1 Une densité d’interventions exceptionnelle
Je vais tenter un exercice impossible, car j’ai fait quelques comptes pendant ces deux jours : 70 interventions, 10 tables rondes, et tout cela à devoir synthétiser !
Nous voilà au terme de ces deux journées de colloque, un véritable marathon.
Je voudrais commencer par des remerciements. Remerciements à Pablo Diaz, le directeur de Sciences Po Rennes, qu’on peut applaudir. Et l’ensemble des équipes de Sciences Po Rennes qui ont permis l’organisation de cette manifestation dans d’excellentes conditions d’accueil. Je voudrais également remercier l’OFCE (Observatoire Français des Conjonctures Économiques), Xavier Timbeau, qui nous a permis de recaler un certain nombre d’idées reçues, grâce à une lecture très fine. J’y reviendrai dans ma synthèse.
Et bien sûr, David Miet et ses équipes, qui ont vraiment été le cœur de cela.
Remerciements aux 70 intervenants. C’est la première fois que je participe à l’organisation d’un colloque avec une telle densité d’interventions. Et bien sûr, aux 600 inscrits dont je ne sais pas encore combien de participants ont accepté de vivre avec nous ces deux journées intenses.
2 Une synthèse difficile
C’est une synthèse difficile, donc elle sera partielle et partiale. Je vais exprimer un point de vue à la fois de ce que j’ai entendu, mais aussi de ce qui me semble important. Je crois que l’objectif de ce colloque, c’était d’être ouverts sur l’avenir et d’essayer de comprendre le processus en cours.
Il est né d’une discussion l’an passé, lors de la séance introductive de notre séminaire de rentrée pour l’école urbaine Sciences Po, avec David et ses équipes, lors de laquelle nous nous sommes dits, voilà, on a un phénomène dans la région de la Côte Ouest. C’est un impensé géographique, statistique, etc. Comment peut-on aborder ce sujet ? Il y a le fil rouge d’une approche de type organique, c’est-à-dire basée sur les acteurs locaux, pour les citoyens, les entreprises, etc.
3 Une approche “ organique ”
Une approche organique pour essayer de connaître, de comprendre, proposer des solutions et anticiper l’avenir. C’est exactement le thème qui est retenu pour l’école “ Ville et Environnement Urbain ” de Sciences Po Rennes, et pour les trois masters qui la constituent, comme pour le séminaire “ Ville en devenir ” que j’ai le plaisir d’animer. Cela tombait bien !
Et quand on aborde ce sujet, on s’est aperçu au cours de ces deux jours qu’on a affaire à des paradoxes, voire à des controverses, qu’il convient d’adresser.
4 Une French West Coast fragmentée
Le premier point qui me frappe, et qu’on a revu hier et ce matin, c’est que cette côte, “ French West Coast ”, est fragmentée. On a eu beaucoup de comparaisons avec l’arc méditerranéen, qui, lui, est continu, dans lequel on peut circuler de Montpellier ou de Perpignan à Nice sans trop de difficultés, alors que là, nous sommes dans un espace profondément fragmenté.
Et dans le fond, la question que pose cette situation, c’est : faut-il polariser, faut-il interconnecter, etc. Et on a vu, à travers les différences exposées, qu’on était en permanence en train de naviguer entre ces deux points, concentrés ou dispersés, polarisés ou interconnectés.
6 Comment aménager les métropoles
Le troisième sujet qui m’est apparu très important, c’est comment aménager les métropoles. J’ai été très interrogé par la question “ pro ” ou “ anti-métro ”. C’est un débat qu’on a dans toutes les villes du monde, et toutes les régions du monde. Je me souviens, dans les années 2000, je fais partie d’une petite organisation qui s’appelle “ Villes en développement ”, et nous avions sorti un numéro de la lettre de “ Villes en développement ”, qui existe toujours (je fais un peu de publicité au passage pour notre association), dans lequel avaient écrit deux experts de la Banque mondiale, un “ pro-métro ”, l’autre “ anti-métro ”.
J’ai été très impressionné par la discussion sur Bordeaux. La discussion dans la lettre de “ Villes en développement ” portait ayant à elle sur Hanoï et le Vietnam, ce qui résonne d’une manière assez heureuse avec l’intervention finale de colloque, et l’évocation de Đà Nẵng .
7 L’importance des mots et des concepts
Le dernier point que je voudrais souligner, c’est (comme nous sommes à Sciences Po Rennes) l’importance des concepts et des mots.
On a vu avec la notion de “ surtourisme ” à quel point c’était une notion qui cachait la réalité.
Cela nous a été très bien exposé dans la table ronde sur le tourisme. Dans cette affaire de “ surtourisme ” apparue à partir de la pandémie du Covid-19, comme une espèce de réponse à l’arrivée de populations, on voit bien que le fait de nommer ce phénomène en tant que “ surtourisme ” en cache la réalité.
La réalité, c’est que cette surfréquentation est avant tout une question de proximité et de mouvements quotidiens des Bretons eux-mêmes. En effet, comme on le voit dans des lieux comme les îles du Golfe du Morbihan, le problème vient souvent de l’afflux journalier. Il est donc crucial de ne pas se tromper dans la manière de nommer ce phénomène.
Je pense qu’on a eu aussi l’extraordinaire évolution sémantique dans la ville de Bordeaux entre “ optimisation ” et “ robustification ” du système de tramway. Tout cela pour échapper au métro qui, indéniablement, finira par se construire.
Cela s’inscrit complètement dans l’esprit de l’école humaniste, pour ne jamais cesser d’apprendre ensemble et prendre soin du monde qui est le logo, l’objectif de l’école de Rennes où nous préparons ici des étudiants (et certains sont dans la salle) dans leur métier d’avenir.
Nous venons ainsi de voyager dans la diversité des cultures, des espaces que constitue cette façade maritime Ouest.
Je finirai par citer un intervenant qui recommande une approche “ systémique et amoureuse ”.
J’ai beaucoup aimé cette expression. Je pense qu’on est à la fois, tous, dans notre formation cartésienne française, extrêmement attachés à la rationalité des choses, mais qu’à travers ce colloque, on a eu aussi cette approche sensible.
Je forme le vœu qu’on puisse se retrouver rapidement, peut-être l’année prochaine, dans un nouveau colloque qui sera Organic Cities III, dont on parle déjà et dont on peut se féliciter.
Voilà, merci beaucoup, bon retour à toutes et tous et bonne fin de colloque !
Réutilisation
Citation
@inproceedings{crépin2025,
author = {Crépin, Xavier},
publisher = {Sciences Po Rennes \& Villes Vivantes},
title = {Mot de conclusion},
date = {2025-09-19},
url = {https://papers.organiccities.co/mot-de-conclusion.html},
langid = {fr}
}
5 Comment gouverner ces espaces ?
La deuxième question, qui découle de la première, c’est comment gouverner ces espaces.
Une idée m’est venue — qui n’a pas été abordée durant ce colloque, d’où le caractère partial de cette synthèse : nous pourrions nous inspirer de l’organisation de la gestion de l’eau en France.
Ce domaine déroge en effet totalement aux règles classiques de l’administration territoriale (régions, départements, etc.). Il relève d’agences de bassin, qui sont basées sur une dimension géographique. Et je me demandais, dans le fond, si on ne pourrait pas imaginer quelque chose qui soit de même nature, qui prendrait en compte cette dimension géographique, cette ligne de côte qui va de la Bretagne jusqu’aux Pyrénées. Et sans revenir aux établissements publics qu’on a connus et qui ont fait ce qui était considéré comme un échec, c’est-à-dire l’aménagement du Languedoc-Roussillon, et dont on a vu que La Grande Motte, pour finir, est une réussite.
La notion d’échec et de réussite, c’est aussi un paradoxe que j’aime bien manipuler.
Qu’est-ce qui est réussi ? Qu’est-ce qui est beau ? Qu’est-ce qui est laid ? On a eu vraiment toutes ces discussions paradoxales et controversées.
Devant une telle situation, devant une telle tension qui a été rappelée en termes de logement, en termes d’accueil, la réponse est peut-être, également paradoxale.