Bonjour mesdames, messieurs, merci beaucoup pour cette invitation à Ville Vivante. Merci peut-être aussi à Jacques Lévy qui m’a mis une sacrée pression sur les épaules parce que j’ai appris qu’hier soir il a eu l’occasion d’évoquer Saint-Nazaire dans des termes où cette ville pourrait peut-être être un exemple pour la French Côte Ouest.
Je ne sais pas si je vais en faire la démonstration, mais en tout cas je vais vous expliquer comment dans ce territoire singulier — dont vous allez avoir à l’écran non pas des images pour illustrer systématiquement mes propos au moment où je les prononcerai mais des images d’illustration de cette ville que peut-être beaucoup d’entre vous n’ont jamais visitée ou ont visité une fois mais en ont gardé un mauvais souvenir…
…Et donc à travers les images qui défileront pendant que je m’exprime devant vous, vous aurez l’occasion de voir des illustrations concrètes de nos réalisations.
David Samzun, le maire de Saint-Nazaire, aurait adoré prendre la parole à ma place. Il ne pouvait pas, donc je le fais avec plaisir également. Mais l’enthousiasme qu’il a pour parler de sa ville, là où il est né il y a déjà un peu plus de 50 ans, la manière dont il la défend au quotidien, dont il la promeut et dont il la transforme, lui aurait donné une grande satisfaction d’échanger avec vous.
Peut-être qu’à travers mes propos, vous aurez l’occasion aussi de voir comment une ville dont certains gardent, ou ont, une image parfois plutôt faible, il y a des hommes et des femmes qui habitent ce territoire, qui y croient, qui en sont fiers et qui au quotidien essaient de faire en sorte que leurs voisins, les habitants, arrivent à vivre mieux dans un monde qui est compliqué ; c’est le rôle des élus.
Je ne vais pas parler de réindustrialisation comme le titre de la table ronde m’aurait invité à le faire. Parce qu’en fait le territoire de Saint-Nazaire Agglomération, c’est une terre industrialisée depuis 1856, le jour où le décret impérial de Napoléon III a créé la ville indépendante de Saint-Nazaire. Elle deviendra un port transatlantique par des liaisons avec l’Amérique latine.
1 De l’industrie au tourisme
Depuis cette date, c’est une ville industrielle qui n’a jamais cessé de l’être, certes avec ses hauts et ses bas, mais nous ne sommes pas une ville à réindustrialiser, nous sommes une ville industrialisée autour d’un élément majeur, qui a fait d’ailleurs l’objet du décret impérial, c’est la création du port de Saint-Nazaire comme avant-port de Nantes, qui est devenu un port à lui tout seul.
C’est la colonne vertébrale de l’industrie de Saint-Nazaire Agglomération depuis cette date, autour d’un certain nombre de filières qui sont évidemment liées à notre situation géographique, au bord de l’eau.
Avec des petits chantiers navals qui vont devenir un grand chantier naval : le chantier (ou les Chantiers) de l’Atlantique, qui, entre les deux guerres, vont se retrouver à ne pas savoir quoi faire et vont chercher une diversification industrielle. Ils vont construire des avions ; mais comme on est près de l’eau, ce ne sont pas simplement des avions, ce sont des hydravions. Et là, naît l’industrie que l’on connaît aujourd’hui sous le nom d’Airbus.
À Saint-Nazaire, nous avons un grand chantier naval, et deux usines Airbus. Pour construire ces bateaux du XIXe siècle jusqu’après la Seconde Guerre mondiale, il y a besoin d’acier. Nous avons donc également des forges, juste à côté, les Forges de Trignac, qui permirent de fournir les chantiers navals.
Donc, il y a une industrie extrêmement présente, avec cette colonne vertébrale qui est le port de Saint-Nazaire, sur des sujets qui évoluent, parce qu’il y a beaucoup de recherches et de développement, beaucoup de bureaux d’études internationaux à Saint-Nazaire.
A cet égard, nous avons réussi, il y a quelque temps, à attraper des sujets pour lesquels, aujourd’hui, nous pouvons considérer que nous participons à la souveraineté énergétique de la France. C’est la question de l’éolien en mer, puisque c’est à Saint-Nazaire que sont assemblées les éoliennes avant d’être envoyées dans les parcs éoliens, notamment celui de Saint-Nazaire. C’est le premier construit en France. Le Grand Port Maritime a un projet extrêmement important qui s’appelle le projet Éole, qui prévoit d’assembler des éoliennes, qui ne seront pas accrochées au sol comme aujourd’hui, mais qui seront flottantes sur des blocs de 100 mètres de côté, vous le verrez tout à l’heure sur les images assemblées en pleine ville ; chacune sera plus haute que la Tour Eiffel. Elles seront ensuite installées très loin des côtes.
Voilà l’ambiance générale de cette ville et comment elle réussit à s’inscrire dans le mouvement de la transition énergétique. Nous considérons que l’industrie est l’élément essentiel qui permettra de faire la transition énergétique, et non pas l’ennemi de la transition énergétique. Nous la réussirons parce que, justement, il y a des industriels qui vont mettre de la recherche et du développement, qui vont mettre des moyens pour aider à la transition énergétique. Et les éoliennes, c’est aujourd’hui l’exemple précis de cette situation.
Un autre élément important que nous allons avoir bientôt, si les gouvernements arrivent à se stabiliser et à signer les décrets, c’est la construction à Saint-Nazaire d’un porte-avions pour la souveraineté militaire de la France.
Ce matin, j’ai écouté attentivement les questions autour du tourisme. Parce qu’il se trouve que la ville industrielle de Saint-Nazaire à un développement du tourisme extrêmement important depuis plusieurs années, son environnement proche également. Et s’il y a un sujet qui aujourd’hui se développe, c’est justement le tourisme industriel. Aux alentours de 80 à 90 000 personnes viennent chaque année visiter Airbus, les Chantiers de l’Atlantique. L’industrie est donc une manière de visiter un territoire et de faire du tourisme.
- On a l’habitude de dire qu’à Saint-Nazaire, nous allions la culture de l’ingénieur et la culture de l’ouvrier. C’est cela qui fait que nous sommes au rendez-vous des transitions, parce que nous avons la possibilité de nous inscrire avec un écosystème extrêmement important de capitaines d’industrie, de gens qui croient qu’ils ont la possibilité de faire quelque chose et pas simplement d’être capitaine d’une grande boîte de CAC 40, mais aussi d’être bien ancrés dans un territoire et de vouloir le développer. C’est une force essentielle pour réussir l’industrialisation d’un territoire et la garder.
2 Logement et mobilités
Par contre, cela renvoie à des enjeux extrêmement importants. Le premier, c’est le logement. Aujourd’hui, à Saint-Nazaire, il y a une véritable difficulté, ça a été évoqué plusieurs fois, j’essaie de tisser des liens avec ce que vous avez pu entendre pendant deux jours. Il y a une difficulté de pouvoir loger tous ceux qui veulent venir travailler.
Je vais vous donner un chiffre, il va résumer la situation dans laquelle nous nous trouverons d’ici quelques années. Action Logement, qui gère le logement pour les salariés à travers la perception qu’il en fait auprès des employeurs, a fait une enquête à Saint-Nazaire auprès des donneurs d’ordre du tissu économique local. Le résultat est simple, d’ici à cinq ans, les employeurs du bassin de la région nazairienne vont devoir recruter entre 10 000 et 12 000 personnes. Tous ne viendront pas d’ailleurs, il y en a certains qui sont déjà là et qui changeront peut-être d’emploi. Pour autant, il y a une attractivité qui fonctionne bien, mais qui fait que le logement est sous tension.
Ce matin, on parlait de logement social. La ville de Saint-Nazaire est aujourd’hui à 29% de logements sociaux. Pourquoi ? Il y a plusieurs leviers pour le faire.
- Le premier, c’est la volonté politique. Il n’y a pas un maire à Saint-Nazaire depuis l’origine (1945) qui n’a pas voulu construire du logement social ;
- Le deuxième levier, c’est de maîtriser le foncier. La ville, la puissance publique maîtrise le foncier. 50% du logement — pas du logement social — 50% de l’habitat à Saint-Nazaire est construit sur du foncier public.
- Avoir la maîtrise du foncier, avoir la volonté politique et avoir l’outil pour le faire. Notre bailleur social est capable de construire en propre. Pas simplement d’acheter en VEFA (Vente en État Futur d’Achèvement) à des promoteurs, mais de construire en propre. Tous les ans, dans les bonnes années, ce sont jusqu’à 200 logements, pour un PLH qui prévoit à peu près la construction de 750 logements.
Voilà des raisons importantes de relever l’enjeu du logement. Les mobilités sont peut-être un enjeu de cohésion sociale, comme l’a dit le directeur de Transdev. Mais avant les mobilités, il faut déjà avoir un logement. Sans cela, on n’arrive pas à mener sa vie. C’est pour nous absolument essentiel de construire. C’est l’histoire de cette ville depuis son origine récente.
L’autre enjeu justement, ce sont les mobilités. Il faut pouvoir bouger. L’attractivité de ce territoire fait qu’aujourd’hui, il y a des gens qui ne viennent pas de 20 ou 40 km, mais de 100 km pour travailler à Airbus, pour travailler aux Chantiers de l’Atlantique. Parfois, ils sont en mission, et donc ils n’ont pas vocation d’y rester tout le temps.
La cible, pour les mobilités à Saint-Nazaire, est simple. On l’a déterminée il y a cinq ans pour livrer au mois de janvier un grand projet de transport public qui va justement améliorer cette situation.
La cible que nous avons visée pour ce projet de transport qui s’appelle hélyce+ et qui prévoit de faire du bus à haut niveau de service deux fois plus que ce que l’on a aujourd’hui, ce sont les salariés. Éviter l’autosolisme, empêcher des gens d’être tout seul dans leur voiture ; leur proposer une occasion de laisser la voiture au garage et de monter dans un bus parce qu’il est rapide, parce qu’il passe toutes les dix minutes, parce qu’il passe à côté de chez eux. 65% des emplois seront à dix minutes d’un arrêt de bus demain. Donc, c’est une réponse crédible à la question des mobilités du quotidien.
Si je résume cette question d’une ville industrielle : c’est une colonne vertébrale (le Port), des activités évidemment liées à sa situation géographique, et des atouts économiques.
En 1983, 23% de chômage. Aujourd’hui, on ne va pas dire que c’est le plein emploi, mais presque. En 2018, l’État français nationalise temporairement les Chantiers de l’Atlantique qui sont près de fermer. Nous vivons systématiquement ces cycles et nous essayons de les encaisser. Cela marche bien pour l’instant, et cette attractivité joue pour nous.
Une fois seulement, elle a joué contre nous. C’est une fois absolument dramatique, lors de la Seconde Guerre mondiale. Le fait qu’il y ait un port sur la façade de l’Atlantique avec une forme de radoub assez grande pour pouvoir accueillir le grand cuirassé allemand, a conduit les Nazis à construire une base sous-marine pour accueillir ce cuirassé et réparer leurs sous-marins. Il y avait La Pallice, il y avait Bordeaux, etc. Mais c’était la seule qui était capable d’accueillir ce grand navire.
Et de fait, la construction de cette base a amené les Américains à vouloir la démolir. Elle est toujours debout. La ville à côté, elle, est totalement rasée à la sortie de la guerre.
3 Les 3 phases de la reconstruction
Et là, j’en viens au projet urbain de la ville de Saint-Nazaire, parce que c’est l’acte fondateur, après la guerre, de ce que nous connaissons aujourd’hui, et qui aura connu trois phases.
La première c’est ce que je vais appeler la reconstruction, la deuxième c’est à partir de l’année 1990, la troisième c’est à partir de 2014.
À la reconstruction, Noël Le Maresquier, l’architecte en chef, décide d’une chose simple. Le port, l’océan, la mer qui bordent Saint-Nazaire sur son est et sur son sud, là où était son centre-ville, il va le reconstruire beaucoup plus loin pour l’éloigner de ces endroits de malheur, de mort, où les gens ont souffert. Et donc, il déplace le centre-ville de Saint-Nazaire et le reconstruit plus loin que son site historique.
Et ce qu’il fait d’incroyable, c’est que devant cette grande avenue que vous voyez là, qui rentre dans la ville de Saint-Nazaire et qui mène à la mer, il met un bâtiment. Juste au bout, avant d’arriver à la mer, il plante un grand bâtiment, l’Hôtel de Ville.
Donc, cette reconstruction se fait à l’envers. Elle se fait contre l’histoire de la ville. On éloigne le centre-ville de son port, en raison des drames et des souffrances de la guerre.
En 1990, l’acte urbain essentiel que fait le maire de l’époque, Joël Batteux, c’est de reconquérir le port, de revenir vers le port. Et il prend la base sous-marine comme le lieu de la reconquête. Autour, c’était une friche industrielle. Aujourd’hui, ce sont des commerces, un cinéma, des logements. À l’intérieur de la base sous-marine, une grande exposition sur les bateaux de croisière, une salle associative énorme, une salle de répétition de musiques actuelles, une salle de spectacle également.
La base, c’était un outil de mort. Eh bien, elle va devenir un outil de vie. Et on y met tout l’attirail touristique de la ville. On s’installe à l’intérieur de la base sous-marine. C’est l’acte fondateur de la reconquête de l’histoire de Saint-Nazaire, de son port puis de son front de mer.
Ici, par exemple, vous avez la place du Commando. C’était un parking. Tout le front de mer de Saint-Nazaire était un remblai où stationnaient les voitures. Eh bien, après avoir attaqué la base sous-marine pour lui redonner cette vie dont elle manquait, on a continué tout le long du littoral de Saint-Nazaire, de reconquérir l’océan, après avoir fait la reconquête du port. En faisant un remblai qui rend dingue tous nos voisins. Ils en font tous un maintenant d’ailleurs. C’est extraordinaire. C’est l’acte de la reconquête de l’océan.
4 Une ville jardin
Le troisième acte est essentiel. Vous voyez à l’écran, c’est le front de mer de Saint-Nazaire. Cette ville est laborieuse, elle travaille. Elle a la culture ouvrière. C’était un bastion social dans les années 50, de la révolte en France. Ce n’est pas d’aujourd’hui, à l’époque ça cognait sec. Mais elle a le droit aussi d’avoir du plaisir et de vivre aussi des moments sympas.
Ce n’était pas dans la culture de Saint-Nazaire. Quand David Samzun prend la mairie en 2014, et qu’il discute de son programme municipal avec ses amis, il passe des heures à leur expliquer que la ville a le droit d’être une ville plaisir, une ville où on fait du sport à l’extérieur, où on se balade sur des chemins côtiers, où on prend un verre sur une place. Parce que ce n’était pas dans la manière de vivre cette ville. Et cela, c’est une reconquête quasi sociale. De considérer que dans une ville, on a le droit d’y travailler, on a le droit d’y habiter, on a le droit aussi d’y vivre bien, d’y prendre du plaisir.
L’idée qu’il a assumée, c’est que Saint-Nazaire a le droit d’être aussi la ville plaisir. Et pour y arriver, il est essentiel d’avoir un allié dans la période actuelle. C’est la nature.
Mettre de la nature dans la ville, c’est aussi important que de mettre du logement, que de mettre des mobilités. Tout doit être pensé en même temps. Le projet urbain de la ville s’appelle « Une ville jardin au bord de l’océan ».
Nous devons faire de cette ville un jardin si nous voulons que les habitants aient du bien-être, aient une bonne santé, s’y sentent bien. Parce que c’est notre allié, le meilleur allié que l’on puisse avoir pour lutter contre le réchauffement climatique, contre les îlots de chaleur, contre les inondations que l’on peut avoir dans certaines voies de la ville parce qu’elles sont trop imperméabilisées. Mettre de la nature dans la ville, densifier la nature, c’est absolument indispensable. C’est notre projet.
C’est densifier le logement. Et densifier le logement, ça ne marche que si on densifie ce qui se passe autour, pour que les gens soient heureux d’y vivre. Donc quand on fait de l’habitat, on prévoit systématiquement le parc, le jardin à côté. Et notre projet, c’est que tout le monde ait cela à cinq minutes de chez soi. Parce que c’est la condition avec laquelle la densification, dont on a parlé plusieurs fois dans des tables rondes, sera réussie. Ce n’est pas simplement en « empilant » les gens en hauteur ou en largeur que cela marchera. C’est en faisant cela en même temps qu’en densifiant la nature.
Une ville-jardin au bord de l’océan, dans une ville industrielle, cela va se traduire dans 15 jours : un grand voilier de plus de 200 mètres dans le port de Saint-Nazaire sur lequel les Chantiers de l’Atlantique vont poser trois mâts. Ce sera un des premiers voiliers de cette taille à avoir des mâts pour naviguer sur l’eau. C’est une prouesse technologique incroyable. La recherche et développement des Chantiers de l’Atlantique permet d’équiper un voilier de mâts pour éviter de faire une consommation énergétique qui produirait du gaz à effet de serre. C’est la réussite des Chantiers de l’Atlantique.
Au même moment, hier, on apprenait que cette ville industrielle âpre, que certains n’aiment pas, mais à laquelle nous croyons, a obtenu la quatrième fleur et le Prix national de l’Arbre.
La nature dans une ville, le jardin dans une ville industrielle, cela existe.
Merci.
Réutilisation
Citation
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author = {Cotta, Christophe},
publisher = {Sciences Po Rennes \& Villes Vivantes},
title = {Saint-Nazaire : ville active, ville plaisir},
date = {2025-09-19},
url = {https://papers.organiccities.co/saint-nazaire-ville-active-ville-plaisir.html},
langid = {fr}
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