’eau et la violence accrue des saisons d’ouragan (typhons) dues aux températures élevées. L’avantage naturel de Đà Nang, sa proximité avec l’eau, devient ainsi un désavantage et un danger potentiel.
De l’autre côté, nous avons beaucoup de bonnes choses que nous pouvons observer à Đà Nang : * Un leadership local fort a orchestré une transformation dirigée (top-down), inspirée par des modèles comme la Chine. Bien que la compensation pour les logements éloignés ait été modeste, le processus a généré un bénéfice économique élevé pour la ville ; * La ville bénéficie d’une vision professionnelle de son avenir, dont la gestion est portée et soutenue par la population urbaine elle-même ; * La planification des infrastructures a été anticipée. Les réseaux et équipements sont construits à l’avance, et sont progressivement mis en service et utilisés au fil des années ; * Đà Nang offre un environnement sain et sûr, un atout essentiel pour soutenir la compétition régionale et mondiale en matière d’investissements ; * L’environnement bâti est très diversifié. Il ne se limite pas à des constructions artificielles (comme à Dubaï), mais offre un mélange d’architectures qui dégage un sentiment de plaisir, de détail et de diversité, ce qui est profondément attirant d’un point de vue humain ; * La ville a adopté des approches intégrées, associant infrastructures et qualité de vie, et valorisant une force de travail créative.
Je dirais, de mon point de vue, et aussi des conversations que j’ai eues avec les Vietnamiens et les Vietnamiennes, qu’il y a une qualité évidente de vie urbaine. C’est pourquoi je dirais que c’est un bon cas pour la transformation et le changement urbain.
De mon point de vue, et suite à mes échanges avec les Vietnamiens et les Vietnamiennes, il est évident que la ville offre une qualité de vie urbaine. C’est pourquoi je considère Đà Nẵng comme un exemple pertinent de transformation et de changement urbain réussi.
Merci
Réutilisation
Citation
@inproceedings{waibel2025,
author = {Waibel, Michael},
publisher = {Sciences Po Rennes \& Villes Vivantes},
title = {Aménager un littoral à haute intensité : Da Nang – Littoral
métropole village},
date = {2025-09-19},
url = {https://papers.organiccities.co/amenager-un-littoral-a-haute-intensite-da-nang-littoral-metropole-village.html},
langid = {fr}
}