Merci à vous toutes et tous de m’accueillir. Le Medef Bretagne, ce sont 19 branches, dont la Fédération du bâtiment, la Métallurgie, le Syntec, par exemple.
1 Le littoral et réindustrialisation
En Bretagne, on a la chance d’avoir un littoral. Mais avant d’être une carte postale, c’est d’abord, et avant tout, un levier incontestable d’attractivité, de compétitivité et de développement économique. La question maintenant est de savoir, une fois que ce constat est fait et que nous le partageons, comment transformer ce littoral en un avantage durable pour nos entreprises, nos territoires et nos salariés.
La Bretagne est sur la même dynamique industrielle que le reste de la France. Je ne suis pas le seul à dire que la Bretagne n’est pas une île, et qu’elle fonctionne à l’échelle et au même niveau que le reste de la France. Pendant quelques décennies, la France a connu un recul de l’industrialisation, et donc une désindustrialisation assez importante.
Mais depuis 2018 et jusqu’à 2024 (et je parle bien de 2024 parce qu’on sent qu’en 2025 le phénomène est en train de s’inverser), on a connu une reprise de l’emploi manufacturier. Ce qui est une bonne nouvelle puisque nous avions l’ambition de réindustrialiser la France.
Cela a été le cas également en Bretagne, où je rappelle que l’emploi industriel représente 14,3% de l’emploi global, et qu’au sein de cet emploi industriel, 41% est issu de l’agroalimentaire. Le territoire breton est évidemment très tourné vers l’agroalimentaire, avec une particularité, c’est que l’industrie agroalimentaire vient mailler la totalité du territoire. Elle n’est pas présente simplement au centre de la Bretagne, on la retrouve sur la totalité du territoire.
Nous avions mené il y a quelques années une étude qui visait à accompagner ce mouvement de réindustrialisation. Cette étude, menée avec Produit en Bretagne, elle s’appelait Reloc’h1 et nous a donné quelques chiffres. Si nous imaginions relocaliser la fabrication de produits importés de l’étranger, nous aurions la capacité à produire 5,3 milliards de chiffre d’affaires complémentaires, donc de richesse pour la Bretagne. 130’000 emplois : 20’000 dans le secteur du tourisme (et là on est vraiment sur les zones du littoral), 50’000 dans les emplois de développement d’activité en Bretagne, et 61’000 emplois liés à la relocalisation des produits industriels.
La Bretagne a démarré cette réindustrialisation, et on a constaté ces quelques dernières années, 2018-2024, 39 nouveaux projets industriels. 39 entreprises se sont installées ici en Bretagne pour réimplanter leur industrie.
Ce que l’étude Reloc’h nous démontre, c’est que les produits qui pourraient être relocalisés, vous ne serez sans doute pas surpris, ce sont les légumes, les ovo-produits, les produits alimentaires intermédiaires, l’équipement agroalimentaire, les pièces en métal – la métallurgie est assez présente chez nous – la construction et la réparation aéronautique – dans ces domaines, la Bretagne est très en pointe – l’emballage, la plasturgie.
L’agroalimentaire, et vous l’avez certainement vu lors du Covid, produit 20 millions de repas par jour, 20 millions de repas par jour pour nos Français. Et donc on voit bien que la Bretagne est une terre d’industrie et que nous pouvons parfaitement marier notre littoral, et l’industrie bretonne, qui est très importante.
2 Les conditions de la relocalisation
Il y a des conditions dans cette relocalisation, qui sont évidemment le respect des cahiers des charges environnementaux. On a parlé du Zéro Artificialisation Nette (ZAN), mais j’y reviendrai peut-être tout à l’heure.
Et puis quand même, un facteur économique évident : si le produit que nous fabriquons en Bretagne a un prix 30% supérieur à celui qui pourrait être produit ailleurs, cela ne vaut pas la peine de le faire.
Il faut donc que nous arrivions à identifier des produits dont le coût de possession, ce fameux TCO (Total Cost of Ownership), nous permette un prix relativement compétitif, plus cher que si nous l’achetons à l’étranger, mais avec des droits de douane, avec des éléments de sécurité qui nous permettent de produire.
En ce qui concerne les recrutements techniques dont la Bretagne aura besoin, et je vais faire le tour du littoral pour vous parler des industries qui sont employeuses :
Le naval et la défense, je l’ai dit tout à l’heure, ce sont 11’800 emplois. Et on a des besoins : en chaudronnerie, en soudage, en maintenance, en essais, en qualité, en cybersécurité navale. On a des besoins sur l’énergie, l’énergie marine et sur l’éolien en mer. Et là aussi, nous avons besoin de techniciens. Et puis enfin, sur les technologies marines et photoniques, qui sont des secteurs un peu plus spécifiques, basés principalement à Brest et Lannion.
Alors pourquoi est-ce que la Bretagne est attractive sur le littoral ? Parce que ses profils de postes peuvent trouver, dans des filières assez variées, l’emploi de demain.
Mais derrière cette photographie où la Bretagne se réindustrialise, on a quand même quelques défis devant nous. D’abord, nous avons la chance d’être dans un territoire où le taux de chômage, 6%, est un des plus faibles de France. Le revers de la médaille, c’est que le marché du travail est un peu tendu. Et lorsque l’on sollicite les entreprises pour savoir quelles sont leurs difficultés de recrutement, c’est bien la capacité à faire venir des collaborateurs dans leurs entreprises qui est citée.
Le Breton est assez peu mobile. La mobilité de nos collaborateurs est assez faible. On l’estime à peu près à 30 km. Et donc si elle n’est pas accompagnée de transports, si elle n’est pas accompagnée de logements, c’est assez difficile.
Plus de la moitié des entreprises industrielles ont des difficultés à recruter. Il nous faut mobiliser les forces vives et notamment mobiliser les jeunes, et accroître l’accès à la formation. Nous devons former en Bretagne des collaborateurs qui seront en capacité à trouver de l’emploi dans notre territoire.
3 Démographie et accès au logement
Le second défi, c’est la démographie. Il faut avoir conscience que la démographie bretonne est vieillissante. D’ici 2050, la Bretagne gagnerait 357’000 seniors, mais nous perdrions 100’000 personnes de moins de 65 ans. Avec une perte de jeunes. On sait que les jeunes quittent la Bretagne pour faire leurs études, travailler, puis reviennent très souvent en Bretagne. C’est un attachement à notre territoire, mais il faut avoir en tête que ces collaborateurs, ces jeunes qui s’en vont, sont un vrai défi pour les entreprises. Parce que, évidemment, si la démographie bretonne est vieillissante, nous aurons à un moment ou un autre un déficit de compétences dans nos entreprises.
L’accès au logement est aussi un vrai sujet, une vraie difficulté. Les résidences secondaires, par exemple, à Cancale, représentent aujourd’hui 40% des logements. Vous avez vu que le maire de Cancale a pris une décision de limiter l’accès à la résidence secondaire. C’est également vrai à Saint-Malo et dans quelques communes du littoral qui, mécaniquement, excluent un peu les salariés qui voudraient habiter proche de leur lieu de travail.
Le Zéro Artificialisation Nette (ZAN), dont on peut louer la qualité essentielle, et dont l’objectif premier est la préservation de la biodiversité, va, mécaniquement, créer des tensions sur l’offre. Nous avons considéré que la trajectoire du Zéro Artificialisation Nette était un peu trop courte. Je vous rappelle qu’en 2031, il faut que nous consommions moitié moins de foncier pour arriver à une consommation zéro en 2050. Or, beaucoup de communes ont déjà, en 2025, consommé la totalité de leur capacité à construire avant 2031, ce qui va, pour les six prochaines années, créer des tensions et des difficultés d’accès au logement.
Il faut que l’on y réfléchisse. Vous avez parlé d’Action Logement, financé par la contribution des entreprises. Je rappelle que les entreprises cotisent 0,45% de leur masse salariale pour financer le logement. Mais il va falloir que nous contribuions, sans doute, de manière encore un peu plus importante pour faire en sorte que nos collaborateurs puissent avoir un accès plus facile au logement.
Pour une stratégie gagnant entreprise, collectivité, aménageurs, il faut que nous arrivions à accueillir les talents avec des logements abordables et une mobilité adaptée. Il faut que nous arrivions à sécuriser les compétences, on a besoin d’avoir des parcours variés, du CAP au Master. On a besoin d’avoir de la formation continue, des validations des acquis. Et puis, on a besoin de fidéliser sur la durée et la qualité de vie. L’équilibre vie personnelle - vie professionnelle, c’est aujourd’hui ce que nos collaborateurs nous demandent. Et c’est important pour l’entreprise et pour les salariés.
4 Une réindustrialisation à conforter
Je voudrais vous dire, en conclusion, que la Bretagne a entamé sa réforme. En tout cas, elle est présente sur la réindustrialisation. On perçoit quand même que c’est fragile. 39 entreprises se sont installées en Bretagne, on peut s’en satisfaire. Pour autant, on sent bien que c’est extrêmement fragile parce qu’il faut évidemment que l’activité économique, pour réindustrialiser, soit soutenue. Il faut que les entreprises aient confiance et capacité à investir. Vous savez qu’une entreprise a besoin de visibilité. On en a beaucoup parlé dans les débats actuels. Et si les entreprises n’ont pas ou peu de visibilité, elles freinent, ralentissent, voire annulent leurs investissements. Il est donc important que nous puissions avoir cette visibilité.
Le littoral, évidemment, doit être différenciant pour nous. Je crois qu’on peut dire que beaucoup de territoires français envient nos côtes bretonnes. On les a vus cet été. Les touristes étaient présents. D’abord parce qu’il a fait moins chaud chez nous. Mais surtout parce que nous avons évidemment la plus belle région de France et certainement au-delà. Et qu’elle attire les touristes, qu’elle attire les seniors, qu’elle attire les jeunes travailleurs. Mais il faut qu’ils viennent encore un peu plus. Et évidemment, cet atout doit nous permettre de concilier la silver-économie et le développement économique et industriel.
À nous désormais, les entreprises, les collectivités, les aménageurs, d’en faire un avantage décisif en logeant nos talents, en les formant sur place, en rendant visibles nos métiers. Après l’usine, la plage, oui. Mais avec des logements accessibles et un projet de vie pour nos salariés, pour les employés, pour les ouvriers, les techniciens et les ingénieurs.
Merci.
Notes de bas de page
Réutilisation
Citation
@inproceedings{kermarrec2025,
author = {Kermarrec, Hervé},
publisher = {Sciences Po Rennes \& Villes Vivantes},
title = {Pourquoi le littoral est un atout pour recruter et fidéliser
les profils techniques\,?},
date = {2025-09-19},
url = {https://papers.organiccities.co/pourquoi-le-littoral-est-un-atout-pour-recruter-et-fideliser-les-profils-techniques.html},
langid = {fr}
}