Je suis ravi de vous voir tous réunis ce matin autour des questions proposées par Organic Cities. Je trouve que c’est un colloque extrêmement enrichissant, très oxygénant depuis hier matin. Pour ma part, j’ai appris beaucoup de choses.
Sciences Po Rennes a beaucoup investi dans sa politique de recherche sur les questions territoriales, en articulant transition écologique, systèmes productifs, mutations, dont les mutations culturelles et sociales.
Nous avons plusieurs chaires de recherche dans ces domaines.
- La chaire « Agir pour Préserver l’Habitabilité de la Terre » (APHAT), par exemple, pilotée par la Docteure Gaëlle Petit,
- La chaire Chaire Mers, Maritimités et Maritimisations du Monde (4M) sur la maritimité avec la Docteure Virginie Saliou et Gwenaël Leblong-Masclet, qui est basée à Brest,
- La chaire récente « Écologisation, démocratisation et territorialisation des industries dans une perspective comparée » (ECODETER) avec le professeur Pierre Wokuri.
- Et cette chaire « Territoires et Mutations de l’Action Publique » (TMAP), que j’anime, avec d’autres, et dont nous fêtions les dix ans à l’Île de Groix en juin dernier. Vous voyez, ce n’est pas si mal de fêter dix ans à l’Île de Groix dans les territoires désirables, qui peuvent faire référence à cette fameuse Côte Ouest.
Pour terminer, je vous livrerai quelques réflexions d’un politologue sur les débats et les questions que soulève ce colloque.
Vous savez peut-être que Michel Debré, qui était alors le premier Premier ministre du général de Gaulle, ne voulait pas nommer la Bretagne et l’appelait toujours “ l’Extrême Ouest ”. Et puis, Jean-Yves Le Drian, que vous connaissez, parlait d’un “ Grand Ouest mou ”.
Je pense qu’il faut faire attention, lorsqu’on nomme des territoires, de ne pas oublier que derrière des territoires, il y a des populations, il y a des identités et il y a des institutions et des systèmes décisionnels.
Et ces identités, ces systèmes institutionnels, ces sentiments d’appartenance ont beaucoup souffert d’un aménagement du territoire extrêmement descendant, pensé en haut et appliqué, parfois, ça a été dit hier, brutalement en bas.
Et on le voit, sur les questions démocratiques, les sociétés contemporaines acceptent de moins en moins des formes de diktats des élites autoproclamées. Donc, que ce soit sur l’expertise, que ce soit sur la décision politique, qu’on le veuille ou non, qu’on le déplore ou qu’on le célèbre, l’horizontalité de nos sociétés est actée.
Si bien que dans cette Côte Ouest, vous avez en réalité une grande diversité de territoires politiques, et qui n’accepteront sans doute pas facilement un “ Grand Paris ” version Ouest.
Par ailleurs, je ferais remarquer à propos de la « ruée vers l’Ouest » – c’était, je crois, le titre d’un article du Monde – qu’il faut se méfier de ce genre d’analogie historique. La ruée vers l’Ouest, c’était quand même une grande entreprise de colonisation aux États-Unis. C’est quand même le massacre de beaucoup de peuples premiers, de beaucoup d’Amérindiens, par exemple.
Et puis il faut, aussi, se méfier de la gouvernance à la française. Et ce sera mon dernier mot. Je pense que la principale menace, finalement, pour ces territoires qui composent la façade Ouest, tous ces enjeux que l’on a vus en font partie, mais ce qui les menace le plus, c’est la façon de gouverner. Et peut-être l’embolie des normes, la restriction des moyens locaux pour décider, ici et maintenant.
Vous connaissez cette fameuse formule « Charbonnier est maître chez soi ». Eh bien, j’espère que pour la Côte Ouest, cela s’appliquera dans les décennies à venir.
Merci.
Réutilisation
Citation
@inproceedings{pasquier2025,
author = {Pasquier, Romain},
publisher = {Sciences Po Rennes \& Villes Vivantes},
title = {Mot d’accueil},
date = {2025-09-19},
url = {https://papers.organiccities.co/mot-d-accueil-3.html},
langid = {fr}
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