La concentration des lits touristiques est-elle la meilleure solution pour démocratiser le tourisme et, en même temps, limiter son impact environnemental ?

Retranscription de la conférence du 19 septembre 2025 à Sciences Po Rennes
Colloque Organic Cities II

Auteur
Affiliation

Futourism

Date de publication

19 septembre 2025

Modifié

5 janvier 2026

Juste pour commencer, j’ai fait le même exercice il y a à peine un mois, invité par les écologistes qui tenaient leur journée d’été à Strasbourg.

On m’avait appelé en me disant : « Est-ce que vous pouvez venir parler de tourisme de masse devant les écologistes ? » J’ai beaucoup réfléchi avant de dire oui, parce que je m’attendais à me faire un peu massacrer. J’avais une heure pour parler, et j’ai démarré en disant : « Vous savez, si un parti politique que je considère comme progressiste considère que le tourisme de masse et l’expression de la démocratisation c’est mal, il y a peu de chances que vous arriviez au pouvoir.  » Cela a calmé les esprits et cela s’est très bien passé. J’espère que cela se passera bien aujourd’hui devant des urbanistes, mais cela s’est bien passé parce qu’on a fait preuve de pédagogie et d’échange.

1 Concentration

Je plaide effectivement pour considérer que plus on concentre l’hébergement touristique, mieux c’est, en particulier pour les déplacements, pour le respect de l’environnement, et pour les services. Je donne juste ce chiffre : quand vous distribuez une lettre par la poste dans un petit village tel que celui où j’habite en Auvergne, cela coûte quatre fois plus de carburant que si vous la distribuez dans une ville. Donc vous ramenez cela à la livraison dans les restaurants qui sont perdus dans la campagne, et puis vous le comparez à La Grande Motte que j’ai prise en photo…

Figure 1

Il y a une réalité, c’est que l’on est plus respectueux de l’environnement, on consomme moins de gaz à effet de serre, quand on est en vacances dans des endroits qui ont été aménagés pour cela, plutôt que dans des vans qu’on pose n’importe où dans la nature… Je reviendrai sur les vans tout à l’heure.

2 Saisonnalité

Voici deux chiffres pour commencer, c’est important : on ne parlerait pas de surtourisme s’il n’y avait pas de saisonnalité.

  1. 23,5° : c’est l’inclinaison de l’axe de rotation de la Terre. Vous savez que la Terre tourne autour du Soleil durant un an, sur son axe de rotation. Si l’axe de rotation était à zéro, il n’y aurait pas de saison. Et le problème du surtourisme serait réglé. Regardez ce qui se passe pour les pays qui sont sur l’équateur, il n’y a pas de saison, donc il n’y a jamais de problème de saisonnalité et donc de surfréquentation, sauf peut-être un peu aux Antilles, pendant les vacances d’hiver…
  2. 40% : c’est le nombre d’entreprises qui ferment au mois d’août. Si vous ajoutez à tous les salariés qui ne travaillent pas au mois d’août et qui sont obligés de prendre leurs vacances, tous les gens qui sont en vacances parce que c’est les vacances scolaires et qu’on part avec ses enfants, vous comprenez qu’au mois d’août, quand il fait chaud, parce qu’il y a des saisons, il y a beaucoup de monde sur la plage. On peut s’en émouvoir chaque année dans la presse, mais c’est quand même un phénomène assez normal. J’étais directeur du CERTU Occitanie : j’ai eu beau faire tous les efforts que je voulais, j’ai eu beaucoup de mal à faire venir des vacanciers au mois de novembre pour bronzer sur la plage de La Grande Motte ou du Cap d’Agde, cela ne marchait pas. Il y a une réalité géographique qu’il ne faut pas contourner.

3 Et tout d’un coup, tout est devenu trop !

Nous avons eu la pandémie. Pendant la pandémie, nous avons été limités dans nos déplacements. Mais un certain nombre de gens qui avaient des résidences secondaires, beaucoup de Parisiens, pour ne pas les citer, s’y sont installés. Ils étaient parfaitement tranquilles, parce qu’on n’avait pas le droit de se déplacer. Et puis tout d’un coup, les touristes sont revenus, on a eu l’autorisation de repartir en vacances, et là, tout d’un coup, ça n’allait pas.

Il y a bien eu quelques réflexions sur le “ trop de tourisme ” par le passé, c’était plutôt des réflexions internationales, mais en France, faites Google Trends et regardez quand on a commencé à parler de surtourisme, cela démarre l’été 2020, quand un certain nombre de gens disent : « Ah ben on était quand même peinards tout seuls » et le débat a démarré.

Figure 2

Je vous ai mis la photo d’un bouquin qui vient de sortir1. L’auteur est Camille Schmoll. Elle m’a adressé un exemplaire dédicacé l’autre jour, donc j’ai regretté un peu d’avoir mis un commentaire sur son post LinkedIn, parce qu’elle avait utilisé cette photo.

Cela s’appelle « Chacun sa place, une géographie morale et des mobilités ». J’ai commencé à le lire hier, il est super, je vous le conseille. C’est une chercheuse au CNRS.

La photo qu’elle a utilisé pour la couverture est un time-lapse, la photographe voulait alerter sur le fait que les touristes allaient toujours au même endroit, en l’occurrence, le Pont d’Arc, en Ardèche.

Pourquoi les touristes vont au Pont d’Arc en Ardèche ? Parce que l’été en Ardèche, il n’y a que ce secteur-là qui est navigable. Il n’y a pas assez d’eau pour faire du kayak sur les autres rivières. Le Pont d’Arc, c’est une curiosité géologique unique au monde. Donc il faut quand même imaginer, si vous leur dites au gens qui sont en Ardèche : « Vous pouvez passer sous un truc unique au monde » ou alors « Vous pouvez passer à côté ou descendre plus bas et vous ne passerez pas dessous »… Oui ils ont envie d’aller au Pont d’Arc.

Mais ce que je veux dire par rapport à cette photo, qui est truquée, c’est que si l’on avait pris la même photo aujourd’hui, il y aurait 10 canoës qui seraient passés sous le Pont d’Arc.

« On voudrait interroger sur la manière dont les flux sont gérés »… La question des 10 canoës qui passent sous le Pont d’Arc aujourd’hui, elle renvoie à cette autre question : comment une petite commune comme Vallon-Pont-d’Arc maintient un collège, des commerces et des habitants à l’année s’il n’y avait pas une massification des descentes de rivières en canoë pendant 3 mois de l’année ?

S’il y a des gens qui ont une solution dans la salle, je suis preneur parce que dans mon métier de consultant je cherche des solutions par rapport à cela, mais je n’en ai pas trouvé.

Pendant 3 mois, il faut saturer l’Ardèche de canoës pour que les gens vivent à l’année. Ce n’est pas plus compliqué que ça. C’est cela qui maintient les populations, c’est cela qui fait que les gamins de Vallon-Pont-d’Arc ne prennent pas le bus le matin pour aller au collège à Privas ou à Aubenas, parce qu’on a pu maintenir un collège grâce à l’économie touristique.

Figure 3

Et tout d’un coup tout est devenu trop !

Je ne peux pas vous expliquer pourquoi. C’est un titre de France Bleu qui dit : « les habitants d’Anglet attendent avec impatience le départ des touristes ». Le magazine Reporterre a fait un article : « Si on arrêtait les vacances ». Un sociologue qui dit : « Les vacances c’est quand même une forme d’injonction sociale, c’est un peu surfait. Si tout le monde lisait plus de livres et cultivait son jardin, on n’aurait pas besoin de partir en vacances ». Je pense que les gens qui habitent en ville ont bien reçu le message… Ça ne marche pas comme cela. Tout d’un coup, le tourisme est un peu devenu le bouc émissaire de la société. Je ne dis pas qu’il n’y a pas d’excès dans le tourisme. Mais en France, on reste quand même assez mesurés sur la capacité d’excès du tourisme.

Le débat est passé du surtourisme à la surfréquentation. La question est “ Quand est-ce qu’on considère que c’est “ sur ”  ?  ” Le “ sur ” c’est le “ trop ”. J’aime bien utiliser cette formule : le “ trop ” ne se mesure pas mais se communique bien, le “ combien ” se mesure bien mais se communique peu.

On en fait des caisses pour dire : « Ah ben ça, et la plage qui a été utilisée par Public Sénat pour illustrer, est-ce que c’est trop ? » (l’image qui suit). Moi je n’en sais rien si c’est trop.

Figure 4

Quand on va au Stade de France pour voir une finale de rugby du Top 14, il y a 80 000 personnes. Je n’ai jamais vu un média dire qu’il y a trop de monde au Stade de France. Quand 200 000 personnes viennent au Hellfest ou aux Vieilles Charrues en festival, est-ce que c’est trop ? La semaine avant il y avait zéro personne, mais tout d’un coup il y en a 200 000, est-ce que c’est trop ? Cette question me hante un peu parce que je suis assez opposé à cette façon de poser le problème.

On passe du surtourisme à la surfréquentation, et on est arrivé à la notion de tourisme de masse. Le symbole du tourisme de masse c’est La Grande Motte. Vous connaissez La Grande Motte, 100 000 lits touristiques, on aime ou on n’aime pas, moi j’aime beaucoup. En tout cas aujourd’hui, je trouve que La Grande Motte est arrivée à maturation et que c’est une très belle station. Pourquoi a-t-on fait cela ? Parce qu’il fallait bien loger les gens qui partaient en vacances.

Figure 5

Derrière cette notion de tourisme de masse, il y a une espèce d’opposition entre le “ bon ” et le “ mauvais ” tourisme.

Le bon, à votre avis, c’est lequel ? Ce sont les gens qui marchent dans la nature. Cela renvoie à une notion de tourisme durable, qui serait respectueux de l’environnement. Et puis les gens qui sont sur la plage, c’est le “ mauvais ” tourisme. Qu’est-ce qu’il y a de moins durable avec des gens qui vont nager ou faire du surf à la plage plutôt que marcher dans le Morvan ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, dans l’imaginaire et dans l’expression médiatique, on oppose souvent les deux.

Figure 6

Je vous ai mis cette photo parce qu’elle m’a beaucoup interpellé.

Elle a été prise par le directeur du Parc des Écrins, le 15 août, au soir. C’est un campement de 215 tentes. Pour la plupart, des jeunes, des jeunes urbains, un peu influencés par le film d’Inoxtag, l’influenceur qui est monté au sommet de l’Everest. Mais surtout des jeunes qui habitaient en ville, à Grenoble, à Lyon, à Chambéry, qui souffraient de la chaleur et qui se sont dit qu’ils allaient se mettre au frais. “ On a pris nos tentes ”. J’ai repris le post et j’en ai écrit un petit bout sur mon LinkedIn. Il a été partagé 2 500 fois.

Figure 7

Mais j’ai eu ce genre de commentaires : « Mais si, les jeunes n’ont pas les codes, qu’ils restent chez eux. » « On n’a pas besoin de jeunes dans la montagne, c’est déjà suffisamment saturé. »

À côté, j’ai mis la photo d’un salon qui va bientôt avoir lieu à Paris et qui fait référence à la Van Life. Les gens un peu boomers, un peu dans mon âge, qui sont en capacité d’acheter un van à 80 000 euros. Ce sont les California, les petits vans Volkswagen. Ils peuvent se poser n’importe où, en particulier dans la montagne.

Je peux vous promettre qu’il y a eu cet été beaucoup plus de vans posés n’importe où dans la nature que de tentes qui se sont posées pour un bivouac le 15 août. Mais cela, on n’en parle pas. Il y a une espèce de code moral qui fait que le van, c’est bien, parce que si on a 80 000 euros pour l’acheter, c’est que l’on est forcément des gens avec les codes. Par contre, la tente Quechua à 30 euros, si on l’achète et qu’on part le week-end, le 15 août, et qu’on y va tous ensemble, là c’est mal. Il y a une espèce de “ moralité sociale ” dans le monde du tourisme pour expliquer cette situation.

4 Une “ moralité sociale ”

Il y a l’idée, bien ancrée dans nos convictions, que le tourisme durable, c’est le tourisme vert. Je ne sais pas comment l’expliquer. Je suis géographe et je suis forestier de formation. Le vert, ça renvoie à la chlorophylle. Je ne sais pas pourquoi on considère que ce qui renvoie à une forme de tourisme vert, donc le tourisme à la campagne, serait beaucoup plus durable que le tourisme à la plage, ou que le tourisme en ville, ou que le tourisme à la montagne.

Figure 8

Même le gouvernement abonde en ce sens. Lorsque l’ADEME, quand elle fait sa pub en disant « Comment passer des vacances plus écologiques », elle montre une tente posée dans un champ. Elle ne la met pas dans un camping, elle la met dans un champ. L’État a fait une pub « En voyage, marquons les esprits, par la planète », dont l’objet était de dire « Partez là où il n’y a personne ». Les jeunes ont bien compris le message, on les a vus tout à l’heure. Ils étaient 215 à poser la tente dans le Parc des Écrins… sauf que ce n’était pas tout à fait autorisé d’aller dans le Parc des Écrins. Donc nous avons une espèce de contradiction, d’injonction contradictoire en permanence sur ce sujet.

Figure 9

À un moment, l’État, dans les années 60, a eu comme idée de dire : « Si on veut démocratiser le tourisme, il faut qu’on aménage. » Il y a eu deux missions d’aménagement. La Mission Racine a créé 1,2 million de lits en aménageant toute la côte du Languedoc, quasiment de la Camargue jusqu’à la frontière espagnole.

Figure 10

La question que je posais l’autre jour à Strasbourg devant les élus écologistes, c’était : « Il y a 1,2 million de personnes qui sont là. Ok, vous considérez que ce n’est pas bien parce que c’est ça le tourisme de masse. On les met où ? » Tout le monde répond : « Ah mais il faut les mettre sur le rétro littoral ». A La Grande Motte, il y a 100 000 personnes le 15 août. Vous prenez 10% de ces 100 000 personnes en disant : « Si vous pouviez aller un petit peu à côté, parce que vous savez, au nom de l’aménagement du territoire, il faudrait que vous passiez vos vacances autour du lac du Salagou.  » Il n’y a pas d’hébergement autour du lac du Salagou, et heureusement d’ailleurs, car c’est un site classé, donc on ne peut pas aménager. Où est-ce qu’on met les 10 000 personnes, 10% des gens qui viennent à La Grande Motte ?

Le Mont-Saint-Michel est “ plein ” grosso modo 4 week-ends par an parce que dès qu’il fait beau, les Parisiens, les Rennais, partent au Mont-Saint-Michel. Quand le Mont-Saint-Michel est plein, vous prenez 10% des visiteurs et vous leur dites : « Allez à Cancale parce que c’est mieux !  » ? Mais Cancale ne peut pas accueillir 10% des gens qui vont au Mont-Saint-Michel.

Donc il y a une logique d’aménagement, cela a été le cas également sur la côte aquitaine, qui a fait qu’on a concentré. Et les Français sont plutôt dociles, parce qu’ils vont là où c’est aménagé. Vous pouvez faire toutes les enquêtes de conjoncture, au mois de juin, pour savoir où les Français vont aller. Savez-vous où ils vont ? Ils vont là où c’est aménagé.

Si vous demandez aux 60% de Français qui partent en vacances (40% ne partent pas), s’ils ont eu le choix de leur destination), deux tiers vous répondent non, parce qu’ils sont allés dans la résidence secondaire, chez les parents, chez les amis. Donc on se moque franchement de nous sur la communication et le marketing du tourisme. On dépense beaucoup d’argent pour dire qu’ici c’est mieux que là, alors que les gens sont très contraints en réalité dans leur choix de destination. Les Français vont là où c’est aménagé. J’ai envie de dire que c’est une bonne chose parce que sinon cela serait une cacophonie pas possible et on aurait des tentes Quechua partout, dans tous les champs de France.

Figure 11

Cela donne des choses qui ne sont pas forcément très belles. La photo à gauche est prise sur la côte Aquitaine. Vous voyez un camping, avec des mobil-homes qui sont quand même un peu les uns sur les autres. Si on prend cette photo et qu’on veut commenter le tourisme, on peut dire, “ Partir en vacances pour aller dans un endroit comme ça, à quoi bon ?  ”. Chacun jugera. Mais c’est parce que c’est concentré comme cela qu’on peut prendre un van et se poser n’importe où dans la montagne. C’est cela la réalité.

J’ai placé à côté une photo d’immeuble, parce que vous êtes urbanistes. Si tout le monde voulait habiter une maison individuelle, cela ne serait pas possible. La ville de Rennes s’étendrait jusqu’à Paris, j’imagine. On se met à critiquer les gens qui sont dociles et qui sont plutôt sympas d’aller passer leurs vacances là où c’est aménagé. Et quand ce sont les gens qui sont dans leur van qui les critiquent - je n’ai rien contre les vans, vous avez compris - mais il y a un truc qui ne marche pas, et c’est ce qui m’agace aujourd’hui dans le discours sur le tourisme.

La carte de gauche renvoie au nombre de lits touristiques. Cela ne vous surprendra pas : ils sont en montagne, et surtout, sur le littoral et à Paris.

A droite, c’est le nouveau périmètre des zones tendues en France métropolitaine qui permettent aux maires des politiques d’urbanisme un peu différentes. Il y a une forme de corrélation entre les deux cartes. Sur l’Atlantique, ou en Bretagne, on n’est pas systématiquement en zone tendue, on ne peut pas tout mettre sur le dos du tourisme pour expliquer ces zones tendues.

5 Finalement on n’aime pas partager le …BEAU !

Dans les remarques sur le “ surtourisme ”, la “ surfréquentation ”, le “ tourisme de masse ”, donc le “ trop ” d’une manière générale, il y a une façon assez habile des médias d’invisibiliser certaines pratiques.

Figure 12

Voici une photo de bouchons sous la pluie. Je voulais une photo de bouchons pour illustrer les bouchons sur l’A13, les retours de Deauville tous les dimanche soir. Je voulais qu’il pleuve parce qu’on était en Normandie. Cela, on n’en parle jamais. Les bouchons sur l’A7 le samedi font la une parce que ce sont les bouchons des classes populaires qui partent une fois par an. Donc cela, c’est critiquable. Les gens qui sont à Paris, qui prennent leur bagnole tous les week-ends pour aller à Deauville, alors qu’il y a un train, cela, par contre, ce n’est pas critiquable. C’est acceptable parce que là aussi, ces gens-là ont les codes.

Donc il y a d’un côté un truc “ de beauf ” parce que c’est le Cap d’Agde, La Grande Motte.

Puis, il y a de l’autre côté un truc “ acceptable ” parce que c’est Deauville le week-end.

Figure 13

Finalement on n’aime pas partager le Beau !. Et c’est vrai qu’à Douarnenez, par exemple, il y a un collectif qui s’est monté en disant « Il faut qu’on lutte contre la gentrification ».

Je n’exclus pas le problème de la gentrification, mais qui sont les membres de ce collectif ? Ce sont des gens qui ont acheté une résidence secondaire il y a 30 ans. Et qui, maintenant, qu’ils sont là, disent « Non, stop, on ne veut plus les autres ».

Je veux bien qu’il y ait des problèmes à Douarnenez, qu’il y ait du bruit pendant deux mois l’été, qu’il y ait un peu plus de monde. En revanche, les gens qui habitent au bord du périph’ et qui ont le bruit toute l’année, bien sûr, on n’en parle pas. C’est là où je dis qu’on ne sait pas partager le beau.

Pour terminer, je pense que l’on ferait mieux de parler de “ surintolérance ” plutôt que de “ surtourisme ”. Cela me semble plus proche de la réalité aujourd’hui de l’état du pays.

Figure 14

Et un sujet, surtout, m’interroge. Et cela fait le lien avec les tentes que nous avons vues tout à l’heure.

Je ne sais pas si vous avez lu le rapport de l’Institut Terram2 qui a été consacré à la santé mentale des jeunes. 25% des jeunes de moins de 25 ans sont en dépression. Le chiffre m’impressionne, et ne m’étonne pas trop parce qu’on entend souvent cette réflexion-là. Les auteurs font le lien de corrélation entre “ Plus je passe du temps sur les écrans et en particulier les réseaux sociaux, plus j’ai de risque de devenir dépressif ”.

Cette corrélation, je la trouve vraiment inquiétante parce que les réseaux sociaux, tout le divertissement digital d’une manière générale - on pourrait ajouter les Playstations, Netflix - isole, enferme, assigne à résidence. Et si on passe notre temps à cogner sur les gamins quand ils prennent leur tente pour sortir, je ne sais pas où on va aller. Cette année, le Pass Rail3

a été supprimé parce que cela représentait des budgets de fonctionnement que même les collectivités régionales trouvaient trop importants, de l’ordre de 7 millions.

On veut faire l’Europe, on veut construire le sentiment européen, il faut donner des Pass Rail, il faut donner des cartes Interrail. C’est cela, l’investissement vis-à-vis de la jeunesse.

Je suis un peu embêté que les médias parlent beaucoup plus de surtourisme que de cette problématique du divertissement digital qui enferme les gens, qui enferme les jeunes, qui les assigne à la résidence et les rend dépressifs à la fin.

C’est peut-être cela le vrai sujet, aujourd’hui, des vacances, le vrai sujet du lien social, le vrai sujet de la capacité à fermer la porte de chez soi et partir à la rencontre de l’autre.

Parce que les vacances et le tourisme, c’est avant tout du lien social.

Merci.

Notes de bas de page

  1. “ Chacun sa place - Une géographie morale des mobilités ” Camille Schmoll, CNRS éditions↩︎

  2. “ Santé mentale des jeunes de l’Hexagone aux Outre-mer ” Victor Delage, Margaux Tellier-Poulain, Lou Vincent - Institut Terram - septembre 2025↩︎

  3. https://www.lemonde.fr/economie/article/2025/04/24/train-le-pass-rail-pour-les-jeunes-ne-sera-pas-renouvele-cet-ete_6599645_3234.html↩︎

Réutilisation

Citation

BibTeX
@inproceedings{pinard2025,
  author = {Pinard, Jean},
  publisher = {Sciences Po Rennes \& Villes Vivantes},
  title = {La concentration des lits touristiques est-elle la meilleure
    solution pour démocratiser le tourisme et, en même temps, limiter
    son impact environnemental\,?},
  date = {2025-09-19},
  url = {https://papers.organiccities.co/la-concentration-des-lits-touristiques-est-elle-la-meilleure-solution-pour-democratiser-le-tourisme-et-en-meme-temps-limiter-son-impact-environnemental.html},
  langid = {fr}
}
Veuillez citer ce travail comme suit :
Pinard, J. (2025, September 19). La concentration des lits touristiques est-elle la meilleure solution pour démocratiser le tourisme et, en même temps, limiter son impact environnemental ? . Organic Cities II, Rennes. Sciences Po Rennes & Villes Vivantes. https://papers.organiccities.co/la-concentration-des-lits-touristiques-est-elle-la-meilleure-solution-pour-democratiser-le-tourisme-et-en-meme-temps-limiter-son-impact-environnemental.html