La French West Coast ?

Retranscription de la conférence du 18 septembre 2025 au Couvent des Jacobins (Rennes )
Colloque Organic Cities II

Auteur
Affiliation

Villes Vivantes

Date de publication

18 septembre 2025

Modifié

5 janvier 2026

Merci pour votre accueil, chers Rennais et chers Bretons. Villes Vivantes a la chance d’avoir son siège à Bordeaux : nous avons donc traversé la « West Coast » française pour vous rejoindre, en parcourant un territoire où nous travaillons intensément depuis douze ans, du Pays basque jusqu’à Saint-Malo, en passant par Angoulême, Rochefort, La Rochelle et la Vendée.

Le phénomène dont nous allons discuter pendant ces deux jours, lui, n’a pas douze ans : il est plus récent, et il s’est accéléré au point de devenir structurant.

Je vais m’appuyer sur quelques chiffres et cartes pour circonscrire l’objet de nos échanges. Je ne suis pas venu avec des conclusions mais plutôt avec des hypothèses, des questions, et des ouvertures.

Vous devinerez parfois des prises de position : elles sont moins là pour « trancher » trop tôt que pour mettre en mouvement une discussion collective qui presse !

1 Une démographie nationale globalement stationnaire qui masque d’importants contrastes et nous empêche de nous intéresser à ce phénomène soudain et structurant : des migrations régionales et nationales massives

Premier point : la démographie. À l’horizon 2100, la France (avec quelques pays comparables comme la Suède, la Norvège et les Pays-Bas) se situe plutôt dans le peloton des pays qui connaîtront une démographie stationnaire, avec une légère croissance ou une légère décroissance selon les scénarios. On parle de quelques points gagnés ou perdus en 75 ans : c’est très peu.

Figure 1

Ce constat pourrait nous donner l’illusion que « tout va bien » : si la population nationale varie peu, alors, en théorie, l’appareil résidentiel pourrait rester proche de ce qu’il est aujourd’hui, à deux ou trois ajustements près, non ?

Sauf qu’entre la stabilité statistique (à l’échelle nationale) et la réalité vécue (à l’échelle des territoires), il existe un écart décisif qui provient des migrations internes au pays. Les Français déménagent, changent de commune, de département, de région, et ces mouvements recomposent le pays très vite car une bonne part de la population semble avoir les mêmes « goûts ».

Une infographie de l’INSEE montre qu’en 150 ans, la Bretagne a gagné environ un million d’habitants, soit +42% : une croissance moyenne annuelle modérée (environ 0,234%/an) qui est inférieure à la moyenne française actuelle.

Mais le sujet n’est pas là.

Le point crucial, c’est que la répartition spatiale de la population bretonne a été bouleversée par deux dynamiques de long terme, devenues aujourd’hui beaucoup plus visibles : la littoralisation et la métropolisation.

Figure 2

Ces « lames de fond » ne sont pas nouvelles, mais elles s’accélèrent, jusqu’à produire une occupation du sol très différente de la fin du XIXe siècle : un centre Bretagne qui se vide, des littoraux qui se densifient, et l’agglomération rennaise qui continue de croître.

Cette migration des Français, que l’on observe ici à l’échelle régionale, est aussi une réalité à l’échelle nationale.

Les trois images suivantes sont assez frappantes.

Figure 3

Si l’on remonte au début des années 2000, on garde en tête une France encore largement en croissance. Entre 1999 et 2010, la plupart des régions gagnent des habitants : cela signifie des écoles à créer, des logements familiaux à produire, des services à déployer. La France gagne alors environ 400’000 habitants par an.

À partir de 2010, dans les cinq années suivantes, un ralentissement s’installe : on passe autour de 285’000 nouveaux habitants/an, avec déjà une polarisation plus nette vers les métropoles et les littoraux.

Puis, entre 2015 et 2021, le basculement devient lisible : une part majoritaire du territoire entre en décroissance démographique, tandis que la croissance se concentre dans des espaces plus rares, plus spécialisés. On peut reprendre ici l’expression utilisée par Sophie Buhnik à propos du Japon : « des îlots de croissance dans un océan de décroissance. »

C’est dans ce contexte que se dessine clairement ce que j’appelle la French West Coast.

Figure 4

Bien sûr, tout cela est lié à l’emploi. Les départements de l’arc atlantique (des Pyrénées Atlantique jusqu’à l’Ille-et-Vilaine), sur les dix dernières années, accueillent un emploi sur quatre créé en France (en solde).

Ce phénomène de West Coast n’est donc pas simplement un hédonisme : c’est aussi de l’activité économique qui se déporte, entreprises comme clients, avec 60’000 emplois créés tous les ans.

Figure 5

Quand on observe la densité en Europe, on peut se dire : « l’Ouest français semble peu dense, ouvert. » Et si la dynamique migratoire allait simplement vers des espaces moins saturés, où il est plus facile pour chacun de « trouver sa place » ?

Pourtant, l’accueil se révèle difficile.

Certains discours, très audibles aujourd’hui, affirment même que la Côte Ouest n’a « plus de place » et qu’il faudrait expliquer à tous ceux qui souhaitent rejoindre la vague qu’il ne fait pas si bon vivre… là où ces mêmes personnes ont précisément décider d’habiter.

Car le paradoxe est là.

A l’échelle du pays, la France reste peu dense : environ 1,2 habitant par hectare, soit quatre fois moins dense que les Pays-Bas, par exemple. Mais le ressenti est tout autre dans les territoires qui gagnent des habitants, mais dont la capacité d’accueil n’a pas suivi.

Voici pourquoi nous avons du pain sur la planche.

2 Une « ruée vers l’ouest »… et des tensions locales qui montent

« Ruée vers l’Ouest » : la formule, reprise notamment par Olivier Razemon (Le Monde) lors d’un colloque il y a deux ans, a le mérite de rendre immédiatement lisible l’ampleur du phénomène.

Figure 6

Les dernières données de l’INSEE (2016–2022), à l’échelle départementale, rendent le phénomène très lisible : un ensemble territorial d’environ 9 millions d’habitants qui accueille près de 70’000 nouveaux résidents par an. C’est une dynamique massive bien que largement impensée dans le débat public, comme le soulignait déjà Le Monde il y a deux ans.

Cet impensé de l’aménagement du territoire se traduit par des tensions locales de plus en plus concrètes. Au Pays basque, par exemple, des mobilisations se sont structurées autour d’un constat simple : pour une part croissante de la population, se loger est devenu impossible.

Figure 7

En retour, cette tension nourrit un réflexe NIMBY (Not In My Back Yard) : sentiment d’envahissement, d’expulsion, voire de remplacement. Et ce réflexe ne se traduit pas spontanément par une hausse de l’offre — «  faisons plus de place pour qu’il y en ait pour tout le monde » — mais, plus souvent, par une logique de fermeture : « refermons la porte ».

Le phénomène n’est ni spécifiquement français, ni propre à l’Ouest : on l’observe dans la plupart des territoires attractifs du monde occidental dès lors qu’ils ne parviennent pas à produire suffisamment de logements.

Nous accueillons d’ailleurs, pour ce colloque, des partenaires britanniques et américains proches du mouvement YIMBY (Yes In My Back Yard), mouvement civil et non partisan, qui défend l’idée inverse : rendre l’accueil possible en assumant la production d’une offre à la hauteur de la demande.

En France, même si l’étiquette « YIMBY » n’est pas encore structurée, les positions anti-construction et anti-accueil progressent et produisent déjà des effets visibles : oppositions très dures à des projets pourtant modestes (parfois quatre maisons, comme ici dans le Morbihan), des scènes devenues presque banales dans la presse locale.

Figure 8

Cette dynamique se retourne souvent contre les habitants eux-mêmes. La Bretagne, par exemple, fait aujourd’hui partie des régions les plus exposées à la crise du logement, avec des effets particulièrement marqués sur les jeunes — accès au parc locatif, autonomie résidentielle, insertion professionnelle.

Figure 9

Dans d’autres métropoles de l’Ouest, comme Bordeaux — récemment désignée comme l’une des villes les plus difficiles pour débuter une carrière — le diagnostic est comparable : marché de l’emploi sous tension, et surtout accès au logement de plus en plus verrouillé. Pour les jeunes actifs, l’arrivée sur le territoire se heurte rapidement à un effet de ciseau entre opportunités professionnelles et capacité à se loger.

Dans le même temps, cette Côte Ouest continue d’exercer une attraction puissante. Les images qui circulent (et que les algorithmes amplifient) en témoignent : de l’estuaire de la Gironde à La Rochelle et l’île de Ré, le paysage compose un récit de désirabilité presque évident.

Figure 10

La Rochelle est magnifique. Pourtant, des étudiants y dorment au camping — comme à Rennes, comme à Bordeaux. Dans le même temps, les images qui circulent célèbrent une Europe du loisir et de la mobilité : une piste cyclable du Portugal jusqu’à la Norvège, des littoraux « à parcourir », des villes « à vivre ». Mais la réalité décrite par la presse est plus âpre : à Lisbonne, par exemple, certaines dynamiques touristiques et résidentielles finissent par évincer les habitants, au point que l’on voit réapparaître des situations de grande précarité, des personnes contraintes de dormir dans des bâtiments abandonnés.

Figure 11

On voit ici, d’un côté, le maire d’Anglet inaugurer l’ouverture d’un café ; de l’autre, des habitants du « BAB » (Bayonne–Anglet–Biarritz) manifester, au même moment, parce qu’ils ont le sentiment que le territoire est déjà saturé.

Figure 12

On pourrait s’attendre à célébrer la rencontre entre densité urbaine et qualité de vie, tant la densité a été, depuis trente ans, le mot d’ordre des politiques urbaines. À Saint-Sébastien, ville remarquable, cette promesse semble se matérialiser : une vraie ville, compacte, immédiatement au contact de la nature.

Pourtant, sur le terrain, le récit s’inverse. La saturation l’emporte, la pression devient sensible, et l’expérience urbaine semble se dégrader. Le sentiment qui domine n’est plus celui d’une intensité heureuse, mais celui d’un excès.

Figure 13

Même un territoire aussi emblématique que Saint-Malo se tend. Tout l’été, la question du surtourisme s’est imposée dans le débat public, révélant une pression croissante sur les capacités d’accueil, les usages et la qualité de vie.

Figure 14

À Bordeaux, la place de la Victoire est, par définition, un lieu de célébration, et elle l’est effectivement. Mais elle a aussi été l’un des points de cristallisation du mouvement des Gilets jaunes, première séquence. Elle rappelle ainsi que ces territoires attractifs concentrent aussi des tensions sociales, et que d’autres épisodes de mobilisation peuvent réapparaître si les conditions qui les ont fait naître persistent.

Figure 15

Les îles, territoires magnifiques, se retrouvent parfois confrontées à des pénuries d’eau. Tout se passe alors comme s’il existait deux French West Coast : celle des images (désirable, lumineuse, évidente) et celle qui remonte dans la presse : tendue, conflictuelle, parfois dure.

Figure 16

Faut-il y voir une dissonance collective ? Une attractivité célébrée d’un côté, une capacité d’accueil saturée de l’autre. La question n’est pas seulement médiatique, elle est aussi politique et opérationnelle : pourquoi n’arrivons-nous pas à traiter ce sujet correctement ?

C’est précisément pour cela que nous avons choisi la French West Coast comme fil conducteur de cette deuxième édition du colloque Organic Cities. Et pour celles et ceux qui ne viennent pas de l’Ouest et se demandent ce qu’ils font ici, je voudrais leur dire : l’enjeu n’est pas de parler « de l’Ouest » pour parler « de l’Ouest ». Il s’agit d’un phénomène plus profond, dont la façade atlantique est aujourd’hui l’un des révélateurs les plus nets, et qui concerne le pays France dans son ensemble, son rayonnement et la cohésion de son corps social.

3 La French West Coast, une schizophrénie française ?

Mon intuition est que nous sommes face à un phénomène organique. Or, en France, dans notre culture intellectuelle, professionnelle et politique, l’organique est difficile à comprendre et à guider : il se laisse mal contrôler, gouverner ou piloter, parce qu’il résulte d’une multitude d’actions distribuées plutôt que d’un dessein unique.

Lors de la première édition du colloque Organic Cities, j’avais proposé une définition de l’organique à partir d’une citation de René Char : l’action collective produit souvent des formes que personne n’a réellement imaginées, parfois même supérieures à ce qu’un individu aurait été capable de dessiner, d’anticiper ou de planifier. Nous avions alors entendu le premier adjoint de Paris évoquer l’idée d’un « Paris organique » : une ville certes planifiée, construite et dessinée, mais néanmoins profondément organique, précisément parce qu’elle dépasse toute capacité d’imagination individuelle.

Figure 17

La West Coast relève du même registre. Elle n’est ni un simple phénomène informel, réductible à un simple déplacement de populations du Nord ou de l’Est vers l’Ouest, ni le seul résultat d’une stratégie planifiée. Elle n’est pas « un plan ». Elle est, au contraire, un produit organique, né de l’entrecroisement de décisions individuelles, d’arbitrages d’entreprises et de politiques publiques, à plusieurs échelles. C’est précisément ce caractère composite, difficile à attribuer à une intention unique, qui la rend parfois difficile à penser et qui alimente une forme de dissonance collective.

C’est autour de cette notion, l’organique, que je vous propose de structurer la suite.

Premier constat, très simple : la dynamique de la French West Coast est héliotropique. Depuis quelques années, les trajectoires résidentielles et économiques s’orientent plus fortement vers l’Ouest et vers le Sud.

Figure 18

Ce tropisme ne vaut évidemment pas pour tout le monde. Le cheptel bovin, par exemple, dépend directement de ce que produit le sol au quotidien et ne dispose pas des mêmes capacités de mobilité. L’élevage est très présent en Bretagne, mais les bovins du Massif central, eux, ne feront pas leur « transition résidentielle » vers la côte Atlantique. Ils resteront là où l’herbe pousse.

Figure 19

Autrement dit, on observe une forme de symétrie entre deux dynamiques. D’un côté, la croissance démographique en Europe se localise de plus en plus nettement, comme le montre la carte. De l’autre, certaines espèces animales, contrairement aux bovins, se déplacent et étendent leurs aires de présence. La progression du chat forestier, par exemple, accompagne l’extension de la forêt. Nous en reparlerons ce matin à propos du loup.

La migration des humains s’inscrit ainsi dans un mouvement plus large : lorsque l’homme se retire de certains territoires, d’autres espèces y trouvent à nouveau des conditions favorables et y réapparaissent.

Figure 20

Parmi les humains, il existe en revanche une « espèce » nettement plus mobile : les médecins généralistes. La carte présente leur solde migratoire, avec en vert les départs et en rouge les arrivées. Là encore, rien de très mystérieux : leur activité se transporte bien, puisqu’il y aura toujours des patients à soigner à l’arrivée. Et, disons-le, leur pouvoir d’achat leur donne souvent la latitude de choisir plus librement leur point de chute.

Figure 21

Sur cette carte, il ne s’agit pas du solde migratoire des médecins généralistes, mais de l’évolution du taux d’encadrement, c’est-à-dire du nombre de médecins pour mille habitants. En haut à gauche figure le niveau actuel.

Figure 22

Le tropisme vers le Sud est, lui, une donnée ancienne et bien documentée. En revanche, sur les dix dernières années, un résultat ressort nettement : le seul ensemble territorial où la hausse du nombre de médecins dépasse la hausse de population, autrement dit où le taux d’encadrement progresse réellement, ce n’est pas le Sud. C’est la West Coast. Autrement dit, les médecins généralistes suivent le mouvement vers la façade Atlantique.

Figure 23

Ils ne sont pas les seuls. C’est même une caractéristique centrale d’un phénomène organique : il se développe par la liberté de choix et de mouvement d’une multitude d’acteurs, sans centre de commandement. Cette liberté est particulièrement visible chez les non-salariés, même si elle s’accompagne souvent d’une plus grande précarité. La carte des autoentrepreneurs en donne une lecture très claire.

Elle pose une question simple : le rééquilibrage territorial pourrait-il se jouer, au moins en partie, à travers ces actifs moins contraints par le salariat, les bureaux et l’ancrage quotidien à un lieu fixe ?

Figure 24

Les autoentrepreneurs vont souvent là où vont les actifs les plus libres, et, plus généralement, là où vont les ménages riches qui ont le plus de latitude dans leurs choix résidentiels. La carte des ménages soumis à l’impôt sur la fortune le montre de façon très nette. On y retrouve, là encore, la West Coast.

Figure 25

Du point de vue des risques, l’organique a aussi quelque chose d’aventurier. Le mouvement ne semble pas vraiment freiné par les alertes, pourtant très documentées, sur le recul du trait de côte. À l’évidence, cela n’effraie pas grand monde, ou pas assez pour inverser la dynamique. Et il faut aussi le rappeler : ce recul n’est pas un événement ponctuel, c’est un processus historique, inscrit dans le temps long.

Figure 26

Je ne sais pas si vous connaissez la légende de cette carte. J’ai l’impression qu’il n’y a que les Bretons pour la deviner immédiatement. Ce sont les bars.

Disons-le comme ça : il y a aussi des fondements très concrets, presque anthropologiques, dans ces dynamiques. Et ce qui est intéressant, c’est que le phénomène n’est pas seulement ancien ou « culturel ». Il est aussi très contemporain, et il se lit dans des indicateurs étonnamment modernes.

Figure 27

Voici maintenant un indicateur nettement plus contemporain, et disons-le, plus léger : le taux d’inscrits par département sur Tinder. Le Finistère et les Pyrénées-Atlantiques y sont particulièrement bien placés. On peut y voir une confirmation supplémentaire que l’attractivité ne se mesure pas seulement en emplois et en mètres carrés, mais aussi en promesses de rencontres.

Figure 28

La French West Coast n’est pas seulement un phénomène résidentiel. C’est aussi un phénomène industriel. On parle beaucoup de réindustrialisation, notamment parce que l’industrie française traverse une phase de fragilisation marquée, en particulier dans l’automobile.

Sur les dix dernières années, la carte distingue les territoires qui ont détruit des emplois industriels (en bleu) de ceux qui en ont créé (en marron). Et, de ce point de vue, la West Coast apparaît, là encore, plutôt bien placée.

Figure 29

C’est relativement nouveau, surtout si l’on se rappelle la fameuse « banane européenne » qui, dans nos cours de géographie, reliait le sud de l’Angleterre au nord de l’Italie, comme principal couloir de population et d’activité du continent.

Par la suite, d’autres déclinaisons ont été proposées, Yellow Banana, Green Banana, pour désigner des ensembles combinant forte population, densité et activité économique.

La West Coast ne figure toujours pas dans ce récit : mais aujourd’hui, sa dynamique pourrait la faire entrer dans l’histoire économique de l’Europe.

Figure 30

Autre dimension de l’organique : le « peer to peer ». Jean Pinard, qui interviendra demain, indique que 86 % des nuitées supplémentaires gagnées entre 2019 et 2024, autrement dit l’essentiel de la capacité d’hébergement additionnelle sur ces cinq années, proviennent d’hébergements de type Airbnb ou équivalent.

Et la carte est sans ambiguïté : la littoralisation y apparaît de façon immédiate. Le « peer to peer » se colle au littoral, au plus près des lieux désirés.

Figure 31

Le phénomène organique paraît nouveau, mais il a aussi quelque chose de très ancien. La carte de la Bretagne au XVe siècle est, à cet égard, particulièrement éclairante. Que voit-on ? Une géographie qui, par bien des aspects, évoque fortement celle de la Bretagne de 2021.

Entre ces deux états, on observe plutôt une phase de « ruralisation » de l’espace. Autrement dit, la société française a déjà été plus urbaine qu’elle ne l’a été au XVIIIe et au XIXe siècle. Au Moyen Âge, notamment, une part importante de la population vivait en ville ou sur les littoraux, tout simplement parce que l’économie de la pêche et des échanges y structurait l’occupation.

Ce n’est donc pas parce qu’un mouvement se manifeste aujourd’hui avec force qu’il n’a pas déjà existé sous d’autres formes. Et cela pose une question de fond : quel est, au juste, notre référentiel français de la « stabilité » territoriale ? Je ne suis pas certain que nous l’ayons clarifié.

Figure 32

Voici maintenant la carte de la vacance des logements. Sur la côte Ouest, le constat est immédiat : la vacance y est très faible, parfois quasi nulle. Autrement dit, le marché n’a plus de « jeu ». Il n’y a pratiquement plus de marge de respiration.

Figure 33

La French West Coast est saine. Elle présente une dimension très concrète, presque physiologique : elle « respire » mieux. La carte de la pollution du 20 janvier 2025 montre, ce jour-là, des niveaux globalement plus faibles sur la façade atlantique que dans d’autres régions européennes. Cela fait partie des facteurs, discrets mais puissants, qui pèsent dans les choix résidentiels.

Figure 34

Le territoire de la West Coast est aussi plus frais. Lors du record de température du 25 juillet 2019, la carte le montre très clairement : sur le littoral, on observe un effet de modération thermique net, avec parfois 5 à 8 degrés d’écart entre, par exemple, Biarritz et l’arrière-pays. La raison est simple : l’océan amortit les extrêmes, et les vents côtiers apportent en continu de l’air rafraîchi au contact de l’eau.

Figure 35

La côte ouest est aussi un espace plus bourgeois, au sens statistique du terme. La carte du taux de résidences secondaires est, à cet égard, très explicite et se lit immédiatement.

Figure 36

C’est aussi, tout simplement, un territoire hédoniste. Même sans y posséder de résidence secondaire, on y vient, on y retourne, on la fréquente. L’attractivité ne tient pas seulement à la propriété, mais au désir d’y passer du temps.

Figure 37

Sans transition, la Côte Ouest organique est aussi un territoire productif. L’évolution des emplois de la sphère productive sur près de cinquante ans est, à cet égard, très parlante : la dynamique est nette, continue, et elle confirme que l’attractivité de la West Coast ne relève pas seulement du résidentiel ou du tourisme.

Figure 38

La West Coast est, aussi, un phénomène mondial que l’on retrouve outre Atlantique. Vous avez ici la conurbation qui va de New York à Washington : 55 millions d’habitants, 20 % de la population américaine sur 2 % du territoire.

Figure 39

Voici un autre exemple côté méditerranéen, dont nous parlerons tout à l’heure au Maroc, avec 22 millions d’habitants, 55 % de la population sur 15 % du territoire. Et cette dynamique de littoralisation et de métropolisation se poursuit.

Figure 40

Voici encore un autre exemple sur la côte pacifique des États-Unis, qui n’est pas en reste.

Figure 41

L’organique est aussi, d’une certaine manière, un phénomène jacobin si l’on regarde la carte de la grande vitesse ferroviaire française. L’arrivée du TGV à Rennes, Nantes et Bordeaux a contribué à « fabriquer » cette façade ouest en réduisant les distances-temps. Elle a facilité l’installation de nouveaux habitants, notamment venus de Paris, en rendant compatibles des choix de vie atlantiques avec des liens de dépendance économique encore très parisiens.

Figure 42

L’organique a souvent un temps d’avance sur l’aménagement. La carte des flux quotidiens domicile travail, issue de données Transdev, montre des axes où les déplacements sont déjà massifs alors même qu’il n’existe pas, ou pas encore, d’offre de transport collectif à la hauteur. Faute de bus performants, ces trajets se font aujourd’hui principalement en voiture.

Autrement dit, la dynamique est là, mais l’infrastructure n’a pas suivi. La côte Ouest n’est pas encore aménagée à l’échelle de ce qu’elle est en train de devenir.

Figure 43

L’organique donne parfois le sentiment d’être presque prédestiné. La carte des carreaux de 1 km par 1 km sans habitants est, de ce point de vue, éclairante. À l’Ouest, ces vides sont rares, à l’exception notable de la forêt des Landes. L’Ouest n’est pas particulièrement dense, nous l’avons vu, mais il est largement habité, presque partout.

À l’inverse, les grands espaces de « vide » et de nature plus sauvage se situent davantage à l’est du pays, ou le long de la chaîne des Pyrénées. Cela compte, car une attractivité se construit aussi sur une trame d’habitat déjà présente, sur un territoire déjà maillé, déjà occupé, déjà accessible.

Figure 44

Les phénomènes naissants sont toujours organiques : le temps qu’ils émergent avant même d’être pleinement reconnus. La carte des territoires où les prix immobiliers dépassent 3’000 euros par mètre carré en est un bon révélateur. J’imagine que, compte tenu de nos métiers, 3’000 euros ne vous semble pas un seuil vertigineux. Pourtant, à l’échelle du pays, c’est rare. Cela ne concerne qu’environ 6 % du territoire, là où l’intensité de la demande est suffisante pour pousser les prix à ce niveau.

À titre de comparaison, une opération neuve se commercialise aujourd’hui autour de 5’000 euros par mètre carré en moyenne sur 2024-2025. Je ne parle donc ici que d’un seuil bien inférieur. Et c’est précisément ce qui rend la carte intéressante : elle indique les zones où, dans le modèle économique actuel, la production immobilière reste techniquement et financièrement possible. En creux, elle montre surtout l’inverse. Les promoteurs ne parviennent plus à produire en dehors de ces secteurs, faute de demande solvable et de conditions de sortie.

Autrement dit, la carte des prix est un indicateur synthétique d’un phénomène plus profond : un regroupement spatial de la demande, une hyper spécialisation géographique, qui ne fait probablement que commencer.

Figure 45

L’organique est aussi, d’une certaine manière, exotique pour un esprit français, parce que notre pays continue de se représenter selon une géographie héritée. La carte qui suit, celle de la préfiguration des départements à la Révolution, en est l’illustration : un territoire découpé pour être administrable, relativement homogène, pensé comme un ensemble continu et équilibré.

Or ce n’est évidemment pas la géographie que suggère la carte précédente. Entre la France telle qu’elle se représente et la France telle qu’elle se recompose, il y a un écart qui devient difficile à ignorer.

Figure 46

À l’inverse, nos cousins canadiens sont culturellement plus familiers à ce type de concentration. Une très grande partie de la population (80%) y est regroupée dans quelques bandes ou pôles bien identifiables, sans que cela apparaisse comme une anomalie dans la représentation collective du territoire.

Figure 47

L’organique est aussi, presque toujours, inattendu. La carte que je projette ici en est une bonne illustration. À gauche, on voit le premier scénario prospectif de la DATAR de 1971, élaboré à une époque où la crainte dominante était la désertification de l’Ouest. On redoutait un abandon progressif, une forme d’effacement territorial. Un « scénario de l’inacceptable » avait même été construit pour montrer ce qui adviendrait si l’on ne faisait rien, si l’on renonçait à toute politique d’aménagement.

À droite, trente ans plus tard, en 2002, la représentation a déjà changé : on imagine une France plus équilibrée, polycentrique. Mais là encore, on est très loin de deviner le phénomène « West Coast » qui va suivre quelques années plus tard.

La configuration actuelle des dynamiques à l’œuvre sur le territoire français n’a pas été anticipée.

Figure 48

L’organique est parfois refoulé. La carte du zonage A, B1, B2, etc., utilisée notamment pour les dispositifs de défiscalisation type Pinel et certains mécanismes d’aide, en est un bon exemple.

Cette géographie est très connue des promoteurs, parce qu’elle conditionne directement la solvabilité de la demande et, au final, la possibilité de lancer une opération. En revanche, elle reste largement invisible pour le grand public. Demandez à un Français dans la rue, il ne sait pas que, dans le modèle économique actuel, la promotion immobilière n’est réellement possible que dans une partie limitée du territoire, souvent matérialisée ici par les zones les plus favorables.

Et c’est précisément cela que j’appelle « refoulé ». Nous disposons des cartes, nous avons les signaux, mais nous hésitons à les regarder en face, parce qu’ils contredisent notre représentation intuitive d’un territoire homogène et également aménageable.

Figure 49

L’organique peut aussi être incompris, voire nié. La carte que je montre à gauche, celle du programme « Territoires d’industrie », est révélatrice. Elle dessine une France qui ressemble presque à une géographie héritée du XIXe siècle, comme si l’on pouvait réactiver les anciens bassins en les décrétant à nouveau industriels.

La vision implicite est claire : l’industrie servirait de levier pour redynamiser des territoires en perte de vitesse. Mais on peut aussi retourner la proposition. Dans une période où l’industrie française est structurellement fragilisée, il est possible que ce soit elle qui ait besoin d’un appui territorial beaucoup plus puissant, en particulier dans les zones capables d’attirer compétences, cadres de vie, et main-d’œuvre. C’est, en tout cas, mon point de vue.

Figure 50

L’organique est souvent, en France, combattu. On voit circuler, y compris dans nos milieux professionnels, des doctrines qui valorisent l’idée de « ville stationnaire » ou de « territoires stationnaires ». L’hypothèse implicite est simple : quand un territoire décroît, il ne devrait pas décroître ; quand il croît, il ne devrait pas croître. Dans les deux cas, la norme souhaitable serait la stabilité.

Quelle que soit la référence mobilisée, le XVe siècle, le XVIIIe, le XIXe, ou un autre âge d’or supposé, on retrouve souvent la même posture : l’évolution fait peur. Et cette peur n’est pas seulement technocratique. On la rencontre chez les professionnels, mais aussi chez les habitants, parce que la croissance comme la décroissance bousculent des équilibres locaux, des identités, et des modes d’habiter.

Figure 51

Un phénomène d’une telle ampleur peut-il être combattu ? C’est, au fond, l’une des questions que nous allons explorer. Et, symétriquement, doit-il être laissé entièrement libre ? Probablement pas. Toute la difficulté est là : entre la négation et le pilotage, où placer le curseur ?

Je voudrais, pour conclure cette séquence, formuler une suggestion plus personnelle. Si nous avons choisi d’investir pleinement ce sujet pendant ces deux journées, c’est parce que je considère que la French West Coast constitue l’un des rares atouts stratégiques de la France aujourd’hui.

Un atout rare, parce qu’il s’inscrit dans un moment national où l’humeur collective est plutôt sombre. On le sent. Et l’on finit par se demander pourquoi, alors même que certains avantages demeurent objectivement solides. Pourquoi les minimiser, les passer sous silence, voire les combattre, au lieu de les reconnaître et d’en faire un levier au service du pays ?

Figure 52

Faisons un bilan rapide des forces françaises dans le contexte géopolitique actuel, sous forme d’inventaire.

  • Énergie décarbonée : nous avons longtemps été en avance. L’avantage existe encore, mais il vieillit, et il suppose désormais une capacité de renouvellement, de modernisation et d’industrialisation que nous n’avons pas encore totalement retrouvée.

  • Minerais et métaux rares : nous ne disposons pas de gisements nationaux majeurs et la dépendance extérieure est structurelle. En revanche, la France a eu un savoir-faire industriel de premier plan sur certaines étapes de la chaîne de valeur, notamment la séparation et la chimie des terres rares, un savoir-faire que nous avons laissé se déliter, au point de ne plus peser vraiment dans l’équation mondiale.

  • Infrastructures : elles restent de très haut niveau. Au tournant des années 2000, la France figurait objectivement dans le peloton de tête mondial, routes, ferroviaire, grande vitesse. Depuis, la concurrence s’est renforcée, et l’enjeu principal est redevenu l’entretien, la modernisation et la régénération du parc.

  • Avance technologique : nous étions en pointe dans de nombreux domaines au début des années 2000. Vingt-cinq ans plus tard, après deux grandes vagues de transformation technologique, l’avance subsiste dans certains secteurs, mais elle s’est réduite, et dans d’autres, nous avons décroché.

  • Démographie : nous pensions rester dans une zone favorable autour de 2,1 enfants par femme. Les tendances récentes indiquent plutôt une convergence vers les trajectoires européennes, avec une fragilisation de ce socle.

  • Ingénieurs et compétences : nous avons longtemps cultivé l’idée d’un avantage comparatif fort. Il demeure, mais il est désormais questionné, au regard des capacités industrielles, de l’attractivité des métiers et de la concurrence internationale.

Reprenons un exemple central, celui de l’électricité décarbonée, qui sera l’un des enjeux majeurs des prochaines décennies. La comparaison des trajectoires récentes entre les États-Unis, la Chine et la France sur les dix dernières années est instructive : après avoir été longtemps au-dessus, le nucléaire français comme le solaire français marquent un net ralentissement, tandis que la Chine accélère fortement. Cette bascule est structurante : elle dit quelque chose de notre capacité à transformer un avantage historique en dynamique d’avenir.

Figure 53

Nous avons beaucoup transféré nos technologies, et nous constatons aujourd’hui le résultat sur les trajectoires comparées. Cela produit aussi un sentiment diffus, difficile à nommer, fait à la fois de lucidité et de frustration.

Dans le même temps, nous lançons un plan de relance du nucléaire qui implique de recruter environ 100’000 personnes, des profils hautement techniques, des ingénieurs, des spécialistes. Or ces compétences stratégiques restent souvent moins bien rémunérées que d’autres fonctions à forte valorisation financière. Dit plus simplement, un ingénieur du nucléaire ne sera pas payé comme un trader, y compris dans un secteur aussi critique que l’énergie.

La question de l’attractivité ne se réduit donc pas aux volumes de recrutement. Elle touche aussi au statut social, à l’image, au récit collectif, et le cadre de vie y a toute sa place. Aujourd’hui, il faut le reconnaître, « je suis ingénieur nucléaire » n’est pas encore, dans l’imaginaire commun, une position aussi valorisée qu’elle devrait l’être. Comme beaucoup d’autres.

Figure 54

Voici un exemple très concret de communication de recrutement, avec Orano, qui développe ses équipes à Bordeaux, parce que Bordeaux est, disons, une localisation « désirable ». Selon la légende de l’image, l’implantation compte aujourd’hui onze salariés et vise bientôt cinquante.

Évidemment, nous sommes loin des 100’000 recrutements évoqués à l’échelle de la filière. Mais cet exemple dit quelque chose d’important : même sur des métiers stratégiques, même avec des besoins massifs, l’attractivité ne va pas de soi. Elle se construit, et elle passe aussi par la géographie.

Figure 55

Aujourd’hui, pour beaucoup d’actifs, le critère de décision numéro un n’est plus seulement ce qu’ils vont faire, mais où ils vont le faire.

Dans ce contexte, disposer d’une West Coast quasiment unique en Europe, et remarquable à l’échelle mondiale, est un avantage stratégique. À l’heure où l’enjeu central devient de recruter, de remobiliser, de redonner de l’élan aux forces vives, cette géographie peut jouer un rôle clé dans la reconstruction de nos atouts.

On le voit déjà dans des secteurs très compétitifs. Un concurrent de Mistral est en train de s’installer à Paris. Pourquoi Paris ? Pour accéder au marché européen, bien sûr, mais aussi parce que Paris reste, tout simplement, l’une des villes les plus désirables du monde. Le lieu compte, parfois autant que le projet.

Figure 56

Pendant ce temps, on en est encore à se demander pourquoi l’on construirait trois ou quatre logements supplémentaires sur la côte Ouest, comme si l’accueil était une anomalie plutôt qu’une condition de fonctionnement de ces territoires.

Figure 57

Comme tu le rappelais, Pablo, un transfert de patrimoine majeur est en train de s’opérer. Nous entrons progressivement dans une société d’héritiers. Or cette bascule aura une géographie très marquée : on n’hérite pas de la même manière sur la West Coast et en Creuse. Les montants, les trajectoires de valeur, les opportunités résidentielles et économiques associées ne relèveront pas du même monde.

Figure 58

La natalité est aussi, en partie, une affaire de confiance. Elle est liée au moral collectif, à la projection dans l’avenir, au sentiment que le futur est habitable et désirable.

Figure 59

Biarritz est régulièrement classée parmi les villes où il fait bon vivre. Cela n’a rien d’étonnant. Et, pour être honnête, je ne serais pas contre y vivre moi-même. Le problème, c’est que, pour une large partie des ménages, ce désir reste théorique : le marché y est devenu trop contraint, et l’accès au logement, tout simplement, hors de portée.

Figure 60

La West Coast, c’est d’abord de l’espace, maritime et terrestre. C’est une puissance paysagère, une beauté, un art de vivre. C’est un cadre de vie exceptionnel, capable de redonner à la dimension humaine de ce tableau de l’élan, de l’énergie, de l’enthousiasme, du désir, au moment même où le pays en manque.

Figure 61

Le paysage français, dans son ensemble, est remarquable. Et la côte française, en particulier, est d’une diversité et d’une puissance rares. On évoquait tout à l’heure Cancale, qui envisage d’interdire la production de résidences secondaires dans le neuf. La question est presque ironique : faut-il continuer à produire des images de Cancale qui donnent autant envie ? Peut-être.

Figure 62

La carte des prix correspond à cette carte-là. Nous sommes d’accord ?

Figure 63

D’un côté, certains se disent : « Nous sommes déjà nombreux. » De l’autre, une publicité pour l’Irlande formule exactement l’inverse, avec une simplicité redoutable : « Passez des grands espaces ouverts aux bras grands ouverts. »

C’est là, à mon sens, l’un des grands défis sociaux des années à venir. Si nous voulons que la West Coast ne s’aménage pas seulement pour elle-même, mais devienne une opportunité pour le pays, il faudra apprendre à organiser l’accueil, donc à produire des capacités d’habiter supplémentaires, et à aligner nos politiques publiques avec la géographie réelle, plutôt qu’avec la géographie que nous aimerions voir.

Figure 64

Je ne vois pas, au fond, pourquoi nous n’aurions pas un plan de réindustrialisation West Coast. Avec un atout territorial de cette nature, l’implantation d’une usine à Saint-Malo, au bassin d’Arcachon, en Bretagne ou ailleurs sur la façade atlantique devient immédiatement attractive pour les salariés.

Le paradoxe, c’est que cette attractivité bute souvent sur une limite très prosaïque : ces mêmes salariés ne parviennent pas à se loger. C’est absurde, et pourtant, nous en sommes là. Nous touchons presque du doigt ce qui fait rêver les actifs, mais nous bloquons sur la condition d’accueil.

Dans le contexte actuel, être attractif est devenu rare. Une large part du territoire français est en stagnation ou en décroissance, démographique comme économique. Quelques territoires, au contraire, progressent.

Mais nous leur refusons souvent la dernière étape, la plus décisive : accepter de grandir, ouvrir les bras, produire des places supplémentaires, se dire « oui » les uns aux autres.

Je ne suis pas certain que promettre, gouvernement après gouvernement, un rééquilibrage général du territoire dont nous n’avons ni l’envie, ni les moyens, ni les leviers, soit le chemin le plus court pour redonner à la France l’élan dont elle a besoin.

Voilà pour cette introduction. Il est temps, à présent, de passer la parole à Jacques Lévy.

Réutilisation

Citation

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Veuillez citer ce travail comme suit :
Miet, D. (2025, September 18). La French West Coast ? Organic Cities II, Rennes. Sciences Po Rennes & Villes Vivantes. https://papers.organiccities.co/la-french-west-coast.html