« Partager Paris » : pourquoi l’échelle métropolitaine est-elle la seule véritable option ?

Retranscription de la conférence du 18 septembre 2025 au Couvent des Jacobins (Rennes )
Colloque Organic Cities II

Auteur
Affiliation

Pavillon de l’Arsenal

Date de publication

18 septembre 2025

Modifié

5 janvier 2026

Bonjour, et merci beaucoup pour l’invitation, je suis ravie de parler du Grand Paris, qui est un sujet que je porte à titre personnel d’une part, et d’autre part avec le Pavillon de l’Arsenal, que j’ai la chance de diriger depuis plus de deux ans.

1 Pourquoi le Grand Paris ?

Pourquoi le Grand Paris ? Tout simplement parce que cela me semble toujours étonnant qu’actuellement, il y ait encore cette anomalie d’insuffisance de partage et de coopération à l’échelle de cette région métropolitaine, de cette région capitale qui est celle du Grand Paris.

Il faut se rappeler que la ville de Paris, par rapport à Londres ou à Berlin, est dix fois, vingt fois plus petite. On pourrait se dire, peu importe, chaque ville a sa taille. Mais aujourd’hui, on parle de densité, on parle d’attractivité, on parle des défis des métropoles, et quand il s’agit de s’attaquer aux défis du logement, quand il s’agit de parler de pollution, d’inégalité, le découpage actuel du territoire rend difficilement possible une coopération efficace.

C’est pour cela que je m’intéresse au Grand Paris, tout simplement parce qu’aujourd’hui, il y a des niveaux d’inégalité extrêmement forts, entre les communes de l’Ouest et les communes de l’Est de la métropole, comme vous le savez. Il est toujours utile de rappeler qu’il y a des communes qui ont moins de 5% de logement social à l’Ouest de Paris, tandis que certaines en ont plus de 50% à l’Est. Et que nous ne pourrons résoudre nos défis pour loger les gens et faire en sorte qu’il y ait moins d’inégalités que si l’on s’y attaque tous ensemble.

2 Une coopération difficile à mettre en place

J’ai travaillé sur les sujets de Grand Paris quand je suis arrivée à l’Hôtel de Ville en 2014, et c’est un des thèmes que j’ai trouvés les plus difficiles, car quand on les aborde, on voit à quel point, parfois, les élus ne souhaitent pas coopérer sur ce sujet, à quel point la planification prend un temps infini, qui n’est absolument pas au niveau des défis environnementaux et sociaux.

Je me rappelle par exemple de débats pour se demander si l’on pouvait mettre des tracés indicatifs de pistes cyclables qui iraient d’une ville à l’autre, et des élus qui nous disaient « non, il est hors de question d’indiquer des pistes cyclables sur ma commune.  »

Nous avons évoqué aujourd’hui les difficultés associées à la multiplicité des échelles de planification, et cette difficulté est accentuée pour le Grand Paris, car comme vous le savez peut-être, à l’échelle du Grand Paris, il y a l’échelon de la Région, il y a l’échelon de la métropole du Grand Paris, il y a les Départements, il y a les territoires, et il y a les communes. Donc pour avoir un alignement des planètes sur un sujet quand on veut agir, le travail des élus et des administrations est très difficile.

3 Le Grand Paris, une échelle de vie

Pourtant, ce que j’observe au quotidien, c’est que beaucoup de personnes vivent à l’échelle du Grand Paris. C’est le cas des milieux économiques, c’est le cas des milieux culturels, et c’est le cas, tout simplement, des habitantes et des habitants qui, pour beaucoup, vivent dans une ville, et travaillent dans une autre.

Quand j’ai commencé à parler de ce sujet dans le milieu politique, on me disait « Mais ça n’intéresse personne le Grand Paris ! ». Et je répondais « Si, c’est tout simplement le quotidien des gens, car leurs frères, leurs sœurs, leurs amis vivent dans une autre ville, ils prennent le RER ». Et j’ai constaté à quel point la politique est en retard sur le quotidien, mais aussi sur les milieux économiques, culturels, associatifs, etc.

Aujourd’hui, si on veut être vraiment efficace face à certains défis, on a besoin d’avoir une certaine souplesse avec les échelles. Je sais que c’est quelque chose dont vous parlez aussi, la vie réelle des gens, les bassins économiques réels, et que la politique s’adapte à cette échelle-là, parce que sinon on n’arrivera jamais à agir efficacement. Et c’est pour cela qu’on doit avoir des modalités d’urbanisme et de planification qui s’adaptent à la vraie vie des gens.

Le Grand Paris c’est tout simplement l’histoire de cette ville. Au Pavillon de l’Arsenal, on montre souvent l’histoire de la ville de Paris, et il est évident que penser une ville hors sol, uniquement dans ses frontières administratives, n’a aucun sens. Les ressources viennent souvent d’ailleurs, les travailleuses, travailleurs, viennent souvent d’ailleurs également. Toute l’histoire de la ville, d’un point de vue des matériaux, d’un point de vue de la nourriture, d’un point de vue de l’eau, se pense à différentes échelles. Et c’est vraiment quelque chose que l’on doit incarner dans l’urbanisme.

C’est aussi ce que prônait Bruno Latour quand il disait qu’on doit cartographier notre quotidien et les ressources dont on dépend. C’est extrêmement important de montrer cela aujourd’hui, et de ne pas être que sur une planification “ sèche ”, où on a l’impression qu’il n’y a que le sujet du cadastre et des limites administratives. Je crois qu’on doit vraiment beaucoup parler des ressources et des flux réels de population.

Voilà quelques-unes des raisons pour lesquelles le Grand Paris est important à mes yeux.

Réutilisation

Citation

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Veuillez citer ce travail comme suit :
Waller, M. (2025, September 18). « Partager Paris » : pourquoi l’échelle métropolitaine est-elle la seule véritable option ? . Organic Cities II, Rennes. Sciences Po Rennes & Villes Vivantes. https://papers.organiccities.co/partager-paris-pourquoi-l-echelle-metropolitaine-est-elle-la-seule-veritable-option.html