L’urbanisme organique comme méthode

Retranscription de la conférence du 18 janvier 2024 à l’Institut de France (Paris)
Colloque Organic Cities

Auteur
Affiliation

Villes Vivantes

Date de publication

18 janvier 2024

Modifié

20 mai 2024

Ce texte est issu de l’allocution d’ouverture du Colloque Organic Cities prononcée le 18 janvier 2024 à l’Institut de France. Il a été édité et complété au moment de la rédaction des actes du colloque, en mai 2024, afin d’y intégrer des informations permettant de mieux préciser et sourcer les arguments avancés.

1 Introduction

Bonjour à tous,

Je vous souhaite, au nom des équipes de Villes Vivantes et de l’OFCE, la bienvenue à l’Institut de France, et demain à Sciences Po Paris, pour la tenue du colloque Organic Cities.

Tandis que Paris s’éveille doucement ce matin sous la neige, j’ai le plaisir de vous annoncer que nous sommes, à l’heure où je vous parle, quelques 1072 professionnels, élus, étudiants et chercheurs à avoir répondu présents. Nous aurons la chance de dialoguer pendant 2 jours avec 63 intervenants, éminents spécialistes des villes et de l’aménagement du territoire venus du monde entier pour nous présenter leurs travaux. Plusieurs milliers d’habitants ont également contribué, indirectement, par les projets dont ils sont porteurs, aux travaux que nous nous apprêtons à découvrir. Je tiens à les saluer chaleureusement car c’est en premier lieu grâce à leur contribution, et à celle de tous les professionnels maîtres d’œuvre et artisans qui travaillent à leur service, que nous pouvons aujourd’hui ouvrir ce 1er sommet des “villes organiques”.

Avant de nous lancer dans ce qui promet d’être un véritable marathon intellectuel de 48 heures d’intenses réflexions, je vous propose de revenir, le temps de cet exposé introductif, sur ce vocable des “villes organiques”. Si l’utilisation du qualificatif “organique” n’est pas complètement nouvelle dans l’histoire de l’urbanisme et de l’architecture, nous souhaitons donner aujourd’hui à ce terme un sens plus structurant pour l’avenir de notre discipline.

1.1 Les défis de l’aménagement du territoire sont tels que nous avons besoin de la contribution des habitants

Si nous souhaitons faire en sorte que nos territoires se transforment pour devenir aptes à répondre, réellement, aux enjeux environnementaux du siècle, une page doit être tournée dans la façon dont nous entreprenons chaque jour, et sur le terrain, la production et la transformation de notre cadre de vie. Car nos progrès ne sont pas assez rapides, ils ne sont pas assez profonds et radicaux, ils sont insuffisants. Au pied du mur, nous devons changer de braquet.

Je crois que ceci est entendu par la plupart d’entre nous.

Mais nos débats sont plus nourris que jamais sur ce qui fait le caractère soutenable de nos territoires : la densité urbaine est-elle vivable1, soutenable2 ? Pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre, faut-il concentrer ou déconcentrer les emplois3 ? L’accès au logement abordable et la démographie sont-ils liés4 ? Nos métropoles peuvent-elles devenir d’immenses villages5 ? Quelle géographie urbaine et rurale pouvons-nous dessiner et faire émerger pour 20506 ? Doit-on encore construire : où, quoi, comment7 ?

Si le consensus sur ce qu’est un territoire “soutenable” n’est pas encore consolidé, semble-t-il, l’ampleur de la révolution conceptuelle et méthodologique qu’il nous faut entreprendre pour quitter l’urbanisme de l’ère pétrole et entrer pleinement dans celle de l’urbanisme soutenable, ne fait plus beaucoup de doute. Et pourtant les résistances au changement sont légion, dans nos milieux professionnels comme sans doute dans tous les autres.

Pour nous aider à faire bouger les lignes, voici ce que je souhaiterais soumettre ce matin à votre réflexion : cette transformation des territoires, ce changement de méthode dans nos façons de faire, ne sont pas seulement nécessaires si nous souhaitons bâtir des territoires “soutenables” dans les années à venir. Ils le sont également si nous souhaitons que nos territoires deviennent aptes à satisfaire, généreusement, les attentes légitimes de leurs habitants. De tous leurs habitants.

En 1961, Jane Jacobs émettait cette hypothèse, lumineuse et radicale, qui semble n’avoir pas été comprise jusqu’ici : “cities have the capability of providing something for everybody, only because, and only when, they are created by everybody”. Une ville ne peut avoir la capacité de répondre aux besoins de tous ses habitants si elle n’est pas, elle-même, le produit des actions décidées et entreprises par tous ses habitants8.

Nous devons aujourd’hui compléter cette hypothèse par une seconde hypothèse, symétrique de la première : un territoire habité ne peut pas devenir soutenable ou durable, il ne peut pas réduire son empreinte écologique, il ne peut pas s’intégrer pleinement et harmonieusement dans son environnement s’il n’est pas, lui-même, le produit “organique” des actions décidées et entreprises par tous ses habitants.

C’est bien de ces deux hypothèses, envisagées ensemble, que nous allons discuter ensemble pendant ces deux journées du colloque Organic Cities. Et si c’était en produisant, en bâtissant et en transformant nos villes et villages avec leurs habitants, tous leurs habitants, que nous parvenions à les rendre aptes à répondre aux grands enjeux sociaux et environnementaux du 21e siècle ?

Dissipons tout de suite un premier malentendu possible : une telle proposition n’implique pas une diminution du rôle planificateur de la puissance publique. Au contraire, elle repose sur le constat de l’immensité du défi social et environnemental et postule que, parce que les objectifs à atteindre sont élevés, la contribution de tous sera nécessaire : la contribution de milliers, de millions d’habitants, qu’il faudra rendre possible, dans une approche bottom up, au même titre que la contribution puissante de l’État et des collectivités territoriales, dans une approche top down, qu’il faudra rendre, comme nous allons le voir, plus efficace.

N’oublier personne, selon les mots de Jane Jacobs, et redonner une place aux millions d’habitants dans la production de nos villes et villages, n’est pas contradictoire avec nos ambitions environnementales. C’est au contraire le premier levier, le premier principe méthodologique qui nous permettra de les poursuivre sérieusement : telle est la proposition de l’”urbanisme organique”.

Quelles sont les chances de réussite de cette proposition ?

L’histoire du “Paris organique”, produit en partie par la ferveur, l’intelligence et l’ingéniosité des projets portés par ses habitants9, dont nous venons de découvrir un aperçu à travers les mots d’Emmanuel Grégoire, nous suggère que la voie “organique” est empruntable.

L’histoire des villes et villages de France, très largement issus d’un urbanisme incrémental, c’est-à-dire de la somme sédimentée, patiemment ajustée et organisée, de projets portés par des millions d’habitants qui ont été les maîtres d’ouvrage de leurs projets d’habitat, nous suggère que cette voie est non seulement empruntable mais est également généralisable et déployable à grande échelle.

L’hypothèse organique mérite d’être testée. Elle l’a été, depuis quelques années maintenant, par des acteurs pionniers dont certains sont parmi nous aujourd’hui qui nous livrerons le fruit de leurs expériences. Mais commençons, si vous le voulez bien, par examiner la nature et l’ampleur des difficultés qui se présentent à nous aujourd’hui et pourquoi il nous semble crucial de persévérer dans cette voie.

Figure 1: Le Pont des Arts, en direction de l’Institut de France, ce matin du 18 janvier 2024. Yoan Valat/EPA/MAXPPP.

1.2 Demain, faire plus et mieux qu’hier, avec moins

Le devenir des villes suscite des attentes de plus en plus concrètes. Le niveau d’exigence de la population à l’égard du cadre de vie augmente. Son degré d’impatience également. De plus en plus, la question critique, au moment d’envisager l’avenir d’un territoire, devient opérationnelle : en quoi, quand, et dans quelle mesure, avons-nous réellement le pouvoir de modifier notre cadre de vie ? De l’améliorer ? De le mettre aux services de nos besoins afin qu’il réponde, enfin, à nos attentes, à nos aspirations ?

Si nous lisons entre les lignes, les habitants nous demandent des efforts de R&D opérationnelle et expérimentale. Ils nous demandent que l’urbanisme et l’aménagement du territoire deviennent capables de faire, demain, plus et mieux qu’hier, avec moins. Pendant la crise sanitaire, les villes denses ont été le bouc émissaire idéal des frustrations que chacun a pu connaître dans son logement. Un logement trop étriqué, pour beaucoup d’entre nous, alors qu’il était interdit de sortir de chez soi.

Dans le prolongement direct de ces expériences de confinement, nos villes et nos territoires sont devenus, plus qu’hier encore, l’objet d’attentes contradictoires. Des attentes qui se sont parfois transformées en fantasmes collectifs : quel citadin n’aspire pas aujourd’hui à disposer de plus d’espace, d’un accès direct à la nature, tout en continuant à bénéficier des services et des équipements qu’offre la grande ville ? Les semaines passent et les insatisfactions grandissent, les reproches se font plus virulents, nourris par les illusions auxquelles nombre de journalistes et d’experts ont contribué. Et nous traversons une crise du logement bien réelle, qui semble s’installer durablement. Une crise dont nous ne mesurons pas encore toutes les conséquences10.

Qu’est-ce qui distingue, dans le fond, une illusion qui ne pourra demeurer qu’au stade de l’utopie, d’objectifs réalistes qui pourraient être atteints par le produit de nos efforts de R&D ? Depuis quelques années, un certain nombre d’expérimentations ont découvert que, dans chaque ville, dans chaque village et finalement sur chaque parcelle, gisent des potentialités de développement et d’accueil que nous ignorons presque complètement11. Des scénarios de transformations du territoire pourraient être activés à une échelle telle qu’ils nous offrent la possibilité, si nous le souhaitons, de changer la donne en matière de foncier, de logement, de densité et de mobilité. Ces scénarios reposent sur l’intervention de millions d’habitants. Et c’est précisément la raison pour laquelle nous ne les avions pas imaginés jusqu’ici.

En méconnaissant ces possibilités, nous bridons, sans le savoir et malgré tous nos exercices de prospectives, nos capacités à produire – et à imaginer – un futur différent pour nos territoires. Sans le savoir, nous nous empêchons de répondre, concrètement, aux attentes. Nous nous illusionnons sur ce qu’il est impossible de faire. Nous plaçons des limites concrètes aux futurs de nos territoires sur la base des limites de notre capacité d’imagination et de modélisation, c’est-à-dire de notre ignorance.

C’est la raison pour laquelle nous avons choisi d’entamer nos échanges par cette première journée intitulée “MAKING ORGANIC CITIES” : ce matin et cet après-midi, une série d’intervenants venus des quatre coins du globe nous montrera que ce qu’il est possible de faire, sur le terrain, en 2024, est bien plus vaste que ce que nous avons l’habitude d’imaginer12. Puis nous poursuivrons, demain, par la seconde journée de ce colloque, que nous avons intitulée “THINKING ORGANIC” CITIES : nous tenterons de comprendre les conséquences de cet élargissement manifeste de nos capacités d’agir. Pour notre travail de planification et de prédiction, d’une part. Mais également du point de vue des perspectives nouvelles qui pourraient être ainsi ouvertes en direction d’un aménagement plus soutenable et durable de nos territoires13.

Figure 2

Que nous soyons capables, selon les mots de René Char14, d’entreprendre des actions dont les résultats dépassent notre imagination, a une double conséquence. La première est malheureuse : il s’agit des “effets rebonds” multiples auxquels sont confrontées nombre des politiques que nous conduisons en matière d’aménagement du territoire. La seconde, plus heureuse, est l’inverse de la première : pour relever les défis face auxquels nous nous sentons parfois bien démunis, comme le défi social et environnemental de la soutenabilité de notre territoire, nous avons la possibilité de rechercher des effets rebond positifs : des conséquences positives de nos politiques et de nos actes, que nous n’avions pas imaginées.

Sur beaucoup de sujets, il est clair que nous avons besoin que les résultats de nos actions ne soient pas simplement légèrement meilleurs à l’avenir, mais qu’ils soient largement meilleurs. Nous avons besoin de changer de braquet, d’augmenter notre effet de levier.

La voie “organique”, pour ce faire, consiste à élaborer :

  • non pas de simples plans issus de nos raisonnements trop simples, des plans dont nous pourrions être tentés de parfaire l’exécution par une légère “rééducation” 15 de la population et une limitation progressive des libertés individuelles ;
  • mais, au contraire, certaines modalités d’action spécifiques, des méthodes d’aménagement de l’espace dont les effets rebond sont non seulement positifs mais également massifs, parce que libres.

Comment ? En allant chercher les millions d’habitants qui peuvent nous aider à agir de façon massive, d’une part. En dépassant les simples raisonnements et exercices de planification pour confier l’analyse et la prédictibilité de nos politiques à la recherche & développement, d’autre part.

Je vous propose d’appeler “organiques” les méthodes de production des territoires qui, tout en acceptant que nous ne connaissons pas l’ensemble des conséquences de degré 1 et de degré 2 de nos actions, persistent à rechercher, et découvrent parfois, des façons de penser et de produire nos territoires qui conduisent à ce que la somme de nos actions soit meilleure, c’est-à-dire plus conforme à nos buts, finalement, que ce que nous imaginions au départ, grâce aux effets rebonds positifs.

Mais commençons par examiner, tout d’abord, le genre de situations dans lesquelles nous nous retrouvons lorsque nous faisons tout l’inverse, c’est-à-dire lorsque nous ne produisons pas les territoires avec leurs habitants, d’une part, et lorsque nous confions le sérieux de nos travaux à de simples raisonnements, plutôt qu’à un véritable travail de recherche & développement, d’autre part.

2 Au pays des effets rebonds négatifs

Les dysfonctionnements de notre urbanisme actuel sont plus importants que ce que nous voulons bien reconnaître En France, en 2024, les discussions portent sur le fait de savoir si ce sont les abonnements Netflix (20€/mois) ou l’achat d’écrans plats (400€ l’unité) qui grèvent le budget des ménages, et ainsi leur capacité à assumer des dépenses liées à une alimentation saine et de qualité.

Figure 3: Le logement compte pour près d’1/3 des dépenses des ménages en 2021, contre 1/5 seulement 60 ans plus tôt, et l’urbanisme en général (logement + transport) près de la moitié des dépenses en 2021, contre 1/3 en 1961. A l’inverse, l’alimentation est passée de 1/3 des dépenses à moins d’1/5 aujourd’hui.

Pourtant, si l’on regarde les chiffres, c’est bien le cadre de vie physique et bâti, bien plus que nos plaisirs numériques, qui a occasionné ces dernières décennies les plus fortes hausses de dépenses de consommation. Le logement et le transport, c’est-à-dire finalement l’urbanisme, représentent en 2021 la part colossale de 46% du budget des ménages, contre seulement 32% en 1961.

Cette augmentation de plus de 50% de la part du budget consacré à l’habitat et à la mobilité est-elle l’expression d’une forme d’hédonisme qui viendrait couronner les succès de nos politiques d’aménagement du territoire ? Est-elle la marque d’une population qui jouit, sans entrave, des infrastructures et du cadre de vie qui lui offre “le plus beau pays du monde” ? Est-elle la conséquence des progrès considérables réalisés, par nos villes et villages, dans leur propension à offrir à chaque habitant un cadre de vie confortable et soutenable, épanouissant au quotidien, au sein duquel chacun peut librement aller et venir, se loger selon ses préférences, et entreprendre les projets qui lui sont chers ? Ou cette hausse, vertigineuse, des dépenses des ménages consacrées à l’urbanisme, n’est-elle pas plutôt majoritairement contrainte et subie ?

Ce que de nombreux observateurs n’hésitent plus à qualifier, aujourd’hui, de “bombe sociale du logement16”, ne laisse pas beaucoup de doute : si la France constitue un cadre de vie idyllique pour une fraction de ses habitants, pour une part grandissante de la population, consacrer 33% de ses dépenses pour se loger pèse lourd et ne suffira bientôt plus. Le logement et les transports du quotidien étaient déjà un vrai casse-tête pour les ménages aux revenus modestes. Habiter proche des lieux d’emploi est en passe de devenir économiquement inabordable pour une très large part des classes moyennes, avec des conséquences que nous ne mesurons pas encore complètement : sur la capacité des entreprises à recruter et se développer17, sur la capacité des jeunes générations à se projeter, sur la natalité et les équilibres démographiques18, sur la prospérité française et l’économie du pays dans son ensemble, mais également sur l’environnement19.

Cette crise du logement succède à celle des Gilets Jaunes provoquée, il y a 5 années seulement, par l’augmentation du prix des carburants automobiles issue de la hausse de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) : l’augmentation des coûts de l’énergie ne semble pas faire bon ménage avec une mobilité quotidienne très largement motorisée et subie. Et les manifestations des Gilets Jaunes dans tout le pays auront été l’un des premiers révélateurs, grandeur nature, des dysfonctionnements de l’aménagement du territoire français en ce début du 21e siècle.

L’aménagement dont nous héritons au sortir de l’ère pétrole peine à bien fonctionner aujourd’hui : il capte, à travers le logement et le transport, 46% du budget des ménages ; il est directement responsable de 42% de l’empreinte carbone moyenne d’un Français20 ; il cristallise, enfin, d’immenses insatisfactions et frustrations, comme l’ont révélé les épisodes de confinement que nous avons connus lors de la crise sanitaire du COVID1921. Mais malgré le fait qu’il est clair pour chacun, désormais, que la réponse aux enjeux environnementaux est plus que jamais liée aux enjeux sociaux, les habitants demeurent toujours les grands absents de la production concrète de nos villes comme de nos villages.

Pire, non seulement ils ne sont pas convoqués pour nous aider à combler les manques des politiques conduites par les pouvoir publics, mais ils sont tout simplement ignorés dans les modèles conceptuels ayant présidé à leur conception : l’habitant est absent jusque dans nos raisonnements, et ceci a pour effet de provoquer ce qu’il donc est aujourd’hui communément admis d’appeler les “effets rebonds” : des adaptations de comportement, de la part des usagers, non prévus par la puissance planificatrice dont les plans sont finalement déjoués par la nature humaine.

Ces effets rebonds sont nombreux, ils existent dans tous types de politiques publiques et ils ne sont sans doute pas étrangers à l’inefficacité aujourd’hui structurelle de notre urbanisme. En voici 3 exemples, parmi d’autres, qui montrent qu’en urbanisme ne pas prendre comme point de départ l’habitant, ses besoins et ses usages, est une erreur.

2.1 Rénovation énergétique et effets rebonds : ce ne sont pas les bâtiments qui consomment, mais leurs usagers

Si l’on décompose les émissions de gaz à effet de serre des Français en faisant abstraction des styles, modes, et niveaux de vie des ménages, “il est admis que le logement arrive à la troisième place, avec 1/5ème des émissions dont 62% pour se chauffer. Sur ces bases, un consensus est solidement installé en faveur d’une rénovation énergétique massive du parc de logements, avec pour mètre étalon de la mesure des gains énergétiques et donc des impacts des politiques publiques le Diagnostic de Performance énergétique (DPE), obligatoire pour solliciter une subvention, louer un logement, ou le vendre.”22

Figure 4: Isolation par l’extérieur.

Ainsi, en 2024, ce sont quelques 5 milliards d’euros d’aides publiques qui sont budgétés pour financer le dispositif Ma Prime Rénov’. Une somme colossale, qui représente 12% des dépenses globales engagées par l’État pour le logement23. Pour des résultats plus que décevants.

On observe, premièrement, des fraudes massives dont le 1er Ministre lui-même se dit très fortement préoccupé24. “L’audition de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) par la commission d’enquête du Sénat sur la rénovation énergétique le 12 avril 2023 a confirmé l’ampleur des fraudes. Le site officiel Signal Conso en a enregistré plus de 10 000 en 2022, qui peuvent générer des contentieux importants, entre les travaux mal faits et le surendettement.” Les fraudes évoluent constamment, en fonction des dispositifs d’aide en place, avec beaucoup d’agilité, reconnaît le représentant de la DGCCRF : “nos actions de contrôle se renforcent d’année en année et les dispositifs d’aides s’adaptent, mais les fraudeurs ont beaucoup d’imagination et parviennent toujours à les contourner.”

Figure 5: Le contrôle se renforce d’année en année mais les fraudeurs ont beaucoup d’imagination et parviennent toujours à les contourner

On constate, symétriquement, un manque d’agilité certain des pouvoirs publics à promouvoir les “rénovations globales” (ou les “rénovations performantes”), c’est-à-dire des paquets de travaux beaucoup plus ambitieux que les “mono-gestes” dont la contribution à l’atteinte des objectifs de réduction de l’impact carbone des bâtiments est jugée trop faible. Ainsi, au 1er janvier 2024, les règles du dispositif MaPrimRenov’ de l’ANAH ont changé pour exclure les “mono-gestes” de la liste des projets de travaux éligibles aux aides. Le 15 mai, pourtant, le gouvernement est contraint de revenir en arrière, en les incluant à nouveau, constatant, avec les artisans et entreprises du bâtiment, l’effondrement des chiffres de recours au dispositif. Mais “l’Ademe persiste et signe en faveur des rénovations performantes : selon elle, “seules les rénovations performantes peuvent permettre à la France d’atteindre ses objectifs climatiques.””.25

Qu’en est-il dans la pratique ? L’idée des rénovations performantes est de faire progresser de plusieurs étiquettes les bâtiments énergivores, jusqu’à atteindre l’étiquette AB, dont les performances sont censées être 560% supérieures à celles des bâtiments classés en étiquette G. Mais plusieurs études réalisées en France26, aux États-Unis27 et en Allemagne28, basées sur des enquêtes, avaient déjà souligné l’existence d’un “effet rebond” questionnant très fortement l’efficacité et donc la légitimité de telles politiques publiques centrées sur un seul objectif, à savoir la réduction des consommations.

Dans cette lignée, une nouvelle étude conduite par le Conseil d’Analyse Économique et le Crédit Mutuel Alliance Fédérale, publiée le 10 janvier 202429, portant sur un échantillon de 178 110 ménages dont les revenus et la consommation énergétique liée aux énergies ont été appréciés grâce à des données bancaires, montre, une nouvelle fois, un décalage considérable entre les consommations prédites par l’étiquette DPE et la réalité.

Les résultats sont 5 à 6 fois inférieurs à ce que l’on avait prévu au départ : la différence de dépense d’énergie finale par m2 entre les étiquettes AB et G n’est pas de 560%, comme l’avait prédit le modèle de calcul, mais de 85% seulement. Dans les faits, tout simplement, les usages s’ajustent aux conditions de confort qui se sont améliorées : les habitants profitent des meilleures performances de leurs bâtiments pour avoir un peu plus chaud en intérieur, moins se vêtir, et les dépenses d’énergie – et les émissions induites – baissent donc finalement assez peu. A l’inverse, ceux qui vivent dans des logements mal isolés réduisent leurs consommations, en s’habillant plus chaudement.

In fine, “les habitants consomment beaucoup moins que ce que disent les DPE dans les passoires énergétiques et beaucoup plus que ce que disent les DPE dans les logements performants.”30 Cet effet rebond “explique environ les deux tiers de l’écart entre la consommation théorique prédite par le DPE et la consommation réellement observée, le tiers restant étant lié à l’erreur de modélisation de la consommation théorique du DPE.”31

Figure 6: La faible efficacité de la rénovation énergétique pour faire baisser la consommation énergétique : en rapport entre étiquettes AB et G divisé par six (560% selon le modèle vs 85% à l’usage) en raison de l’adaptation du comportement des usagers.

Ainsi, et contrairement au consensus dont elle fait l’objet, la politique de rénovation massive des bâtiments en France n’a pas de franche utilité pour faire baisser les émissions de gaz à effet de serre et donc pour atténuer le changement climatique. Et Jean-Marc Jancovici, de conclure : un “programme massif de rénovation des logements doit probablement être plus vu comme un moyen d’avoir toujours chaud l’hiver dans un monde disposant de très peu d’énergie que comme un moyen d’en économiser beaucoup à court terme !”32

Il n’est pas certain, évidemment, que présentée comme cela, une telle politique eut pu obtenir des moyens publics aussi importants pour sa mise en œuvre, au détriment d’autres politiques publiques comme celles, par exemple, du soutien à la production du parc d’habitat social. Avec une intention simple – la rénovation les bâtiments pour faire baisser les gaz à effet de serre liées au chauffage – et un dispositif compliqué, faisant abstraction des habitants, de leurs besoins, de leurs pratiques, de leur capacité à ajuster leurs usages aux situations et à leurs propres contraintes, c’est-à-dire en faisant abstraction finalement de leur intelligence et de leur capacité d’adaptation, on commet des erreurs à tous les étages : (1) fraude massive, (2) entêtement à promouvoir des solutions incompatibles avec les possibilités budgétaires des ménages (les “rénovations globales”) et, (3) surestimation de 5 à 6 fois des gains estimés pour les rénovations globales et dites “performantes”, pour des coûts colossaux imputés au budget de l’État.

Pour corriger le tir, faudrait-il assurer un financement à 100% public des rénovations performantes de l’ensemble des bâtiments et contrôler, peut-être, le comportement des habitants plus drastiquement dans le but d’obtenir les résultats escomptés par les modèles ? Ou bien plutôt, envisager une stratégie de réponse sur mesure aux besoins de confort réels des habitants (thermique, mais pas uniquement), en partant de leurs pratiques, de leurs capacités financières, et finalement, de leurs projets, non pas seulement de rénovation énergétique, mais tout simplement de logement ?

2.2 Politiques environnementales du logement et effets rebonds : ce ne sont pas les bâtiments qui ont un impact, mais leurs habitants

La politique de rénovation énergétique des bâtiments n’est pas la seule à engendrer des effets rebonds négatifs en partant de l’objet bâtiment plutôt que des usages et des pratiques des habitants. L’idée de “construire moins pour réduire les émissions carbone” en est une autre.

Figure 7: Construire moins mais mieux, quoi de plus évident ?

Là encore, on trouve, à l’origine d’une politique publique, portée par exemple par Pierre Hurmic, alors candidat aux élections municipales de Bordeaux, puis appliquée lorsqu’il sera élu maire en 2020, une idée simple, d’apparence tout à fait logique : toute construction ayant un bilan carbone significatif, et une emprise qui imperméabilise une certaine surface de sol, “construire le moins possible” apparaît comme une évidence, pour le climat comme pour la biodiversité. Et voici que la politique du “construire moins mais mieux” gagne un nouveau territoire.

Pour illustrer cette nouvelle maxime, voici un extrait d’une communication des élus de la majorité municipale de Bordeaux, inaugurant une construction réalisée avec des éco-matériaux (“ossature bois, isolation en paille et fibre de bois, matériaux biosourcés”) produite sur le modèle du Bail Réel Solidaire, qui permettra l’accession à la propriété d’une famille, en l’occurrence ici, une famille avec trois enfants.

On le voit ainsi, dans cette communication : la qualité a remplacé la quantité. L’accueil d’une seule famille, dans une métropole qui est pourtant l’une des plus grandes et dynamiques de France, peut faire l’objet d’un satisfecit public et se substituer au devoir d’accueillir toutes les familles qui en auraient le besoin. Comment ? En faisant de ce logement unique un modèle de vertu, cochant toutes les cases. Une sorte d’arbre qui cache parfaitement la forêt.

Pourtant, l’Agence d’urbanisme de Bordeaux publie, en décembre 2023, une étude montrant que construire moins en cœur de métropole engendre, là aussi, des effets rebond. Nous observons ainsi, de 2013 à 2017, une augmentation de la production de logements dans le cœur de Bordeaux Métropole pour accueillir les ménages et, lors de la seconde période, de 2018 à 2022, un ralentissement très fort : “la production actuelle de logements est insuffisante pour répondre à l’attrait continu de la Gironde, tandis que la réduction future de la construction pourrait avoir des conséquences néfastes, notamment le vieillissement de la population et des problèmes résidentiels. La construction de logements dans les territoires centraux ralentit depuis 2018, tandis que les autorisations de construire augmentent dans les zones plus éloignées de l’agglomération bordelaise.”33

Les auteurs poursuivent sur les conséquences possibles d’une poursuite de la réduction des constructions neuves “l’absence de fluidité dans les trajectoires résidentielles crée une embolisation de tous les segments de la demande, se répercutant aussi sur le marché locatif et l’accès au parc social. Un grippage de la mobilité́ résidentielle à toutes les chances de conduire à une plus forte ségrégation sur les marchés immobiliers et à la multiplication de situations de suroccupation, de mal-logement, jusqu’à la multiplication des habitats de fortune (occupations illégales et bidonvilles).”

Figure 8: Construire moins en cœur de métropole, est-ce une bonne idée ?

Pour des raisons affichées de préservation de la biodiversité, et d’autre part de préservation du cadre de vie des habitants actuels du cœur de la métropole, il est ainsi possible pour un élu de refuser l’accès à son territoire, bien situé et connecté aux emplois, aux habitants qui auraient besoin de s’y loger mais qui ne le peuvent pas faute d’offre de logement. Parce qu’une idée simple s’est transformée en slogan, faisant office de politique (“construire moins et mieux”), on en arrive ainsi et de façon tout à fait assumée à construire moins là où les besoins sont les plus forts. Ce faisant, on déplace les difficultés d’accueil à l’extérieur, dans des “territoires de report” , selon les mots de l’Agence d’Urbanisme de Bordeaux, en favorisant, in fine, l’étalement urbain, des mobilités émettrices de gaz à effets de serre accrues et une plus grande artificialisation des sols, nuisible à la biodiversité, alors que c’était pour ces deux raisons, la biodiversité et les émissions de gaz à effet de serre, que l’on justifiait, au départ du raisonnement, de construire moins. Mais cet effet rebond est, en réalité, plus abouti encore, puisqu’il va jusqu’à impacter négativement l’objectif premier de préservation du cadre de vie des habitants actuels de la métropole girondine, laquelle parvient aujourd’hui à financer des places en crèche, mais pas à recruter le personnel pour les ouvrir…

Figure 9: Comment se loger à Bordeaux, ou en première couronne, dans un marché en pénurie, en location comme en accession, avec un salaire de puéricultrice ?

Malgré la demande et des places en crèches disponibles, “une centaine de berceaux restent vides, faute de personnel. À ce jour, la municipalité compte 70 postes vacants dans la petite enfance”34, relate le journal Sud Ouest. Et voici qu’en réponse, la Ville se voit dans l’obligation de lancer, en ce début d’année 2024, une “opération séduction” à destination des candidats, sous la forme d’une campagne d’affichage.

Alors que se loger à Bordeaux, ou en première couronne, prend des allures de mission impossible avec un salaire d’alternant comme de puéricultrice, l’accès au logement ne semble pourtant pas avoir été retenu pour faire partie de cette “opération séduction”… C’est ainsi que Pierre Hurmic revendiquait, un an plus tôt, d’être un maire embellisseur plutôt que constructeur : “avec l’ensemble de ces actions, nous souhaitons transformer Bordeaux, qui se voulait jusqu’à peu”magnétique”, en une ville frugale en osmose avec son arrière-pays et métamorphoser en acteurs écoresponsables des professionnels trop souvent enfermés dans un réseau de contraintes, d’habitudes et un modèle économique périmés.”35 Le personnel de crèche ne s’y est pas trompé.

Le cas bordelais n’a que valeur d’exemple : il ne fait pas spécialement exception. Sous la pression d’habitants électeurs qui souhaitent, une fois logés dans la ville centre, ralentir les constructions neuves et l’accueil de nouvelles populations dans les lieux pourtant les mieux équipés et desservis du territoire, un certain nombre d’équipes municipales des grandes villes attractives ont trouvé une formule qui présentait un double avantage : préserver le cadre de vie de leurs électeurs, d’une part, et même l’améliorer en mettant l’accent principalement sur la végétalisation et le développement des modes doux, et construire moins et mieux, d’autre part, pour limiter l’impact environnemental de l’urbanisation mais également l’augmentation de la population.

Une fois encore, on affecte l’empreinte carbone au bâtiment lui-même, qu’on peut décider de ne pas construire, plutôt qu’à ses occupants. Mais les habitants qui ne seront pas accueillis dans la ville centre ne disparaîtront pas pour autant : ils seront contraints d’aller se loger ailleurs. Ils ne se déplaceront pas sur les pistes cyclables de la ville centre, mais sur la rocade et les grands axes de circulation pour accéder à leur emploi. Leur logement n’imperméabilisera pas une portion de sol en cœur de métropole mais une portion de sol plus importante dans un territoire plus éloigné, où l’on construit moins dense. L’erreur, comme dans le cas de la rénovation énergétique, consiste à penser le territoire comme un ensemble d’objets et non pas comme un ensemble d’habitants. Et ceci vaut pour l’espèce humaine comme pour les autres.

2.3 Nature en ville et effets rebond : ce ne sont pas les ruches qui renforcent la biodiversité en ville, mais les abeilles sauvages…

Voici un troisième exemple d’effet rebond négatif, plus subtil. Nous avons connu cette période où un grand nombre de militants se sont mis dans l’idée d’implanter des ruches en ville. Plusieurs études scientifiques ont montré, finalement, que l’espèce domestique qui produit le miel chasse les espèces sauvages.

Ainsi, dès 2018, la ville de Metz a revu son approche des ruches en ville36, en limitant strictement le nombre de ruchers au regard des ressources florales disponibles, pour limiter la compétition avec les populations d’abeilles sauvages. En 2022, en Suisse, une étude établie sur le suivi du nombre de ruchers au regard des ressources disponibles pour les abeilles sur 6 années et dans 14 villes a démontré que le nombre de ruches avait presque doublé sur la période, pour des ressources florales équivalentes, aboutissant à la conclusion que trop de ruches en ville était néfaste à la biodiversité37.

En 2022 toujours, à Nantes cette fois, François Meurgey, entomologiste au muséum d’histoire naturelle de Nantes, alertait lui aussi le sujet de la multiplication des ruches dans la métropole nantaise, qualifiant cette démarche de “fausse bonne idée” : “aujourd’hui, à cause de la fragmentation des habitats et des pesticides des agriculteurs, les abeilles sauvages quittent les campagnes pour trouver refuge en ville. On en dénombre environ 150 espèces à Nantes. Sauf qu’avec la multiplication des ruches et l’explosion des abeilles domestiques, elles se font chasser. Et c’est un vrai problème !”

Figure 10: Les effets rebond de l’installation de ruches en ville.

Les écosystèmes urbains “sont trop complexes et vivants pour se prêter à des approches aussi simples que d’attribuer de façon automatique des vertus en faveur de la biodiversité à l’installation de ruches en ville”38. C’est la “vie”, en tant que processus, plutôt que le “vivant”, en tant qu’objet – de tous nos fantasmes et de nos bonnes intentions – qui devrait nous préoccuper au moment d’imaginer des politiques de retour de la nature en ville. Là encore, ce sont les individus et les populations, leurs besoins et leurs aspirations, qui devraient constituer le point de départ de notre compréhension et ensuite de nos politiques écologiques. Pourquoi n’y parvenons-nous pas ?

2.4 Entre nos bonnes intentions et les résultats que nous espérons : la vie, la nature, et la nature humaine en particulier

La rénovation énergétique des bâtiments inefficace conduisant à un gigantesque gaspillage d’argent public, les effets de report de la diminution de la construction de logements dans les cœurs des grandes villes, et ses conséquences sur la biodiversité, les émissions de gaz à effets de serre, mais également, l’absence de place en crèche, et enfin la multiplication des ruches en ville, qui finit par nuire à la biodiversité locale, sont autant d’exemples, parmi d’autres, qui montrent l’impasse méthodologique qui consiste à faire abstraction de la population, de ses besoins, de ses aspirations et projets, pour se concentrer sur les objets urbains et leurs vertus ou fonctions – ici environnementales – supposées. La ville des effets rebond est celle qui est conçue de façon mécanique.

Suffirait-il d’inverser le raisonnement, de partir de l’habitant, des usages et des besoins réels des populations ?

Plus facile à dire qu’à faire, sans doute, au vu du passif de notre discipline : ce que nous découvrons à propos des politiques environnementales, nous le pratiquons en réalité depuis près d’un siècle dans toutes nos politiques d’aménagement du territoire. Car ces dernières décennies d’urbanisme n’ont pas seulement été marquées par le développement de l’automobile et l’accès à une énergie abondante et abordable. Elles l’ont été, aussi, par le développement d’un urbanisme dirigiste, structurellement top down, relativement simpliste et abstrait, porté par de grands projets dont les procédures opérationnelles sont très difficilement capables de faire appel – au-delà de simples concertations et discussions – à la contribution concrète des habitants pour produire et transformer nos territoires.

Notre discipline est encore aujourd’hui – à notre corps défendant – construite sur ces bases. Des bases qui considèrent la population comme une abstraction. Si le diagnostic fait consensus – qui serait contre, aujourd’hui, ne pas partir des usages et des usagers, dans la fabrique de la ville ? – l’évolution en cours de nos pratiques ne montre malheureusement pas de signes positifs. Le fait que nos intentions affichées soient meilleures est-il encourageant ? Les effets rebond que nous venons de passer en revue nous indiquent que l’on ne doit pas confondre nos belles intentions, et nos résultats. Quel serait le chemin idoine entre nos intentions et des résultats qui soient conformes, in fine, à ces intentions ?

En matière d’urbanisme, la réponse à cette question n’est pas simple : puisqu’une ville est une matière vivante, un écosystème d’acteurs, un ensemble de populations coexistant dans un même milieu, partageant et co-créant un même espace, nous devrions placer, entre nos bonnes intentions – qu’elles soient politiques et urbanistiques – et les résultats que nous attendons, des modalités pratiques de production de la ville impliquant les habitants. C’est pourtant à l’inverse que nous avons été habitués. Entre nos bonnes intentions et les résultats que nous escomptons, nous avons pris l’habitude d’emprunter une voie simple et abstraite : le fonctionnalisme. Trop simple, cette voie a été disqualifiée par le passé. Mais de façon assez inattendue, la voici qui revient en force. Examinons comment.

3 L’inattendu retour du fonctionnalisme

3.1 1930, 2030, bis repetita ?

Nous l’avions presque oublié : dans les années 193039, et pendant une cinquantaine d’années, la conception fonctionnaliste de la ville40 nous a amené, par des raisonnements simples41 et beaucoup de bonnes intentions, s’appuyant grandement sur une forme de moralisme (l’hygiénisme, le modernisme, la conception d’un homme nouveau), à compartimenter la ville en attribuant à chaque espace une fonction unique. Un espace pour travailler, un autre pour se déplacer, un autre encore pour la vie de famille, un autre pour les loisirs.

A chaque fonction, un espace dédié, quoi de plus logique ? Aussi logique, somme toute, que d’implanter des ruches en ville lorsque l’objectif affiché est d’y favoriser une plus riche biodiversité.

Cette doctrine fut fortement et justement remise en cause pour son simplisme, son utopisme, son pseudo-rationalisme et son abstraction déconnectée des réalités de la vie en ville et de la façon dont les villes naissent et grandissent. Les œuvres dysfonctionnelles – quartiers sur dalles, grands ensembles – que le fonctionnalisme moderne a laissées derrière lui peuplent encore de nombreuses villes françaises. Et nous sommes encore en train de panser les plaies à coups de milliards d’euros en démolitions et réhabilitations. Tout ceci devrait nous servir de leçon historique.

Et pourtant, voici que ce fonctionnalisme refait surface, quelques décennies plus tard, avec l’écologie – et non plus l’hygiénisme – comme fer de lance. De hauts fonctionnaires et leurs conseils ont décidé, dans le courant des années 2000, de prendre “enfin” au sérieux les enjeux environnementaux.

A chaque objectif, une politique et un dispositif dédiés, quoi de plus logique ?

Ainsi, ce ne sont plus simplement nos quartiers qui se sont engagés dans une transition vers le fonctionnalisme, mais toutes nos politiques publiques d’aménagement du territoire, déclinées, ad infinitum, en objectifs et sous-objectifs, indicateurs et critères, lesquels sont le plus souvent construits de façon arborescente à partir des “trois piliers du développement durable” : social, environnemental et économique. Un peu plus sophistiquée que la charte d’Athènes, traduite en tableurs comptables et en formulaires de suivi semi-administratifs, semi-techniques, avec un souci toujours affiché de servir l’intérêt général, cette fonctionnalisation de la pensée de l’aménagement du territoire s’est épanouie, à merveille, sur un sujet qui paraissait a priori moins technique que les autres : celui de la prise en compte des enjeux environnementaux et de l’écologie.

Non pas l’écologie des écologues, qui par définition développent des approches complexes, écosystémiques et non fonctionnalistes du monde vivant, mais l’écologie des bonnes intentions et de la pensée fonctionnaliste, celle du développement durable tel qu’il fut décliné dans d’innombrables référentiels et démarches construites sur le modèle intellectuel des normes de management de la qualité de type “ISO” : définir et décliner des objectifs, identifier des indicateurs de suivis, lister, mettre en fiches et entreprendre des actions censées viser ces objectifs et mesurer les progrès grâce aux indicateurs de suivi.

Alors que ces normes ISO ont été utilisées, dans l’industrie, pour garantir une forme d’homogénéité dans le niveau de qualité des produits et services vendus par les entreprises, elles ont été utilisées, dans le cadre administratif d’élaboration et de suivi des politiques publiques en particulier, comme outil de conduite du changement et d’amélioration des performances.

Leurs concepteurs ont sincèrement cru que le basculement de nos pratiques d’urbanisme dans l’ère nouvelle des enjeux du 21e siècle se ferait non pas par un immense effort de recherche & développement partagé entre les acteurs publics et privés, les maîtrises d’ouvrage et les maîtres d’œuvre, mais plutôt par une forme de conduite, plus bureaucratique que technique42, plus administrative que scientifique, du changement. L’archétype de cette pensée fonctionnaliste appliqué au cadre de vie fut sans doute le référentiel HQE (“Haute Qualité Environnementale”) et ses quatorze cibles, élaboré en 2004 pour les bâtiments et qui fut ensuite imité et transposé à l’échelle des quartiers, à travers, en particulier, le label “Eco-Quartier”43 (2009).

On trouve aujourd’hui des outils plus sophistiqués encore, bien que centrés sur l’unique sujet des émissions de gaz à effets de serre, à travers les différentes méthodes de plans climats et de bilan carbone analytiques, lesquels analysent les émissions poste par poste (construction, chauffage, mobilités…) et conduisent ainsi, comme leurs prédécesseurs, à des plans d’action sectoriels, définis objectif par objectif, sous-objectif par sous-objectif sans que la réalité complexe et systémique des phénomènes étudiés ne soit prise en compte de façon conséquente, ou alors, trop tardivement, a posteriori.

La rénovation énergétique des bâtiments est l’un de ces sous-objectifs. La baisse du volume de construction neuve en est un autre. La réintroduction de la biodiversité en ville, un autre encore. Le fonctionnalisme consiste à prendre ces sous-objectifs, un par un, et à concevoir des politiques publiques dédiées pour les atteindre.

3.2 Le retour du fonctionnalisme n’est-il possible que par le retour concomitant du moralisme ?

De la même façon que le fonctionnalisme moderne des années 1930 s’adossait au mouvement et à la doctrine hygiéniste, ainsi qu’au mythe du progrès technique – appliquer les logiques du progrès technique et scientifique à la ville, faire de la ville une machine à habiter –, le fonctionnalisme bureaucratique que nous connaissons en ce début de 21e siècle se nourrit du moralisme de notre époque. On l’a vu avec la HQE et les référentiels construits autour du concept de Développement Durable, les efforts insensés de remplissage de formulaires ne sont possibles et finalement intelligibles que parce qu’ils sont inclus au sein d’un paradigme moralisant qui confère, à une fonction ou à un objectif dominant – par exemple le fait de réduire les émissions de CO2, ou de réduire l’artificialisation des sols –, ou même à une simple action – comme implanter des ruches en ville, ou planter des arbres – un statut moralement vertueux en soi qui lui permet de justifier, d’un seul coup, toutes ces acrobaties administratives.

Figure 11: “Ici, nous célébrons l’adaptation de notre ville au changement climatique. La transformation de la place de la Comédie symbolise, décennie après décennie, comment Montpellier relève les défis de l’époque”. Photo qui illustre l’article de N. Bonzom dans 20 Minutes publié en ligne le 22 novembre 2023 (https://www.20minutes.fr/societe/4063289-20231122-montpellier-arbres-plantes-beton-comedie-opposition-greenwashing.

Les arbres sont bénéfiques pour le rafraîchissement urbain ? Nous élaborons des plans pour planter des arbres44 et sommes prêts à tout pour les planter, y compris là où cela confine à l’absurde, au vu des moyens colossaux à déployer pour rendre la chose faisable45. Les émissions de CO2 augmentent l’ampleur du changement climatique, nous cherchons à les réduire par tous les moyens et cela est bien logique. L’artificialisation des sols nuit aux fonctions écosystémiques des sols ? Nous mettons en place une politique absolue du Zéro Artificialisation Nette, y compris lorsque cela compromet les objectifs, par exemple, de réindustrialisation du pays. Des contradictions entre ces politiques apparaissent ? Nous votons des lois de “simplification” pour tenter de les résoudre, tant bien que mal46

Le “penser global, agir local”, qui fut la véritable recette pratique des tenants de cette vision simplifiée de l’action au service de l’intérêt général, exprime très bien la mécanique de cette méthode : des experts sont parvenus à déterminer ce qu’il est nécessaire de faire, de façon générale, et cette pensée globale est par la suite déclinée dans chaque situation, au détriment de tout raisonnement local, contextuel, circonstancié et multidimensionnel. Aux acteurs locaux, ensuite, “d’agir”, sans penser spécifiquement au contexte mais en se conformant, une partie du temps, à des préceptes très simples, qui acquièrent un statut moral – la frugalité, la sobriété, la résilience, le ZAN, les arbres en ville – et, une autre partie du temps, à des référentiels, grilles multicritères et autres formulaires, lesquels ne sont admissibles que parce qu’ils sont adossés, fondamentalement, à un principe moral simple qui guide les actions vers la vertu.

Les grilles multicritères sophistiquées et les préceptes moraux simples sont ainsi les deux jambes d’une même démarche. Les premières rassurent en donnant un caractère sérieux à la démarche. Les seconds simplifient, justifient et permettent ainsi d’agir et de prendre des décisions dans la pratique, les grilles multicritères étant bien trop souvent inopérantes sur le terrain.

3.3 Le mille-feuille fonctionnaliste, ou la bureaucratisation de l’écologie ?

Revenons au sujet de la protection des espaces naturels, agricoles et forestiers. Cela fait aujourd’hui plus de 20 ans que l’État et les collectivités, dans toutes leurs strates, mettent en place des lois, des circulaires et des décrets, des plans, des mesures et des outils opérationnels, ainsi que leur financement47, pour “lutter contre l’étalement urbain”.

Les lois SRU48 en 2003, Grenelle II en 2010, ALUR en 2014, NOTRE en 2016, Climat et Résilience en 2022 se sont succédé. Les PLU49 et les SCoT50 ont peu à peu remplacé les POS51 et les Schémas Directeurs, complétés les SRADDET52, lesquels ont remplacé les SRADDT53. La planification territoriale est devenue plus précise, plus sophistiquée et dernièrement plus prescriptive pour réduire la consommation d’espaces et préserver la biodiversité54. Le ZAN, dernier arrivé en date, a mis les pieds dans le plat à l’échelle nationale : l’artificialisation nette des sols devra être nulle en 2050, selon une trajectoire et des modalités55 qui restent encore à définir concrètement tant elles sont complexes, pour ne pas dire bureaucratiques.

Si l’étalement urbain, et plus récemment l’artificialisation des sols, ont donné lieu à d’innombrables colloques et séminaires à destination des élus comme des professionnels, en grande partie à cause du haut niveau de complexité des outils qui ont été élaborés pour traduire ces politiques sur le terrain, force est de constater, lorsque l’on regarde les chiffres, que la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers en France se poursuit. La loi Climat et Résilience qui instaure le ZAN, à l’été 2021, saura-t-elle créer le déclic qui permettrait de passer enfin à la vitesse supérieure ? L’examen détaillé des procédures de planification en cascade par lesquelles le ZAN deviendra opérationnel ainsi que du calendrier théorique de leur exécution indiquent pourtant que le sursaut attendu n’est pas prêt d’intervenir.

Malgré tous nos efforts, malgré toutes nos politiques publiques et de colossaux budgets publics d’acquisitions foncières56, nous continuons aujourd’hui à artificialiser les sols à un rythme relativement important et, surtout, stable. Comment expliquer cette forme de stabilité de la consommation foncière, depuis une dizaine d’années ? Pourquoi le foncier en étalement urbain est-il à ce point résistant à toutes les tentatives entreprises par les pouvoirs publics pour en venir à bout ?

Figure 12: Données issues de l’observatoire de l’artificialisation, qui vise à documenter les données utiles au suivi de l’artificialisation des sols et de la consommation d’espace, édité par le Cerema.

Le foncier constructible n’a pas qu’une seule fonction. Il ne sert pas simplement de support à la construction neuve. Il constitue un élément clé d’un système plus complexe. Tenter de réduire la disponibilité du foncier constructible a des conséquences sur les prix du foncier, lesquels ont des conséquences sur le prix des logements, lesquels ont des conséquences sur les périmètres d’action des opérateurs, aménageurs et promoteurs, lesquels ont des conséquences sur notre capacité à répondre, ou non, aux besoins, dans différents endroits du territoire. Réduire la disponibilité du foncier constructible c’est forcer le fonctionnement du territoire dans une géographie des prix qui ne correspond ni aux besoins, ni à nos schémas d’aménagement du territoire. C’est le faire dysfonctionner.

L’approche de la réduction de la consommation des terres naturelles et agricoles par la seule planification fonctionnaliste semble dans l’impasse. N’est-ce pas une forme de surrégulation57, dans les territoires où la demande est forte, qui provoquent les effets de spéculation qui sont dénoncés, de façon un peu trop rapide, comme les effets d’une dérégulation58 et d’un manque de maîtrise, par la puissance publique, du marché foncier, dont tous les tenants et les aboutissants sont finalement maîtrisés de A à Z par l’État et les collectivités territoriales à l’exception du prix ?

Les outils de planification actuels ne sont-ils pas si enchevêtrés, raffinés et abscons qu’ils en finissent par obscurcir ce qui devrait, pourtant, nous sauter aux yeux ? En croyant réguler les marchés fonciers, ne les déréglons-nous pas massivement, en rendant artificiellement rare ce qui ne doit pas l’être ? En croyant préserver les terres non artificialisées, ne les artificialisons-nous pas davantage, par les effets de report ? En croyant, simplement, améliorer les choses, en suivant nos bonnes intentions, ne sommes-nous pas en train d’orchestrer un enfer de contradictions et de dérèglements qui, littéralement, finit par faire dysfonctionner les territoires, au point que se loger dignement à proximité d’une zone d’emplois est devenu un véritable défi pour une très large part de la population française ?

L’empilement des fonctionnalismes crée-t-il une illusion de morale et de rationalité qui nous rassure, même par temps de catastrophe ? En parallèle de cette lutte contre l’étalement urbain, un autre front émerge : celui de la crise du logement, qui touche aujourd’hui l’ensemble des opérateurs du secteur. Une crise si aigüe dans le cœur de certaines grandes métropoles dynamiques, mais aussi sur le littoral, par exemple au Pays Basque ou en Bretagne, que l’on observe pour la première fois en France des manifestations d’habitants éprouvant toutes les difficultés du monde pour se loger. Groupes de travail59, livres blancs60, commissions spéciales61, conseil national de la refondation62, chartes63, référentiels64 et aujourd’hui, une grande alliance pour le logement65. Tous les formats de réflexion ont été mobilisés, ces dernières années, pour accoucher, là encore, d’une liste d’intentions – logement abordable, intermédiaire, bioclimatique, inclusif, résilient, coliving… –, accompagnée de mesures techniques, aux résultats ponctuels, non reproductibles à grande échelle66, qui ne sont pas à la hauteur des besoins.

Certains voient dans les logements vacants l’une des clés pour résoudre le problème de l’offre insuffisante de logement. Une nouvelle fois, bonnes intentions, colloques, séminaires, groupes de travail, comités d’experts… ont été mobilisés avec ferveur et moultes batailles de données. Mais, d’après la dernière étude de l’INSEE, publiée début janvier 2024, le nombre de logements vacants continue d’augmenter. Il a progressé de près de 60% en seulement 20 ans, pour atteindre quelques 3 millions d’unités à l’échelle du pays67, et certains territoires connaissent des taux de logement vacant de plus de 12%.

Malgré nos objectifs partagés, nos référentiels multicritères, nos politiques publiques, nos outils bureaucratiques et nos groupes de travail pluridisciplinaires, la vacance ne diminue pas, les villes continuent de s’étaler, la consommation des sols ne faiblit pas, on ne construit pas assez de logements dans les territoires dans lesquels le mal logement augmente, au point que certains en viennent à dormir dans leur voiture68 ou dans des campings69, et que d’autres se voient dans l’obligation de refuser des contrats de travail70 faute de trouver à se loger.

Figure 13: Part des logements vacants dans le nombre total de logement en 2020, INSEE.

Si la crise du logement est volontiers interprétée comme une triple crise de la solvabilité des ménages, du foncier et des coûts de construction, pourquoi ne parvenons-nous pas à admettre qu’elle est, aussi, une crise de la planification71 ? Une crise de notre urbanisme qui empile sans fléchir les plans et les objectifs déclinés en normes et contraintes sectorielles. Alors que nous pensions en avoir fini avec le fonctionnalisme, voici que la réalité nous rappelle qu’il est puissamment revenu, irriguant et ficelant l’ensemble de nos outils administratifs et de nos documents de planification en s’appuyant sur le renouveau actuel du moralisme.

Figure 14: La dixième manifestation des “gilets jaunes” à Paris, le 19 janvier 2018 (se déplacer, 12,7% des dépenses des ménages).
Figure 15: La manifestation en faveur du droit au logement au Pays Basque, 1er avril 2023 à Bayonne (se loger, 32,8% des dépenses des ménages).

Nous avons pourtant la possibilité, et nous n’avons sans doute pas le choix si nous voulons réussir, de nous extraire de ce fonctionnalisme. Mais rien ne semble plus difficile. Sa force principale, c’est d’une part qu’il est aujourd’hui pleinement inscrit dans nos habitudes, nos outils, nos procédures en place, et d’autre part qu’il rassure, par sa forme même : son appui sur des concepts de vertu (frugalité, sobriété) qui semblent faire consensus et nous rassurer sur le fait que nous sommes tous ensemble dans la bonne direction ; mais aussi sa forme analytique, sophistiquée, sous forme de critères qui lui donnent l’apparence de la rationalité.

Ayons le courage de regarder en face les résultats réels et concrets que nous obtenons par ces méthodes, ayons le courage de prendre au sérieux les effets rebonds de nos politiques, sans les balayer d’un revers de main comme s’ils appartenaient à l’irrationalité ou à l’immoralité des comportements des habitants : ce qui est irrationnel, n’est-ce pas d’envisager les habitants et leurs besoins comme une liste froide de fonctions, une somme de besoins qu’il serait simple de satisfaire pourvu que l’on se doit donné quelques critères ? N’est-ce pas, ensuite, de considérer chaque critère comme l’objet d’un dispositif en soi, d’une politique en soi, qui s’imposera à la réalité organique et vivante du fonctionnement réel des écosystèmes urbains, pour engendrer les effets rebonds que l’on connaît, désormais ?

3.4 Le fonctionnalisme, une méthode défaillante d’action à grande échelle ?

Si nous avons, temporairement, réfrénés nos ardeurs à implanter massivement des ruches en ville72, les études quantitatives et documentées de la très faible efficacité des politiques de rénovation énergétique pour faire baisser les émissions de gaz à effet de serre n’ont pas donné lieu à un infléchissement de ces politiques, aux coûts pourtant colossaux. Au contraire, le budget de l’Anah consacré à la rénovation énergétique est augmenté de 50% entre 2023 et 2024, pour être porté à 5 milliards d’euros, dont 3,7 milliards € d’aide à la pierre avec des objectifs ambitieux :

  • MaPrimeRénov’ : rénovation de 700 000 logements, dont 200 000 rénovations d’envergure, y compris 80 000 logements en copropriété.
  • MaPrimeAdapt’ : adaptation de 45 000 logements pour répondre aux besoins des personnes âgées ou en situation de handicap.

Pourquoi persister dans cette voie ?

J’ai eu l’occasion de poser cette question, directement, lors d’une rencontre des acteurs de la rénovation, à l’un des principaux architectes de cette politique. Voici, en substance, la réponse que j’ai obtenue : “votre approche73 sur mesure, qui part des besoins réels des habitants, de leurs usages, pour concevoir des solutions adaptées à leurs possibilités, leurs aspirations, et au bâtiment qu’ils occupent, est meilleure et plus efficace, au cas par cas, personne ne le conteste. Mais elle ne peut pas être industrialisée. Si nous souhaitons avoir un impact à grande échelle, nous devons industrialiser la rénovation, et donc standardiser la démarche qui y conduit. Et le temps presse”.

Voilà donc sur quelle intention, et sur quelle croyance, repose la persistance du fonctionnalisme aujourd’hui. L’intention (louable) : résoudre les problèmes à l’échelle, de façon massive, et ne pas se contenter d’effets anecdotiques. Réduire massivement les émissions de gaz à effet de serre imputables au secteur du bâtiment est une nécessité.

La croyance, première version : le plus court chemin vers l’impact positif et massif est d’industrialiser une démarche standardisée, pensent les concepteurs de ces politiques. La croyance, seconde version : seul ce qui est normé et standardisé peut être déployé à grande échelle et donc obtenir des résultats quantitativement significatifs. La croyance, troisième version : nous sommes encore, dans le domaine du bâtiment et de l’aménagement du territoire, dans l’âge “néo-industriel”, c’est-à-dire dans cet âge où l’essentiel des progrès à venir est à attendre des progrès de l’industrie. De ses panneaux solaires, de ses isolants, mais aussi, globalement, de cette imitation du paradigme industriel dans toutes nos façons de faire, dans l’ensemble de nos processus de transformation des bâtiments existants et des villes ; c’est donc finalement le fonctionnalisme de seconde génération qui est sensé nous aider à corriger les erreurs du fonctionnalisme originel…

4 Entre la ville informelle et la ville néo-industrielle, la nécessité d’ouvrir une 3e voie

4.1 L’impact à grande échelle par les services à la personne

Est-il juste de considérer que seules les démarches néo-industrielles, c’est-à-dire standardisées et normées, seraient capables, dans le champ de l’aménagement du territoire et du bâtiment, d’engendrer des impacts à grande échelle ?

Figure 16: 1’700 logements loués en Airbnb soit 5% du parc de la ville, auxquels s’ajoute 1’300 meublés de tourisme loués par d’autres canaux. Source : Villes Vivantes, 2028.

Observons un premier contre-exemple : celui des locations de courte durée, et en particulier celles de la plateforme Airbnb. Nous pouvons observer, sur la carte ci-dessus, la localisation des locations disponibles sur la plateforme Airbnb au printemps 2018 à Saint-Malo : 1’700 logements, soit 5% du parc de logements de la ville, auxquels s’ajoute 1’300 meublés de tourisme loués par d’autres canaux. Dans la partie la plus ancienne de la ville, reconstruite après-guerre, le “Saint-Malo intramuros”, les niveaux d’occupation du parc par la location de courte durée sont considérables.

Les populations de résidents à l’année sont donc progressivement chassées du centre historique par ce modèle furtif, rentable, de la location de courte durée dans un secteur hautement touristique : un modèle qui s’est installé de façon fulgurante et qui manifeste une forme d’appétit vorace, difficile à qualifier. Est-il hyper libéral (le fruit de la liberté des propriétaires bailleurs de louer au plus offrant, et de la liberté des touristes de venir profiter de logements moins chers et plus charmants que ce que peuvent proposer certains hôtels) ? Hyper capitalistique (le fruit de la possibilité, pour les détenteurs de patrimoine immobilier à Saint-Malo, de développer une forte rentabilité locative et, progressivement, d’agrandir leur parc immobilier plus rapidement) ?

Mais, comme en témoigne l’actualité législative en cours, en ce premier semestre 202474, ce déploiement vertigineux de la location de courte durée s’est lui-même nourri des règles fiscales spécifiques (l’abattement fiscal pour les meublés de tourisme) telles qu’elles ont été écrites, et continuent d’être écrites, par le législateur : le tsunami Airbnb est-il l’une conséquence de l’ultra complexité du système fiscal français et de ses innombrables niches ? D’une amplification de la demande pour le tourisme français ? D’un coup de génie d’une société américaine ayant découvert, dans de nombreux pays, la formule habile d’un service à la personne, capable de rendre abordable aux classes moyennes, en particulier les familles75, ce qui était jusqu’ici réservé à une minorité plus fortunée ?

A l’heure où certaines copropriétés sont rattrapées par le recul du trait de côte, un maire de Normandie nous a suggéré, il y a quelques semaines, l’idée suivante : plutôt que d’indemniser les propriétaires des biens concernés, pourquoi ne pas leur permettre de louer leurs appartements, face à la mer, le plus possible, “en Airbnb”, jusqu’au moment fatidique, afin de leur permettre d’atténuer voire de compenser leurs pertes ?

On le voit, à travers ce raisonnement pragmatique et concret : s’il n’est pas exempt de défauts, s’il mériterait d’être normalisé, d’un point de vue fiscal, et sans aucun doute d’être rendu plus maîtrisable par les collectivités qui y voient, toutes, une contribution et des nuisances potentielles différentes selon les territoires, le service Airbnb est puissant, performant, agile, il donne des idées aux habitants comme aux touristes, mais également aux élus. Sans être issu de la bureaucratie fonctionnaliste de notre époque, il a pourtant un impact à grande échelle.

S’il était rendu pilotable par les collectivités76, à l’échelle qui leur convient, chacune s’en servirait de façon différente, pour contribuer aux dynamiques en cours, créer une offre répondant aux manques observés, en exploitant les bâtiments existants, en augmentant leur intensité d’usage, leur contribution à l’écosystème économique et social local. Et peut-être même, comme un levier permettant de financer des rénovations énergétiques sans trop puiser dans les budgets de l’État77. La plateforme Airbnb a des impacts à grande échelle. Si elle n’est pas encore, en l’état, un outil d’urbanisme, elle l’est en puissance. Elle a la capacité de transformer les atouts d’un lieu, et les espaces de son parc bâti en valeur, en offre d’hébergement de qualité, accessible en particulier aux familles, aussi bien en Creuse que dans la baie malouine, aussi bien à La Rochelle qu’en Corrèze. Elle constitue un contre-exemple de la croyance selon laquelle seules les démarches standardisées et normées selon un modèle néo-industriel sont capables d’avoir des impacts à grande échelle en matière d’aménagement du territoire, au 21e siècle.

4.2 La délicate pilotabilité des services à la personne

Reste à faire la preuve, cependant, qu’un tel processus est pilotable, dans une certaine mesure. C’est ce qu’ont entrepris de faire plusieurs territoires en France, particulièrement impactés par le volume des locations de courte durée, avec “des expérimentations qui commencent à porter leurs fruits78” : à Saint-Malo, “la mairie a mis en place en 2021 des listes d’attente par quartier avec une sorte de numerus clausus pour les meublés touristiques” ; mis en place en mars 2023 au Pays basque, “le dispositif de”compensation” oblige les propriétaires de meublés de tourisme de courte durée à mettre sur le marché un autre logement, loué à l’année” ; à Nice, en parallèle à de très fortes restrictions, “la mairie propose un système mixte aux propriétaires, qui s’engagent pendant neuf mois à louer à un étudiant, et pendant trois mois dans le cadre de la location saisonnière”.

Tout ceci n’est que le début d’un mouvement qui consiste à mettre Airbnb “au service” non seulement des bénéficiaires actuels de la plateforme, propriétaires, locataires et entreprises de conciergeries, mais également des politiques publiques portées localement par les collectivités territoriales.

Pour la puissance publique, est-il plus aisé d’apprivoiser un service à la personne du type Airbnb ou de monter, de toute pièce, un service public à la personne “à sa façon” ? Comparons les locations Airbnb à un deuxième exemple de service à la personne, piloté cette fois par l’Etat, et donc plus conforme aux canons de la doctrine “néo-industrielle” qui prévaut à la conception d’une partie significative des politiques publiques en vigueur en France aujourd’hui : le dispositif MaPrimeAdapt’ de l’Anah, entré en vigueur le 1er janvier 2024. Il s’agit, en quelque sorte, du “cousin” du dispositif MaPrimeRenov’ évoqué précédemment. Avec 35% de la population française qui aura plus de 60 ans en 2050, aider les occupants des logements à les rendre plus accessibles apparaît comme une évidence.

Figure 17: Support de formation des acteurs de terrain au niveau dispositif de l’ANAH Ma Prime Adapt, entrant en vigueur au 1er janvier 2024.

Voici un document qui présente le dispositif qui finance la réalisation des travaux d’adaptation du logement pour les personnes âgées et celles en situation de handicap. Ce document constitue le support de formation de tous les acteurs de terrain. Il explique à chacun comment le dispositif va dorénavant fonctionner et quel est son rôle (le dispositif fusionne les aides précédentes de l’Anah, de la CNAV et le crédit d’impôt autonomie).

Nous sommes le 18 janvier 2024 aujourd’hui la plupart des retours de terrain vont dans le même sens : le document est si incompréhensible que personne n’a vraiment saisi, à ce stade, les nouvelles modalités d’octroi des aides. Pourtant, les aides financières publiques sont telles – 50 % du montant des travaux pour les ménages aux revenus modestes, 70 % du montant des travaux pour les ménages aux revenus très modestes79 – que le dispositif devrait rencontrer une demande, pour transformer sa baignoire en douche par exemple, en étant aidé. Au bout de 5 mois d’existence pourtant, 5’000 dossiers seulement ont été validés80, pour un objectif affiché par l’Anah de 45’000 dossiers en 2024, et ensuite de 680’000 logements en 10 ans81. Nous sommes très loin du compte.

D’un côté, des aides publiques – la niche fiscale des meublés de tourisme – et de l’autre, des aides publiques également – le budget de l’Anah consacré à MaPrimAdapt’. D’un côté, comme de l’autre, une volonté de maîtrise des effets, par la puissance publique, et une délicate pilotabilité.

Malgré tous ces points communs, les deux dispositifs, Airbnb d’un côté, et MaPrimeAdapt de l’autre, ne sont pas perçus et vécus de la même façon : certes, l’un est d’initiative publique, opéré partiellement par des organismes publics, quand l’autre est d’initiative privée (les habitants eux-mêmes), opéré par des entreprises privées. Mais c’est aussi la “forme” très différente que prennent ces deux services qui nous conduit à porter un regard, et une appréciation, toute différente des deux dispositifs : l’un est perçu comme presque informel, et d’une efficacité si redoutable que de nombreuses collectivités entrent “en guerre” pour le combattre. L’autre est ultra-formel, standardisé et normé, plus rassurant mais moins efficace.

Le fonctionnalisme du 20e siècle, et l’hygiénisme moral sur lequel il s’est appuyé, ont été particulièrement performants pour améliorer le confort des bâtiments avec des éléments effectivement apportés par l’industrie : sanitaires et eau courante en particulier. Qu’ils puissent aider une partie de la population à transformer des baignoires en douches, afin de mieux répondre à la demande, n’est pas une mauvaise chose en soi. Mais ces approches, très simples, butent, comme nous l’avons vu, dès que les problématiques rencontrées deviennent un peu plus complexes : les besoins d’adaptation des logements à l’âge sont plus subtils qu’il n’y paraît. Ils dépendent des usages, des besoins, des aspirations et des capacités de chacun.

Malgré cela, les démarches néo-industrielles perdurent et nous poursuivons dans notre entêtement : pour servir le plus grand nombre, nous nous en remettons à des approches formelles, standardisées, bureaucratiques et fonctionnalistes. Non seulement parce que nous croyons qu’elles sont le moyen le plus efficace de porter une action publique à grande échelle, mais également parce que cette approche néo-industrielle constitue une sorte de définition du progrès.

Parce qu’elles sont a priori contrôlées, normées, rationnelles, standardisées et qu’elles s’opposent, en cela, à l’informel, c’est-à-dire à la réponse que les habitants apportent eux-mêmes à leurs propres besoins, par leurs propres moyens, ou à l’aide de sociétés de service plus ou moins sauvages, les approches néo-industrielles de la ville ont réussi à construire un consensus sur ce qu’est, en urbanisme, le progrès. Une définition du progrès que nous n’avons pas su remplacer jusqu’ici.

4.3 La perte de la boussole du “progrès” et ses conséquences en cascade

Nous voici à Vénissieux, comme l’indique l’image ci-dessous, une commune limitrophe du 8e arrondissement de Lyon, aux Minguettes. Nous voyons se côtoyer, dans les années 1960, des lotissements illégaux avec quelques maisons de fortune, et le grand ensemble flambant neuf, aux formes qui imitent la rigueur géométrique de la standardisation industrielle : “à l’époque, la moitié des logements n’a pas l’eau courante et 75 % n’ont pas de toilettes. Un sur dix seulement a une salle de bains. Les taudis se comptent par centaines de milliers. Plusieurs millions de logements sont surpeuplés. Il faut donc trouver des solutions pour loger les habitants, notamment les ouvriers, les plus touchés par le mal-logement82”. Le gouvernement français signe l’arrêté ministériel qui entérine la création de 10 zones à urbaniser en priorité, dont la ZUP des Minguettes, le 6 janvier 1960.

Ainsi, dans l’après-guerre et pendant la période de construction des grands ensembles, la France a développé une idée assez simple et claire de ce que pouvait constituer le progrès en urbanisme : même si des débats houleux ont eu lieu entre les tenants de la reconstruction à l’identique, et ceux qui préféraient poursuivre le cours de l’histoire de l’architecture, le besoin de reconstruire et de loger les Français fut suffisamment puissant pour donner une direction franche au développement urbain : remplacer les bidonvilles et les logements surpeuplés et insalubres par des logements neufs, modernes et équipés. La standardisation et les formes urbaines néo-industrielles apportent en même temps la rapidité d’exécution, la nouveauté, l’eau courante, les sanitaires et les places de stationnement.

Figure 18: Les Minguettes, flambant neuves, à Vénissieux, au sud de Lyon, aujourd’hui quartier prioritaire au titre de la politique de la ville. La ZUP des Minguettes s’ouvre en 1963.
Figure 19: Le premier îlot en cours de construction : premier essai de définition d’un style d’accompagnement malouin. (cl. Pierre Lacoudre, Musée de Saint-Malo).

La reconstruction du Saint-Malo Intra-Muros – détruit par la guerre – comme la création de la ZUP des Minguettes à Vénissieux, ont bénéficié d’un futur clair, reposant sur une double notion du progrès qu’elles partagent en commun : construire pour loger et réduire le mal logement, d’une part ; construire en apportant le confort moderne, d’autre part. Elles divergent sur deux points : premièrement, construire à partir d’une tabula rasa, aux Minguettes, et construire en reprenant les plans de la ville ancienne à l’identique, du côté de Saint-Malo ; mais également : construire dans un style “moderne”, du côté des Minguettes, avec un plan qui reprend le chemin de grue et des bâtiments dont les formes ostensiblement standardisées et répétitives miment les progrès industriels de l’époque ; et construire selon un “style d’accompagnement”, à Saint-Malo, où l’on s’est autorisé à “faire des constructions nouvelles, tout en utilisant des matériaux analogues, en s’inspirant des lignes générales de l’architecture traditionnelle” afin de “restituer une silhouette générale d’ensemble en conservant l’enceinte urbaine dont les dernières modifications dataient du milieu du 19e siècle83.”

La démolition de la toute première tour des Minguettes n’aura lieu qu’un peu plus de 20 années plus tard seulement, le 9 juin 1983. Et l’arrivée des locations de courte durée Airbnb dans la cité historique de Saint-Malo décollera à la fin des années 2010.

Si l’une fut un échec, au point qu’elle connut la destruction simultanée de 10 tours des Minguettes en 1994, d’une dernière barre en 2021, et qu’elle fait encore l’objet d’un nouveau programme de renouvellement urbain porté par la Métropole lyonnaise – lancé en 2020 et dont le terme est prévu en 2035, afin “de rendre tout son attrait au quartier84”, et l’autre un succès, au point d’être devenu l’épicentre de l’attractivité malouine et de son dynamisme à la fois touristique, économique et industriel85, il n’en demeure pas moins que ces 2 projets de constructions partagèrent une notion commune du progrès : construire pour loger mieux.

Une telle direction commune du progrès est plus difficile à percevoir aujourd’hui. Nous ne savons pas dire, vraiment, si les locations Airbnb sont un progrès ; elles rendent service, certes, mais sont-elles un progrès ? 80’000 chambres d’hôtel à Paris, et quelques 60’000 logements Airbnb : on trouvera autant de raisons de s’émerveiller par cette façon, légère et habile, de doubler la capacité d’hébergement de la capitale, que d’être effrayé par l’idée même d’un tel afflux de visiteurs logés de façon presque informelle dans le parc de logement parisien, au détriment des résidences principales.

La même question se pose pour l’adaptation des logements à l’âge au prix de dépenses considérables, subventionnées par la puissance publique : car en même temps que ces logements sont “adaptés”, ils sont rendus inadaptés pour leurs futurs occupants. Ne devrait-on pas plutôt inciter les personnes âgées à changer de logement en optant pour des résidences spécifiques plutôt que de dépenser des moyens importants pour transformer des logements qui sont aujourd’hui très bien adaptés pour des publics moins âgés ?

Nous le voyons chaque jour, le paradigme qui serait en mesure de nous donner le sens du progrès en urbanisme n’existe plus. Et parce que l’ancien paradigme n’est plus et qu’un nouveau modèle n’a toujours pas pris sa place, nous ne savons plus définir si construire est vertueux ou ne l’est pas. Nous ne savons même plus si construire, en répondant à des besoins, est vertueux ou non. Nous éprouvons des doutes sur la pertinence même de répondre à des besoins. Ces besoins sont-ils légitimes ?

Les étudiants ne trouvent plus à se loger et entament, après Parcoursup, un nouveau parcours du combattant pour trouver un logement86. Aurait-il fallu avoir anticipé cette demande, en construisant plus pour mieux les accueillir ? Rien n’est moins sûr, aujourd’hui. Une étude publiée en novembre 2023 par le syndicat l’Union étudiante87 pointe que “87’000 étudiants ont entamé leur année universitaire 2023-2024 sans logement. Plus d’un étudiant sur deux (soit plus d’1,5 millions de jeunes) est mal logé, 29,5% des étudiants sont en situation de cohabitation contrainte et souffrent de l’absence de domicile personnel, et près de 20% des étudiants qui vivent chez leurs parents ont plus d’une heure de trajet”.

Et pourtant, il n’est pas rare de voir, aujourd’hui, des communes dans lesquelles sont situées des campus universitaires, ou à proximité immédiate de ceux-ci, lutter contre des reconfigurations de pavillons transformés en logements étudiants avec jardin. S’il est vrai que les pénuries d’offre sont parfois favorables aux actions d’acteurs peu scrupuleux qui produisent des logements de fortune, pour répondre à une partie de la demande non satisfaite, l’instauration d’un permis de diviser et d’un permis de louer peuvent donner des points d’appui à la collectivité publique pour visiter les immeubles et pousser les propriétaires et investisseurs à respecter des critères de décence. Mais surtout, plutôt que de lutter contre ce phénomène, pourquoi ne parvenons-nous pas à l’accompagner ? A accompagner les propriétaires de maisons dans des projets intelligents et qualitatifs de division, extension et reconfiguration de maisons qui, de toute façon, sont en l’état souvent mal isolées, peu au goût du jour et dont la distribution des pièces et la typologie ne sont plus adaptées à la demande actuelle ?

Un tel effort de structuration des dynamiques à l’œuvre au sein des villes et de nos territoires demande, en réalité, plus qu’une méthode (le fonctionnalisme par exemple) : il demande une boussole qui nous indique si la finalité que nous visons est, en elle-même, porteuse d’un progrès.

4.4 En l’absence d’une conception commune du progrès, les peurs règnent

Figure 20: Nombre de mots par millions de mots dans les ouvrages publiés en langues anglaise, française et allemande, selon l’année. Financial Times.

La nature ayant horreur du vide, en l’absence de modèle partagé, nous observons l’arrivée, fracassante, des peurs qui s’accompagnent d’une hyper présence des risques dans toutes nos discussions, échanges et débats. Le graphe ci-dessus est issu d’une étude anglo-saxonne88. La courbe bleue représente la fréquence avec laquelle les mots synonymes de “progrès” et de “futur” sont employés dans l’ensemble des ouvrages anglais, français et allemands publiés chaque année. Nous pouvons observer que cette courbe commence à descendre, sérieusement, à partir des années 1970. En rouge, à l’inverse, nous pouvons observer, dans ces mêmes ouvrages, la montée des préoccupations liées à la prudence, à l’inquiétude et aux risques : les occurrences de ces mots et de leurs synonymes suivent le mouvement inverse de la courbe bleue, avec une croissance continue depuis les années 1930.

Figure 21: Changements dans le langage et la culture, et changement dans le développement économique, comparaison de l’Angleterre et de l’Espagne.

Ce que nous montrent ces recherches, c’est également, comme nous le voyons sur le second graphe ci-dessous, que les discussions sur le progrès, sur l’espoir, sur le futur positif et constructif, précèdent, dans le temps, de quelques décennies voire plus, leur réalisation concrète dans la vie réelle. Autrement dit : ce dont nous sommes en train de “discuter”, tous ensemble aujourd’hui, précède le type de ville, le type d’environnement, le type de territoire et d’aménagement du territoire que nous nous préparons à fabriquer dans les années à venir.

Voici donc la question cruciale que nous devrions nous poser : de quoi devrions-nous discuter, aujourd’hui, pour que, demain, nos territoires retrouvent la voie d’un certain progrès ?

Figure 22: “Le ministre de la transition écologique Christophe Béchu, costard cravate, monte énergiquement dans le tractopelle qui va commencer à démolir”Le Signal”. Cet immeuble construit en 1967 à l’époque à 200 mètres de l’océan, et qui se trouve aujourd’hui à 20 mètres du trait de côte et contraint d’être détruit. Le ministre a donc donné les premiers coups de belle dans le bâtiment accompagné par la secrétaire d’Etat girondine à l’écologie Bérangère Couillard.» 89

Sans doute nous faudrait-il évoquer Soulac, la montée des eaux et le recul du trait de côte. Ces images de l’océan qui s’apprête à reprendre certains des bâtiments que nous avons édifiés sur le rivage sont sensationnelles. Et toutes les chaînes de télévision nous ont aidé, finalement, à construire une sorte de cérémonial quasi religieux pour nous inviter à faire le deuil de l’ancien mythe du progrès, celui des années 1960.

Si ces peurs et cet intérêt pour la montée des eaux, ainsi que les réflexions sur les stratégies de repli qui en découlent, sont légitimes, qu’avons-nous en face, en termes de contrepartie positive pour alimenter nos échanges, nos discussions, notre vision de l’avenir de nos territoires ? Face à ces dangers hyper médiatisés, les réflexions sur le sens positif que nous devrions donner à l’aménagement du territoire se retrouvent démunies de symboles. Elles sont moins claires et moins impactantes que le spectacle de Soulac.

Une étude publiée en 2021 dans la revue The Lancet Planetary Health montre “à quel point l’éco-anxiété s’est enracinée dans les jeunes générations”. Sur les 10’000 jeunes de 16 à 25 ans interrogés dans dix pays, près de 70 % ont déclaré être “très inquiets” ou “extrêmement inquiets” du changement climatique90.

Si ces inquiétudes, et cette anxiété, sont peut-être positives du point de vue de la prise de conscience des enjeux environnementaux auxquels nos sociétés devront faire face dans les années à venir – et il est permis d’en douter, quand François Gemenne nous dit qu’il “n’y a pas de corrélation entre le niveau d’inquiétude pour l’environnement et la priorité politique attribuée à cette question”91 –, leur effet, sur le terrain, dans la pratique, au moment où il nous faut prendre des décisions et agir, sont largement inconnus. L’anxiété est-elle bonne conseillère ? La peur et les inquiétudes, une bonne boussole au moment où nous devons accepter ou refuser d’agir ?

Il ne suffit donc pas de constater l’échec du fonctionnalisme ni même de le repousser. Nous devons le remplacer par un modèle positif capable de redonner un sens au mot progrès afin d’envisager les développements à venir de nos territoires. Tant que nous n’aurons pas réussi ce travail de reformulation positive du développement territorial, tant que nous nous en tiendrons aux conclusions opérationnelles simplistes – et incitant à l’inaction – de la “sobriété” et de la “frugalité” appliquées sans discernement, ce sont les deux paradigmes de la ville néo-industrielle, d’une part, monté en puissance en Chine et dans les pays du Golfe ces dernières décennies, et de la ville informelle, d’autre part, laquelle constitue aujourd’hui le réel moteur du développement des grandes villes africaines, asiatiques et sud-américaines, qui continueront de prévaloir et de nous conduire dans l’impasse des développements urbains actuels.

4.5 L’impasse du dualisme ville informelle vs ville néo-industrielle

Figure 23: Bombay, quand la ville informelle côtoie la ville néo-industrielle.

Commençons par cette photo aérienne de Bombay, en Inde. A droite, un développement d’urbanisme formel. Si l’on se demande, de quand date-t-il, on l’identifie au 20e siècle, sans hésiter. Ce 20e siècle qui continue de prospérer et de conquérir de nouveaux territoires en ce début de 21e siècle. D’un côté, donc, le passé néo-industriel est encore là. Nous construisons, encore aujourd’hui, des villes de cette façon, sous cette forme, avec ce type de plan et de processus de développement reposant entièrement sur la promotion immobilière et un encadrement total de l’État, ou de la puissance planificatrice, comme en France nous avons bâti les grands ensembles dans les années 1960.

Et voici, à gauche, une partie la ville informelle, partiellement anarchique, partiellement auto-organisée, qui pallie aux limites, notamment en matière de coûts, de la ville néo-industrielle : les habitants répondent, eux-mêmes, à leurs propres besoins avec des solutions de fortune. À droite, sur l’image, nous reconnaissons notre passé, encore présent. À gauche, nous ne savons pas trop à quoi une telle ville ressemble, mais nous percevons que ce processus avance et progresse et que c’est lui qui fait grandir, aujourd’hui, les villes en Asie, en Afrique, en Amérique du Sud, selon un processus largement informel, régularisé et équipé à posteriori.

Figure 24: La nouvelle capitale du Caire en cours de construction depuis 2016, à une cinquantaine de kilomètres de la place Tahrir.

Ci-dessus, la même opposition, en Égypte, au Caire – 9,5 millions d’habitants en 2017, 21 millions d’habitants à l’échelle de l’agglomération –, où le gouvernement a entrepris la construction d’une nouvelle capitale administrative, depuis 2016, à une cinquantaine de kilomètres du centre historique du Caire et de la place Tahrir. “Sortie du sable en peu de temps, elle doit incarner la modernité verte et vertueuse92” face aux développements informels, alors que ce projet “pharaonique” repose sur “une consommation effrénée de ressources, en suivant un modèle importé du golfe Arabo-persique”, ce modèle de la ville nouvelle créée ex nihilo par un urbanisme exclusivement top down et fonctionnaliste, lui-même importé de la modernité européenne et américaine telle qu’elle est à l’œuvre depuis une centaine d’années.

Mais cette dualité n’est pas spécifique aux mégaprojets contemporains. A plus petite échelle, voici ci-dessous, plus simplement, un peu plus haut dans le delta, Ras El-Bar (“Cap de la Terre”, environ 25’000 habitants permanents), une station balnéaire égyptienne située à l’embouchure du bras Damiette du Nil. Elle est dotée d’un plan de rue quadrillé qui aligne les “e’sha”, ces petites villas carrées en ciment ou en brique. La ville d’Izbat Al Burj (environ 70’000 habitants), au tissu urbain à la fois plus dense, informel et spontané, se situe de l’autre côté de la Damiette.

Figure 25: La dualité ville informelle vs ville néo-industrielle se retrouve aujourd’hui partout, sur tous les continents, à toutes les échelles. Ici Ras El-Bar (25’000 habitants, à gauche), construite en face de Izbat Al Burj (70’000 habitants, à droite), en Égypte.

L’urbanisme informel apporte également son lot de réponses, aujourd’hui, sur le territoire national : nous voici, ci-dessous, dans les quartiers informels de Mayotte. Et ci-dessous encore, dans l’espace public parisien, avant que l’interdiction des trottinettes en libre-service ne soit votée.

Figure 26: Les quartiers informels de Mayotte
Figure 27: L’espace public informel parisien, en 2023.

Cette série d’images nous offre un aperçu rapide de la situation : d’un côté, un 20e siècle qui est encore là et qui prolonge cet urbanisme néo-industriel, standardisé dans sa forme, top down et fonctionnaliste dans sa conception, réalisé grâce à la grande promotion immobilière qu’elle soit publique ou privée. De l’autre côté, un urbanisme informel, incrémental, produit par les habitants eux-mêmes, auquel nous n’avons pas encore su donner une forme organisée, qui nous déborde mais qui répond à des besoins criants que les solutions néo-industrielles peinent de plus en plus à satisfaire.

Une troisième voie est-elle envisageable ?

Une voie organique existe, très certainement, entre ces deux approches, une voie qui emprunte le meilleur de ces deux méthodes de structuration et d’optimisation du tissu urbain : d’une part, la planification et l’ordonnancement, la définition de règles et de limites fortes imposées à l’urbanisation, la construction d’équipements, d’infrastructures et d’espaces publics structurants ; et d’autre part la constitution incrémentale et bottom up d’une densité villageoise et compacte, qui permet d’atteindre des degrés d’optimisation supérieurs à ceux qui peuvent être atteints par un dessin trop rigide grâce à la liberté, donnée à l’échelle de chaque parcelle, d’orienter, d’implanter et d’organiser le bâti selon les contraintes locales ainsi que les besoins et capacités des habitants.

Cette voie bicéphale, nous l’avons connue, mais partiellement oubliée depuis quelques décennies : c’est celle qui nous a permis de planifier et de bâtir la plupart de nos villes et villages historiques. Elle ne consiste ni à faire sans les habitants, ni à laisser faire les habitants seuls, mais à penser et fabriquer notre cadre de vie avec les habitants. Ce modèle organique a-t-il la capacité, aujourd’hui, de nous proposer une définition actualisée de ce que nous pourrions définir et partager comme un “progrès” ?

4.6 Vers un progrès “organique” ?

Nous avons opté pour ce terme, “organique”, pour plusieurs raisons.

La première, c’est qu’il désigne assez bien et directement ce que nous recherchons tous aujourd’hui : œuvrer collectivement pour avoir le plaisir de vivre dans des territoires qui répondent mieux et de façon plus fine à nos besoins et nos attentes tout en étant plus “soutenables”. Le terme “organique” offre une synthèse, relativement concise et élégante, des objectifs que nous poursuivons lorsque nous transformons notre cadre de vie : une réponse à nos besoins qui soit “adaptée”, presque “sur mesure”, d’une part, mais aussi “soutenable” et “durable”, d’autre part. Une réponse “organique”, en somme.

Le terme organique a également un second mérite : en même temps qu’il désigne ce double objectif, il émet une hypothèse sur la façon dont nous pourrons le réaliser. L’”urbanisme organique” consiste, tout simplement, à répondre “de façon organique” à des “besoins organiques”.

Cette définition nous permet, premièrement, de porter un jugement sur les finalités : se poser la question de savoir si les besoins auxquels nous tentons de répondre sont relativement “organiques” ou “inorganiques” est une façon non triviale d’interroger la nature et la légitimé de ces besoins, en sortant de la perspective – trop simple, moralisante et quantitative – de la “sobriété”.

Un besoin “légitime” n’est pas, simplement, un besoin “sobre”, c’est-à-dire un besoin contenu, rétréci, diminué : si le besoin est absurde et insensé en effet, même sa version “sobre” le sera. A l’inverse, dans les situations de pénurie, comme dans celle du logement par exemple, seules des réponses “généreuses” et “abondantes”, et non “sobres”, ont des chances sérieuses de corriger le déséquilibre fondamental de la situation.

Nous pouvons ainsi considérer qu’un “besoin” est relativement “organique” s’il est proportionné à une forme de réalité tangible. La réponse à ce besoin sera “organique” si elle est non pas “sobre” mais “suffisante”, au sens du “sufficiency” anglo-saxon, qui est le terme originel choisi par les auteurs du GIEC pour désigner la contribution, importante, que représente la “réduction de la demande” dans l’atteinte de nos objectifs environnementaux. Un terme utile et précis que nous avons malheureusement traduit en français par le terme de “sobriété”, lequel pose – en raison de sa connotation morale, que le terme “sufficiency” n’a pas – de véritables problèmes d’application pratique : si lutter contre toutes les formes de gaspillage est une évidence, on ne peut pas en déduire que diminuer systématiquement et indistinctement toutes les consommations nécessaires au fonctionnement d’un territoire soit vertueux en soi.

Les interventions franches et structurantes d’Haussmann dans le tissu urbain parisien peuvent-elles être qualifiées de réponses “sobres” à un besoin ? Difficilement, tant elles sont monumentales. Peuvent-elles être qualifiées d’“organiques” ? Oui si l’on considère que ces réponses sont proportionnées à la ville de Paris, au tissu urbain dense qui la caractérise à l’époque de la conception de ce plan, ainsi qu’à la nécessité d’un besoin de structuration franche de ce tissu urbain. Le caractère relativement organique des transformations apportées à la ville de Paris par le baron Haussmann apparaît peut-être plus clairement lorsqu’on les compare, par exemple, au plan voisin proposé par Le Corbusier en 1925 pour éradiquer le centre de Paris et y substituer une forme totalement nouvelle : celle-ci ne répond pas de façon proportionnée à un besoin exprimé par la population ou les pouvoirs publics, mais à une vision, une théorie.

Des besoins peuvent être qualifiés d’organiques s’ils émanent, s’ils sont exprimés, directement ou indirectement, par les personnes ou des entités sociales concernées. C’est-à-dire s’ils ne sont pas issus de présupposés, de visions, de paris spéculatifs, ou de constructions théoriques. Répondre “de façon organique” à des “besoins organiques”, c’est tout d’abord répondre à des sollicitations, à l’expression et au constat de ces besoins. C’est rechercher une compréhension, puis une réponse, fines, précises, adaptées et presque “sur mesure” de ces “besoins”.

Cette définition de l’urbanisme organique – répondre “de façon organique” à des “besoins organiques” – nous permet, deuxièmement, de porter un jugement sur les méthodes employées : se poser la question de savoir si la façon de répondre aux besoins est “organique” ou “inorganique” est une façon, non triviale également, d’interroger la nature et la légitimité des modalités par lesquelles nous répondons aux besoins.

Nos méthodes peuvent être qualifiées d’organiques si elles reposent, tout simplement, sur la double nature à la fois top down et bottom up des processus par lesquels nous pouvons faire évoluer nos territoires. Selon le modèle organique, l’habitant n’est pas seulement celui que l’on consulte ou que l’on concerte et qui, par ses impôts, finance nos travaux d’urbanistes, d’aménageurs et de promoteurs. Il est aussi un opérateur à part entière – et massif, parce que les habitants sont nombreux – d’une transformation pensée, planifiée et intelligente de nos territoires.

Les composantes top down et bottom up de l’urbanisme n’ont pas à se partager le “gâteau” des décisions à prendre. Il ne s’agit pas de trouver le juste équilibre entre le pouvoir donné aux habitants et celui donné aux institutions qui les représentent, et aux experts qui les accompagnent. Nous n’avons pas, dans la méthode organique, à décider à la place des futurs habitants. Nous avons à faire progresser nos méthodes pour qu’elles soient à la fois “plus top down”, et “plus bottom up”, pour que nos villes soient à la fois plus planifiées, maîtrisées, pilotées et, en même temps, plus vivantes, émergentes et libres.

Si nous pensons que l’aménagement du territoire, tel que nous le connaissons aujourd’hui, est adapté aux enjeux présents et futurs, alors nous n’aurons sans doute pas le besoin de recourir à la contribution, massive, des habitants pour opérer, à la marge, les quelques ajustements que nous estimons nécessaires. Dans un tel scénario, la grande armature de nos territoires étant amenée à demeurer “stationnaire”93, l’enjeu sera avant tout de préserver, de réhabiliter et de ménager l’existant, tout en limitant les constructions nouvelles. Il est alors probable que les initiatives habitantes ne seront considérées ni comme indispensables, ni comme utiles, et qu’elles seront mêmes volontairement limitées, pour une large partie d’entre elles94, cantonnées à des actes de simple rénovation ou d’isolation. Si les progrès espérés sont faibles, il est logique que les moyens mobilisés le soient également.

Si nous pensons, au contraire, que les enjeux environnementaux et sociaux auxquels nous sommes sommés de répondre exigent des transformations à venir considérables, alors nous aurons besoin d’inventer un urbanisme organique qui intègre la possibilité d’une contribution massive des habitants. La contribution non seulement d’usagers enthousiastes, ou de riverains exigeants, mais celle, aussi, de millions d’habitants maîtres d’ouvrage, financeurs et opérateurs de projets.

Dans les pays en développement qui continuent de s’urbaniser à grande vitesse95, et qui s’apprêtent à accueillir des centaines de millions de nouveaux urbains, comme dans les pays à la démographie plus mesurée, à l’instar de la France96, qui doivent convertir d’immenses espaces, pensés et aménagés au 20e siècle selon les critères d’une disponibilité abondante et abordable des énergies fossiles, en espaces plus regroupés, denses et compactes, compatibles avec des mobilités douces et raccourcies, la contribution des habitants opérateurs, sera décisive pour que nous puissions agir, par une forme d’urbanisme organique, à l’échelle des enjeux.

L’atteinte de la neutralité carbone à l’horizon 2050, la réalisation du Zéro Artificialisation Nette à la même échéance, la résolution de la crise du logement dans laquelle le pays s’enfonce, et qui s’accompagne d’une monté sans précédent d’injustice sociale, territoriale97 et patrimoniale98, s’accommodent mal d’un plan stationnaire. Au contraire, envisager que des millions de projets portés par les habitants eux-mêmes puissent contribuer, via un urbanisme organique, à atteindre ces objectifs, nous donne une perspective crédible pour les atteindre, concrètement.

Si le développement durable et la ville soutenable ne constituent pas encore, à l’heure actuelle, la vraie boussole partagée de nos actions, la vraie boussole du progrès, c’est peut-être parce que nous ne croyons pas être en mesure d’atteindre ces objectifs. Et si nous n’y croyons pas, c’est sans doute que nous manquons de confiance en la puissance de nos moyens, au point, d’ailleurs, d’en venir à opposer les enjeux environnementaux et les enjeux de justice sociale alors qu’il est désormais clair qu’ils sont indissociables.

Le modèle de l’urbanisme organique constitue une piste pour résoudre ces difficultés : il réalise une forme de synthèse entre les dimensions sociales et environnementales de nos buts, mais aussi de nos moyens d’action. Ce faisant, il nous présente une version de l’urbanisme dont les moyens sont décuplés : si les millions d’habitants qui ont le projet de vivre et de bien vivre dans les territoires que nous projetons, sont non seulement les futurs occupants des lieux, le futurs bénéficiaires des services urbains, mais également, les opérateurs urbains en puissance capables de jardiner, de partager, de faire bâtir et d’accueillir, mais aussi de se transporter les uns les autres, alors les limites de ce qu’il est possible d’imprimer, comme transformations, aux territoires existants, sont repoussées. Et ce qui n’était destiné qu’à un accommodement stationnaire peut refaire, à nouveau, l’objet d’un désir et d’un projet collectif. C’est-à-dire d’un progrès.

4.7 Ne pas imiter la nature, mais piloter les processus vivants qui produisent nos territoires

La façon dont nous avons considéré jusqu’ici le terme “organique” est aux antipodes, vous l’avez compris, des usages qui ont pu en être faits dans les champs de l’architecture et de l’urbanisme. Nous ne discuterons donc pas, pendant ces deux jours, de formes au design nous rappelant la douceur et les rondeurs de la nature. Nous ne discuterons pas, non plus, des rares privilégiés qui ont la chance de vivre en pleine nature. Nous ne discuterons pas plus du travail, tout utile qu’il soit, de végétalisation des façades ou, plus largement, de toutes les stratégies qui consistent à faire entrer à nouveau la nature en ville, dans notre cadre de vie (ce qu’on appelle la “biophilie” appliquée à l’urbanisme). Et nous discuterons, encore moins, de l’imitation des formes de la nature dans la production de notre cadre de vie, qu’il s’agisse de balcons, des formes que nous donnons à nos immeubles, ou même aux plans de certaines de nos villes (ce qu’on appelle le “biomimétisme”99).

Figure 28: Le terme “organique” entendu au sens superficiel du terme, consiste à produire des bâtiments et des villes qui imitent les formes apparentes de la nature, ou qui végétalisent fortement le cadre de vie. Ce n’est pas le sens selon lequel nous entendrons ici le mot “organique”.

Nous avons entrepris d’entendre le mot “organique” dans un sens plus radical : comme une certaine façon “organique” de répondre à des besoins ou à des aspirations “organiques”, afin de transformer, avec des millions d’habitants, nos villes et villages et les rendre aptes à répondre aux grands enjeux sociaux et environnementaux du 21e siècle.

La ville organique est une certaine façon, pour une ville, de répondre aux besoins de ses habitants. L’”urbanisme organique” constitue, au sens où nous l’entendons dans la suite de nos travaux, une alternative à l’impasse dans laquelle nous nous trouvons présentement, trop à l’étroit entre le développement informel des villes, d’un côté, et l’urbanisme fonctionnaliste et néo-industriel de l’autre. Pour mieux décrire le modèle de l’urbanisme organique, je vous propose de former le schéma à trois colonnes ci-dessous. À droite, plaçons le paradigme néo-industriel et ses villes planifiées et standardisées. À gauche, plaçons la ville informelle, produit du “do-it-yourself”, et ses formes spontanées. Dans la colonne du milieu, l’urbanisme organique, dont je vous propose de décrire les traits principaux, les principales conditions.

Figure 29: Les traits caractéristiques d’un urbanisme organique

La première des conditions, pour construire un urbanisme organique, consiste à quitter l’approche “standardisée” du paradigme néo-industriel pour développer des offres “sur mesure”. Le sur mesure existe dans la ville informelle parce que les habitants répondent eux-mêmes à leurs propres besoins. Il doit devenir l’ingrédient fondamental des villes formelles, selon le modèle organique, par un changement des méthodes par lesquelles les professionnels contribuent à façonner les villes. Pour que l’intervention des professionnels ne soit pas synonyme d’une standardisation de la production, comme elle l’est aujourd’hui, mais d’une plus grande finesse dans la capacité de l’urbanisme à répondre aux besoins, celui-ci doit, en grande partie, se transformer professionnellement pour évoluer vers un ensemble de “services à la personne”. C’est cette approche du sur mesure, qui implique de refaire de l’urbanisme un art, qui permet, en retour, que l’augmentation des densités soit également le synonyme d’une progression de l’intimité, que l’augmentation de la compacité soit aussi le signe d’une augmentation de l’ombre et des îlots de fraîcheur, ou encore que l’amélioration de l’efficacité des déplacements soit le corollaire de la découverte immersive du grand paysage d’une ville, à l’instar de ce qu’ont produit les percées haussmanniennes par exemple.

La seconde condition de l’urbanisme organique consiste, pour ce qui est de la production courante du tissu urbain – à la différence des grands équipements et infrastructures – à quitter le modèle actuel, risqué, de la pré-commercialisation et de la pré-production pour aller en direction d’un modèle de production “à la demande”. C’est ce paradigme qui prévaut dans la ville informelle ; la ville formelle doit, à travers l’urbanisme organique, atteindre un niveau comparable de souplesse et de simplicité, qui permet de rendre les réponses aux besoins plus précises et plus abordables économiquement, en dé-risquant la chaîne de valeur immobilière.

Et voici la troisième condition : le degré de maîtrise de l’urbanisme organique ne peut plus être obtenu, en grande partie, par des normes a priori. Celles-ci conviennent à la perfection au modèle néo-industriel de réponse aux besoins. Mais le modèle organique doit être bâti sur un concept différent : celui du pilotage d’un “flux de projets”. L’urbanisme organique ne consiste pas à remplacer, complètement, les processus de l’urbanisme informel par des processus top down et industriel ; il consiste à créer une infrastructure de services qui permettra, sur la base de règles fortes et relativement simples, de piloter et de rendre formels les processus qui étaient, jusqu’ici, soit bloqués, soit informels.

A-t-on déjà réussi à produire des villes selon une telle approche ? Je pense que oui. Si nous prenons, au hasard, une ville européenne comme Florence, et que nous la plaçons au milieu de ces deux urbanismes extrêmes que sont la ville informelle et la ville néo-industrielle telles que nous les avons observées par exemple à Bombay, nous voyons une forme d’évidence apparaître.

Nous avons d’un côté une infrastructure, une armature, une pensée : Florence a été aménagée, au sens fort, comme Paris a été aménagée, au sens fort également, bien que les plans des deux villes diffèrent. Et nous voyons également, d’un autre côté, qu’en termes de complexité, de sédimentation et de forme urbaine, nous avons atteint des niveaux d’organisation de l’espace et de performance esthétiques et fonctionnelles qui vont au-delà de ce que nous avons été capables de faire dans le paradigme néo-industriel.

Nous n’allons pas refaire Florence partout, bien entendu. Le climat n’est pas le même aujourd’hui qu’il y a une dizaine de siècles, au moment des débuts d’une nouvelle ère de prospérité de la cité florentine, les besoins en logement et en mobilité également. Rien n’est comparable.

C’est pourquoi il nous faut construire des méthodes, des outils, des modèles économiques, des métiers et une base de connaissances qui nous permettront, non pas d’imiter des formes organiques dans la réalisation des bâtiments et des villes, mais de voir comment le fait de “répondre sur mesure à des besoins sur mesure” peut constituer une façon différente de produire la ville aujourd’hui.

Différente, d’une part, de la méthode qui consiste à laisser les habitants se débrouiller tout seuls. Et différente, d’autre part, de la méthode qui consiste à poursuivre l’urbanisme fonctionnaliste qui nous a occupé pendant près d’un siècle, lequel consiste à penser, à l’avance, à la place des habitants, pour produire des objets urbains selon le modèle des grandes opérations d’aménagement et de promotion immobilière, et ensuite les commercialiser…

L’urbanisme organique est autant à retrouver – car nous l’avons déjà pratiqué – qu’à construire, car les défis, et les sociétés qui doivent aujourd’hui les relever, sont inédits.

Figure 30: Le terme “organique” entendu au sens fort du terme, comme une certaine façon “organique” de répondre à un certain type de besoins “organiques”.

5 Construire l’urbanisme organique : premiers éléments de méthode

5.1 Investir en R&D pour mieux distinguer les bonnes intentions des effets réels

Chacun de nous a bien l’intention, sans doute, d’œuvrer pour faire en sorte que nos territoires soient plus durables ou plus soutenables. Mais nous savons, par expérience, que la réalité est toujours plus complexe, subtile – et organique – qu’il n’y paraît.

Nous savons aussi que ces deux notions, la soutenabilité et la durabilité, sont bien trop multifactorielles et dépendantes des usages pour que nous puissions, sur le terrain, au moment d’agir, être sûrs de notre coup : à chaque fois que nous avons l’intention d’améliorer la soutenabilité ou la durabilité d’un territoire, ne sommes-nous pas en train de faire l’inverse, sans le comprendre ?

Le terme organique peut donc, d’un point de vue méthodologique, être considéré comme un synonyme, plus avenant, du mot “systémique100”.

Envisager la production du cadre de vie dans un paradigme organique ou systémique signifie que l’on peut agir en faveur ou en défaveur de la soutenabilité et de la durabilité de nos territoires, de façon directe – les conséquences de nos actions – et indirecte – les conséquences des conséquences de nos actions – en même temps. Comme dans les écosystèmes naturels, en somme, nos actions de transformation des territoires, qui consistent à tenter de répondre au mieux à certains de nos besoins, ont des effets fonctionnels, au degré 1, et systémiques – ou organiques – au degré 2.

Les conséquences pratiques de cet axiome sont considérables : répondre à des questions complexes par des réponses simples devient tout simplement impossible, comme il devient irréaliste de modéliser des phénomènes par des relations causales simples de type “A est la cause de B” et donc, également, de leur trouver des explications tout aussi simples : améliore-t-on la capacité de rafraîchissement d’une ville en plantant plus d’arbres ? Rénover est-il meilleur que construire du neuf du point de vue des émissions de carbone ? La rénovation énergétique des bâtiments permet-elle de faire baisser les émissions liées au chauffage ? Faut-il supprimer tous les toits en zinc ? Autant de questions qui ne peuvent pas trouver de réponse simple.

Si la production de nos territoires est soumise à ce régime spécifique de causalité, où les effets de degré 1 de nos actions se mêlent – toujours – aux effets de degré 2, alors les villes – et l’aménagement du territoire en général – ne peuvent pas être envisagés comme des réalités que nous pourrions infléchir, paramétrer ou même rediriger – dans une direction plus écologique ou plus sociale – par l’élaboration seule de “politiques publiques” dont la mise en œuvre reposerait sur des règles, des incitations, des objectifs, des plans d’actions, des projets et des financements.

Que manque-t-il à cet arsenal de moyens que nous avons l’habitude de déployer depuis des décennies pour arriver à nos fins ? Un investissement décisif et d’ampleur en recherche & développement pour inventer les processus, les dispositifs, les services par lesquels ces hypothèses pourront être infirmées ou confirmées, dans quelles circonstances, et sous quelles conditions. Définir le paradigme des “villes organiques” ne consiste pas à produire une nouvelle clé de lecture des villes, ou une nouvelle théorie pour l’urbanisme contemporain, mais bien à outiller une véritable révolution méthodologique dans la façon dont nous entreprenons de produire et de piloter les villes.

Les difficultés qui se présentent à nous en matière d’aménagement du territoire, de logement, de mobilité, de biodiversité, de nature en ville et de décarbonation nécessitent, comme nous allons le voir, l’ouverture d’un double chantier de R&D.

Premièrement, un chantier de R&D opérationnelle et expérimentale pour mieux redéfinir et prototyper nos actions de transformation des territoires, d’en découvrir les conditions de viabilités et, dans la mesure du possible, les effets induits aux degrés 1 et 2101.

Deuxièmement, un chantier de R&D observationnelle et modélisatrice pour mieux connaître et modéliser, qualitativement et quantitativement, les écosystèmes territoriaux afin d’être en mesure de simuler et de prédire leur fonctionnement, leur évolution, leurs propriétés, et ainsi mieux piloter nos actions102.

Qualifier une ville d’organique permet de s’affranchir des rémanences du mythe moderne, pour mieux entrer dans le paradigme de la R&D : une ville – ni même un morceau de ville – n’est jamais imaginée, financée, planifiée et dessinée par un pouvoir central unique. Nous venons de le voir à travers l’exemple de la ville de Paris103, et nous le verrons tout à l’heure avec les cas de Tokyo, Vancouver, Los Angeles ou encore Jakarta, il n’y a pas de grand maître d’ouvrage, ni de grand architecte-urbaniste, dont les finances, l’intelligence et les plans seraient presque seuls responsables de l’état d’une ville telle que nous la connaissons aujourd’hui.

C’est en réalité tout l’inverse qui est vrai. Dans les faits, un village, une ville, une agglomération, un bassin de vie, sont toujours la somme de milliers, de millions de transformations ponctuelles d’un même territoire.

Une ville est organique parce qu’elle résulte de transformations imaginées, décidées et conduites par d’innombrables acteurs, mais également parce que chacun de ces acteurs y est, dans une certaine mesure, libre. Libre d’aller et venir, d’entrer en relation avec d’autres, de trouver dans son environnement de quoi répondre à ses besoins. Libre d’imaginer et d’opérer des projets de transformation de son cadre de vie, en sollicitant diverses compétences, produits et services, et donc libre, finalement, de contribuer à l’évolution et au fonctionnement de la ville dans son ensemble.

En qualifiant un territoire d’organique, nous opérons donc une prise de recul de nature logique qui nous permet d’envisager une modélisation sous 2 angles complémentaires :

1/ D’un côté, nous pouvons construire, progressivement, une compréhension empirique de “qui fait quoi”, prend quelles décisions, en visant quels buts : c’est-à-dire repérer, examiner et modéliser un échantillon des millions d’actions dont chaque territoire est la résultante. Chaque famille d’action peut être itérée et améliorée de façon incrémentale, empirique, voire expérimentale, par un travail de R&D opérationnelle qui permet de faire, aujourd’hui, ce qu’il était impossible de faire hier.

2/ De l’autre côté, nous pouvons observer des régularités – les patterns – parmi les effets induits, cumulés et combinés de ces milliers d’actions, des actions que nous sommes parvenus à identifier, mais aussi, par hypothèse, de celles que nous avons omises, volontairement ou involontairement.

Ces régularités – ces “effets réguliers” – peuvent être décrits et compris, selon nos besoins, comme des “impacts”, des “fonctions” ou des “services” rendus par le territoire. Certaines de ces régularités sont intentionnelles, d’autres non intentionnelles. Certaines sont produites de façon directe, d’autres de façon indirecte. Certaines sont modélisables comme la résultante de mécanismes et de phénomènes connus, quand d’autres ne peuvent être interprétées, à ce stade, que comme propriétés émergentes104 d’une organisation territoriale complexe et vivante.

Malgré notre compréhension toujours partielle des mécanismes qui leur sont sous-jacents, la connaissance de ces régularités nous permet d’évaluer, d’estimer, de simuler le fonctionnement du territoire. Et donc finalement de le produire, de l’aménager et de l’ajuster avec un certain degré de fiabilité et de prédictibilité.

Là encore, notre capacité et notre puissance de modélisation peut progresser, sans cesse, par un travail de R&D qui permet d’améliorer nos interprétations ainsi que la fiabilité de nos prédictions. Mais c’est aussi “grâce” à la nature toujours incomplète et imparfaite de nos modélisations que nous savons, avec certitude, que les options relatives au devenir d’un territoire sont toujours, réellement, plus ouvertes que nous ne le pensons105.

5.2 Choisir la pensée systémique et renoncer à la pensée moralisante

Nos politiques publiques du cadre de vie ont donc manqué, à l’ère néo-industrielle, d’une pensée plus “systémique”, multi-facettes, c’est-à-dire “non fonctionnaliste”.

Seule l’adoption d’une telle pensée fonctionnaliste a pu nous permettre de concevoir une loi telle que celle qui met en place le ZAN, qui vise à interdire de construire dans certaines parties du territoire, sans avancer ce qui devrait être son corollaire positif, à savoir un dispositif qui viserait à autoriser à construire dans d’autres parties complémentaires du territoire, c’est-à-dire au sein des espaces déjà bâtis, en densification. Un tel corollaire est-il difficile à concevoir ? Est-ce trop tard pour aller en ce sens, pour construire une version plus systémique du ZAN ? Absolument pas106.

Toutes les positions institutionnelles et professionnelles condamnent la pensée fonctionnaliste, sectorielle, monodimensionnelle, et appellent de leurs vœux au développement d’approches plus systémiques. Pourquoi, dès lors, la loi ALUR de 2014 était-elle moins simpliste, moins fonctionnaliste et moins bureaucratique que la loi Climat et Résilience de 2021 et ses décrets et circulaires de 2022, 2023 et 2024107 ? Sans doute à cause de l’esprit du temps et, en particulier, de cette forme de moralisme qui s’immisce progressivement dans le débat politique et technique, en le simplifiant. Est-ce un problème que le registre moral se soit immiscé, à travers un vocable spécifique dans nos débats quotidiens d’aménagement du territoire ? Oui, dans la mesure où le raisonnement moral, qui est bien souvent une justification morale, opère une forme de simplification à la fois des problèmes et des réponses à y apporter. La morale nous sert, employée à bon escient, à prendre des décisions sans avoir à concevoir une réflexion spécifique à une situation donnée. N’apprend-on pas aux enfants qu’on ne vole pas, quelles que soient les circonstances. Qu’on ne ment pas, quel que soit l’interlocuteur ? Mais peut-on réellement convenir, de la même manière, qu’il faudrait construire moins, quel que soit le contexte ? Qu’il faudrait rénover plutôt que construire neuf, quelle que soit la localisation ? Certainement pas. Comment prendre gare à ne pas retomber dans ces travers de raisonnement ? En veillant à ne jamais adopter des postulats “toutes choses égales par ailleurs”, c’est-à-dire des postulats moraux.

La morale introduit, dans des champs qui devraient relever d’une approche à la fois politique et technique, parce qu’ils sont complexes, vivants, et soumis à des variations continues, un puissant facteur de simplification des problèmes, qui prépare le terrain à la pensée fonctionnaliste et à ses effets rebond. Il nous faut faire l’effort de la refuser, là où elle est inopérante, c’est-à-dire dans tous les champs de questionnement de la ville et des territoires.

C’est lorsque l’on considère qu’artificialiser les sols est une mauvaise chose en soi que l’on ne peut imaginer un plan, fonctionnaliste, qui conduira au Zéro Artificialisation Nette tel qu’il est aujourd’hui conçu. Pourquoi ? Parce que cette action, au lieu d’être jugée comme une option techniquement et politiquement potentiellement pertinente, activable selon les besoins et les circonstances, est, a priori, considérée comme quelque chose de bien en soi, comme un précepte dont les impacts seront nécessairement positifs.

Conséquence : on crée une rareté artificielle de terrains constructibles, on fait le jeu de la spéculation foncière, on fait monter les prix de l’immobilier et on exclut, finalement, les classes moyennes et modestes des territoires dans lesquels elles ont besoin de vivre parce qu’elles y travaillent. La première des précautions, si nous souhaitons sortir du fonctionnalisme, et construire un urbanisme organique, c’est donc de ne jamais céder aux simplifications de raisonnement que nous propose la pensée moralisante en urbanisme, en y renonçant systématiquement.

Faudra-t-il renoncer à un principe aujourd’hui aussi communément admis que celui de “sobriété” ? En urbanisme et en aménagement du territoire, il est probable que oui. Remplaçons la “sobriété foncière” par une “réduction de l’artificialisation des sols là où elle est pertinente”, et autorisons-nous “une certaine artificialisation des sols là où celle-ci est utile et importante”, en nous référant au principe plus précis du “sufficiency” proposé par le GIEC puis à des raisonnements techniques et politiques circonstanciés.

5.3 Partir des usages, réellement

Nous pouvons aller vers un urbanisme organique en réintroduisant une pensée géographique, au sens fort du mot, dans notre aménagement du territoire. Il n’aura en effet échappé à personne que les logements ne peuvent pas être déplacés là où sont les besoins, d’une part, et d’autre part que les stocks de logements vacants ne se situent pas dans les lieux où la demande est forte, là où les emplois se développent et où le marché du logement est tendu.

Nous pouvons tout simplement cesser, dès lors, d’invoquer, avec la désinvolture qui caractérise parfois notre profession d’urbanistes, le besoin d’un simple “aménagement du territoire” pour répondre à cette double tendance, géographique et démographique, que constituent le métropolisation et la littoralisation108. A cette double tendance, qui structure le développement territorial actuel sur tous les continents, nous ne devons plus opposer la croyance fonctionnaliste qu’il suffirait de déplacer les emplois et les services d’un point A à un point B pour que les habitants suivent, quand bien même celle-ci serait légitimée par des principes moraux évidents – en l’occurrence, ne pas entasser les habitants les uns sur les autres, qui plus est, dans des lieux trop denses et pollués.

Non, bien entendu, il ne suffit pas de “mettre” les emplois “ailleurs” grâce à un “aménagement”  : ce raisonnement fonctionnaliste ne s’applique pas bien à l’urbanisme sur dalle – “mettre”, d’une certaine façon, les piétons “en haut” grâce à un “aménagement”, afin qu’ils y soient plus tranquilles pour marcher, n’a jamais donné de bons résultats – comme il ne s’applique pas bien non plus à la résolution des problèmes posés par les grands mouvements migratoires internes au pays.

Nous devons cesser de penser, puis de décider, à la place des habitants, les lieux de vie et les usages qui leur conviendraient le mieux. Si certains territoires sont en surchauffe, pourquoi ne pas “envoyer” quelques paquets d’habitants et d’emplois dans les lieux qui sont abondamment pourvus en logements vacants ? Tout simplement parce que l’urbanisme et l’aménagement du territoire ne vivent pas de nos fantasmes, de ceux des journalistes109 ou de quelques élus110.

Repartons, toujours, de l’équation systémique première de ce que nous appelons une ville, ou un village : faciliter, à un grand nombre de personnes, l’accès111 à une quantité importante de ressources rassemblées, physiquement, dans un lieu central permettant de limiter les déplacements de chacun et donc les coûts induits (en budget, et en temps) par ces déplacements. Si les habitants sont prêts à consentir à tous les efforts permettant d’habiter dans le cœur d’une grande métropole comme Toulouse ou Bordeaux, en termes de prix de l’immobilier, de densité, de pollution et de temps perdu dans les transports, c’est que, contrairement à nous, ils n’ont pas le loisir de prendre leurs rêves pour des réalités. Il est temps de tourner la page de l’urbanisme façon “Sim City” pour inviter les habitants, les usagers, définitivement à la table des négociations. Nous ne pouvons plus nous permettre nos utopies, nous ne pouvons plus nous permettre de dire aux habitants où et comment ils devraient habiter, nous ne pouvons plus nous permettre de refuser aux autres ce que nous nous accordons à nous-mêmes112, c’est-à-dire pouvoir marcher sur la terre ferme et, accessoirement, accéder à un logement décent dans un lieu bien connecté aux emplois, aux services, aux équipements.

5.4 Se connecter à la demande et bannir nos vieux réflexes de pensée

Notre capacité à construire un urbanisme organique dépendra, ensuite, de notre capacité à opérer un ancrage puissant dans la réalité concrète et pratique des acteurs de terrain, lesquels sont, vraiment, connectés à la demande réelle. Poursuivons sur le sujet de l’artificialisation des sols : elle est due, pour les deux tiers, à l’habitat. Pour l’essentiel (les 9/10e), c’est l’habitat individuel, bien plus que l’habitat collectif, qui est consommateur d’espaces non urbanisés113.

Or les Français aspirent, encore pour 80% d’entre eux, à vivre en maison individuelle. Mais ils sont aussi plus de 67% à estimer qu’un terrain de 200 m2 ou moins leur conviendrait114. A-t-on vu de grandes politiques publiques en faveur d’un logement abordable, et sans étalement urbain, partir directement des besoins, des projets et des propriétés des habitants, dont les quelques 20 millions de terrains aménagés hier avec des surfaces beaucoup plus généreuses pourraient, aujourd’hui, être massivement partagés115 pour faire une place à chacun ?

Nous avons connu, à la place, premièrement, une succession d’invectives et de polémiques sur le périurbain, les lotissements et ce qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler la “France moche”116. Nous avons vu, ensuite, une Ministre du logement stigmatiser violemment la maison individuelle, en indiquant qu’elle n’est pas compatible avec l’urbanisme soutenable de demain, alors qu’elle vit elle-même en maison individuelle117. Puis, pour continuer, nous avons vu son successeur, qui habite également dans une maison individuelle dans un quartier dense de Dunkerque, botter en touche118 au moment où on le questionne sur ce sujet, devenu un véritable tabou de l’aménagement du territoire alors qu’il a l’adhésion complète de la majorité des Français et qu’il est compatible avec une urbanisation qui n’artificialise pas de nouvelles terres119.

Le moralisme qui condamne, chez les sachants, et chez les autres, la maison individuelle, et qui forme ainsi de véritables œillères à l’ensemble de l’appareil institutionnel français, doit être aboli.

La maison ne doit plus générer cette défiance de la puissance publique vis-à-vis d’une part entière de la population qui est accusée, implicitement ou explicitement, d’entre-soi, d’un choix délibéré pour un mode de vie individualiste et motorisé, mais aussi d’un manque d’éducation ou de sensibilité à la cause environnementale. Cette défiance, et les réflexes de pensée qui procèdent de cette équation grotesque “maison = mal”, nous devons y renoncer. Il n’est plus possible, si nous souhaitons embrasser le paradigme de l’urbanisme organique, qu’un directeur d’une institution financée par les deniers publics, en l’occurrence le CAUE du Morbihan, puisse déclarer dans le journal local, sans risque pour sa crédibilité, des affirmations aussi lapidaires que celle-ci : pour préserver les sols, “la maison individuelle avec son jardin, c’est fini !”120.

La maison individuelle construite sur des lots libres denses a déjà eu l’occasion, en particulier au moment de l’exode rural provoqué par la révolution industrielle, de loger les ouvriers et leurs familles dans les faubourgs des villes en expansion : citons la mancelle, au Mans, mais aussi l’échoppe bordelaise. “Cette dernière a représenté les deux tiers des nouvelles constructions produites entre 1850 et 1880, tout en réussissant à former un habitat populaire, dense et abordable, aujourd’hui plébiscité par les classes les plus aisées de la métropole.” 121

Bannir la pensée réflexe qui condamne, a priori, la maison, c’est nous ouvrir la possibilité-même de recourir à ce joyau du patrimoine culturel et urbanistique français pour résoudre l’équation complexe de l’aménagement du territoire actuel : c’est nous permettre de voir que la maison, “non pas celle du XXe siècle qui s’étale et se disperse, mais celle du XXIe siècle, qui se love dans les jardins existants, s’épanouit sur les toits et se glisse entre deux maisons”, est aujourd’hui l’une des clés urbanistiques qui pourrait changer la donne en matière de production de logements abordables, et aider les collectivités françaises en tension “à absorber, en douceur, une demande beaucoup plus importante qu’elles ne savent le faire aujourd’hui.”122

5.5 Investir, avec patience, dans la R&D en urbanisme

Pour ouvrir l’ère de l’urbanisme organique, il nous faut comprendre, ensuite, qu’on ne résoudra pas tout, et en particulier la question foncière, avec des lois, des plans, des dispositifs fiscaux et réglementaires, des normes, quand bien même tout ceci serait complété par des injonctions morales et des incitations financières à “changer de comportement”.

Au 21e siècle, dans la plupart des domaines, dans la grande majorité des industries, tout d’abord, la pensée “fonctionnaliste” a laissé sa place à une approche orientée “service”. Les méthodes de “management de la qualité” ne sont pas confondues, ensuite, avec ce qui permet de réaliser de véritables progrès dans la délivrance de ces services : des projets de recherche & développement structurants, qui prennent du temps et demandent un investissement conséquent.

En 2024, la R&D en urbanisme n’en n’est qu’à de timides balbutiements. Nous devons l’aider à émerger plus franchement.

Dans un certain nombre de domaines sectoriels connexes à l’urbanisme et à l’aménagement du territoire, comme les transports, le génie civil et urbain, la fourniture d’énergie, la construction ou encore les équipements permettant l’exploitation et le fonctionnement des bâtiments, de véritables projets de R&D ont été engagés et conduits, qui délivrent leurs lots d’inventions et d’innovations qui sont, plutôt, d’ordre “technologique” : ces briques nouvelles font partie intégrante de l’urbanisme, mais ne constituent pas le fruit d’une R&D spécifiquement urbanistique.

Si pour beaucoup, la R&D existe à l’échelle des composants de la ville, mais pas à l’échelle de l’urbanisme lui-même, lequel reste cantonné à des recherches qui relèvent de l’histoire, des sciences humaines et sociales, éventuellement de l’économie et de l’écologie, il nous faut pourtant envisager des travaux de R&D spécifiques à la discipline de l’urbanisme : un quartier de ville et son évolution sont des objets largement plus complexes qu’un système de chauffage ou qu’un véhicule, d’une part, et qu’une modélisation des flux de mobilité ou de la pollution induite par ces flux, d’autre part. Les premiers principes modernes de l’urbanisme ont émergé dans le courant du 19e siècle, dans une logique de compréhension et de formalisation de l’art développé pendant des siècles par les bâtisseurs des villes123, mais également d’adaptation de cet héritage urbain aux besoins du temps124. Puis les modernes ont prétendu, à l’instar de Le Corbusier, “appliquer” le paradigme “industriel”, légitimé par les progrès technologiques observés dans de nombreux domaines, à la conception – au design, devrait-on dire, tant leur approche fut plastique – et à la production de la ville. Cette application, ou cette transposition, plus métaphorique que réelle, plus “néo-industrielle” qu’industrielle à proprement parler, n’a pas donné lieu à des projets de R&D du même type que ceux ayant permis le développement des industries prises pour modèles, en particulier de celle de l’automobile.

S’il est difficile d’imaginer aujourd’hui, pour beaucoup, des découvertes, des ruptures technologiques en urbanisme qui ne soient pas simplement issues de la digitalisation, de la numérisation, de l’emploi des big datas ou de l’intelligence artificielle appliquée aux sujets de l’urbanisme, mais qui soient, à proprement parler, des innovations urbanistiques, c’est-à-dire des innovations dans notre manière d’organiser, d’aménager et de donner une valeur aux espaces de notre cadre de vie, c’est pourtant dans cette voie que nous devons poursuivre. Pour résoudre les problèmes qui sont posés à l’urbanisme (la consommation des terres naturelles et agricoles par exemple, le prix exorbitant des logements, ou encore la précarité énergétique d’une partie significative de la population125), nous devons avoir la patience, et développer les méthodes de la R&D : formuler des hypothèses opérationnelles, construire des prototypes de services, les tester et les améliorer avant de les déployer.

5.6 Miniaturiser l’urbanisme et ne pas céder aux sirènes de la “pensée globale”

Ainsi, personne, ou presque, n’a envisagé que la réduction drastique de l’artificialisation pourrait ne pas résulter de nouvelles normes, de nouvelles lois et de nouvelles contraintes. Personne, ou presque, n’a envisagé qu’elle pourrait résulter d’innovations de services qui rendraient, un jour, après de patients travaux de R&D, l’extension urbaine obsolète. Tout simplement obsolète. Que le lotissement serait battu et remplacé, commercialement, de façon aussi fulgurante qu’il est apparu126, par un service d’aménagement de l’espace à la fois plus simple, moins cher, répondant mieux aux attentes actuelles, et finalement beaucoup plus performant. Que ce service ne consisterait pas en une refonte complète des chaînes de valeur de l’aménagement et de la production de logements mais, de façon plus chirurgicale, en une modification ponctuelle et stratégique de celles-ci, à fort effet de levier.

Et pourtant, c’est bien sans doute en empruntant cette voie que nos chances de réaliser nos objectifs sont les meilleures.

En 2024, le futur de l’aérospatial se pense de façon miniaturisée127. Celui de l’orthodontie, également128. Et celui de l’urbanisme ? Également. Du moins si nous nous donnons la possibilité de poursuivre le travail de R&D en urbanisme que certains acteurs, comme Villes Vivantes et d’autres, ont initié sur le déploiement, par exemple, de la densification douce129. La filière de la maison individuelle est, pour poursuivre sur cet exemple, relativement miniaturisée, agile, légère. Si l’on se départit de la pensée réflexe qui consiste à éliminer a priori la maison du spectre des solutions, on constate qu’elle possède, concrètement, quatre attributs qui en font la candidate idéale pour constituer le bras armé opérationnel d’une densification douce miniaturisée, déployable à grande échelle sur l’ensemble du territoire national130 : elle est plébiscitée par les Français ; elle est produite à l’unité, sur de petits fonciers qui forment, à l’heure du ZAN, la très grande majorité des fonciers dont nous disposons pour organiser le renouvellement urbain ; elle est produite en autopromotion, c’est-à-dire à maîtrise d’ouvrage habitante, avec des coûts de sortie qui sont compatibles avec le budget d’une large part des Français, dans tous les territoires, tendus comme détendus ; elle est, enfin, un produit local, “bâtie par des centaines de petites et moyenne entreprises implantées partout en France, à la fois constructeurs, maîtres d’œuvre, architectes et artisans capables de construire en milieu contraint selon des scénarios et des programmes sur mesure”. 131

La maison est-elle d’ores-et-déjà vertueuse ? Non, puisqu’elle est, aujourd’hui, la plus grande source de consommation foncière. A-t-elle le potentiel pour devenir l’outil d’une densification douce et l’un des instruments principaux de la résolution de l’équation complexe de l’aménagement du territoire actuel ? Peut-être, et il nous faut, pour le savoir, renoncer aux jugements de “pensée globale” qui la condamnent a priori, nous donner le temps, la patience et les méthodes adéquates pour engager les projets de R&D qui pourront répondre à cette question.

Nous allons le découvrir tout au long de la journée aujourd’hui, à travers une diversité d’exemples132 : les millions d’options que constituent, au sein des territoires, les parcelles et jardins appartenant aux particuliers propriétaires d’une maison, mais aussi, dans la même logique, les places disponibles au sein des véhicules sous-occupés qui circulent, chaque matin, sur les axes irriguant nos bassins d’emplois… ces millions d’options sont une formidable opportunité pour inventer, prototyper, tester et développer de nouveaux “services” pour construire les logements manquants là où les Français en ont besoin, préserver et renforcer la biodiversité, de façon effective, faire baisser l’artificialisation des sols, réellement.

Une formidable opportunité, donc, pour engager un travail le R&D nécessaire à la construction de l’urbanisme organique.

6 Expérimenter l’urbanisme organique : à la recherche des effets rebonds positifs

6.1 Mettre le bottom up au service de l’effet de levier de nos actions

Je voudrais terminer en vous présentant les premières conclusions expérimentales auxquelles nous sommes arrivés, en travaillant depuis dix ans chez Villes Vivantes, à rechercher les solutions organiques qui pourraient nous aider à résoudre cette crise du logement, qui est, en réalité, aussi une crise de l’aménagement du territoire.

Figure 31: Les expérimentations de densification douce conduite par Villes Vivantes de 2013 à 2023 : 10 années de R&D pour bâtir l’urbanisme organique appliqué au sujet du logement

Au cours des 10 dernières années, nous avons travaillé dans 211 territoires en France, avec des collectivités pour lesquelles nous avons tenté de concevoir des stratégies sur mesure, adaptées à leur contexte. 211 collectivités, mais surtout 9’000 habitants, propriétaires actuels ou futurs occupants de leurs logements, avec qui nous avons co-conçu quelques 12’000 projets de réhabilitation, de reconfiguration de bâtiments existants ou de construction de nouveaux logements.

La première chose que nous avons découverte, c’est que, pour changer de braquet, si nous souhaitons réellement atteindre plus rapidement des résultats concrets, c’est clairement le bottom-up qui est le levier à actionner : en partant des besoins sur mesure, et des situations particulières des habitants, en envisageant les possibilités de chacun, par exemple, ici, ceux d’une personne âgée qui vit dans une maison seule à Bordeaux, avec un étage, qui va réaménager son rez-de-chaussée avec une extension, libérer un appartement au premier étage et un studio au deuxième, et ainsi permettre la construction d’une petite maison familiale à l’arrière. Alors, nous passons d’une parcelle de 400 m2, qui accueillait un habitant, dans un logement inadapté, à sept habitants, dans quatre logements différents, développés de façon organique par reconfiguration, rénovation et extension du premier bâtiment.

Figure 32: Scénarios de densification douce à l’échelle d’une échoppe bordelaise, datant de la fin du 19e siècle : habitée par une personne âgée vivant seule, cette propriété peut évoluer 1/ en aménageant, au RDC, une extension permettant d’accueillir chambre et salle de bain en plus des pièces de vie pour créer un plain-pied adapté aux vieux jours ; 2/ en aménageant à l’étage un T2 avec une terrasse construite au-dessus de l’extension ; 3/en ajoutant un étage pour construire un studio et sa terrasse côté rue ; 4/ en partageant et en plantant le jardin pour y bâtir, à l’arrière, une petite maison pour un jeune couple avec enfants. D’un logement inadapté, on passe à quatre logements répondant à des besoins sur mesure.

Nous sommes donc capables, sur une petite parcelle en ville comme celle-ci, de faire un “fois 7”. Voici un deuxième exemple : un habitant de Sotteville-lès-Rouen a décidé d’aménager, sur une petite parcelle de 150 mètres carrés, un jardin qui lui a permis de multiplier par 15 le nombre d’espèces présentes sur sa parcelle133 (“fois 15”). Un cas d’école sur l’impact des pratiques et des usages du jardinier en matière d’accueil de biodiversité et de services écosystémiques.

Figure 33: Le nouveau propriétaire décide de faire table rase. Son objectif, avec ce jardin, est de découvrir jusqu’où il est capable d’aller en termes d’autonomie alimentaire en empruntant l’approche de la permaculture. Ont suivi 10 années d’expérimentation et d’optimisation d’un système de gestion du jardin qui aboutissent à un exemple frappant du potentiel des petits jardins urbains en termes de biodiversité, mais aussi de simplification des actions de maintenance (en 2019 le jardinier indique passer moyenne 3 heures par semaine dans son jardin) et de productivité nourricière avec plus de 300 kg de légumes et fruits produit par an en moyenne.

Nous voici, pour un 3e exemple, à Épinal : la collectivité décide d’investir dans un service BIMBY-BUNTI mis à la disposition de ses habitants. Un coût de 6’000 euros TTC en ingénierie de conception, du diagnostic, d’analyse des besoins et d’’élaboration d’un programme, jusqu’à la conception de scénarios pour convaincre le propriétaire de la parcelle, qui vient de rénover les logements qui sont à l’avant, de produire des logements supplémentaires dans un vieux hangar de 400 mètres carrés qui n’est pas utilisé et situé juste à l’arrière.

Avec 6’000 euros d’investissement public, nous arrivons à déclencher 150’000 euros d’investissement privé pour redonner un usage à ce bâtiment vacant, c’est-à-dire un effet de levier “fois 30”, là où aujourd’hui nos dispositifs de soutien à la rénovation ou de sortie de vacance sont plutôt, en France, construits pour obtenir des effets de leviers de 1 pour 1, c’est-à-dire que quand l’État met un euro, le porteur de projet met un euro également134.

Figure 34: Après les logements réhabilités en front de rue pour des locatifs, les propriétaires se lancent dans un projet de reconversion du hangar situé à l’arrière, pour eux-mêmes !

Cet effet de levier, qui peut être développé à la parcelle, nous pouvons ensuite l’envisager à l’échelle d’un îlot : les parcelles bâties sont nombreuses en France, et les porteurs de projet potentiels, c’est-à-dire ceux qui ont des besoins et des idées, sont nombreux également.

Figure 35: Scénario de densification douce d’un tissu urbain villageois à une vitesse de 2%/an pendant 10 ans : trois logements supplémentaires ont été créés sous forme de nouvelles maisons (en rose), et trois bâtiments ont été reconfigurés et agrandis afin de permettre la création d’un nouveau logement par subdivision interne (en jaune). A l’échelle de la France, si l’on applique cette vitesse de densification douce aux 9 millions de maisons qui sont situées dans les communes de plus de 10 000 habitants et leurs communes limitrophes, on aboutit à une production de 180’000 nouveaux logements/an situés à proximité des emplois, équipements et services.

Ce que nous pouvons observer, c’est qu’avec des vitesses d’activation des projets relativement faibles, de l’ordre de 1%/an, en partant du stock des 20 millions de maisons individuelles qui existent en France, nous sommes en situation de produire, potentiellement, des quantités d’espaces habitables, de jardins et de surfaces de plancher supplémentaires (dans une forme d’habitat adaptée sur mesure, produits à la demande) qui sont du même ordre de grandeur de ce que l’on produisait chaque année en France lors des “bonnes” années de construction de maisons individuelles (environ 200’000 maisons et jardins).

En travaillant sur 1% de la ville existante chaque année avec les effets de levier que nous venons d’observer, qui peuvent faire “fois 7” en nombre d’habitants logés, “fois 15” sur les essences végétales qui sont présentes sur un terrain, et “fois 30” sur l’investissement public pour engendrer des projets privés, nous sommes, à 1%/an, dans l’épure de ce que nous avons besoin de produire en France, non seulement pour accueillir tout le monde, mais également pour refaire une place centrale à la nature en ville et transformer progressivement les tissus urbains en une version à la fois plus fraîche, plus intense et plus jardinée d’eux-mêmes.

6.2 Mettre les effets rebonds dans le bon sens

La deuxième chose que nous avons apprise, c’est que si l’on souhaite mettre les effets rebonds dans le sens positif, afin qu’ils amplifient les effets des politiques publiques, plutôt qu’ils ne les détériorent, nous devons nous efforcer de ne pas aller “contre la nature” des choses.

Figure 36: Une maison vacante à Épinal, rénovée et reconfigurée grâce au service BUNTI proposé par la ville.

Ne pas aller contre la nature, c’est, tout simplement, suivre, non pas passivement mais activement – c’est-à-dire en faisant preuve d’une capacité de conception et de proposition - les besoins et les désirs des personnes. Je vous propose de prendre cette petite maison en exemple, située à Épinal également. Vous voyez ici à gauche, l’état initial de la maison, vacante depuis plusieurs années, telle qu’un investisseur s’est mis en tête de l’acheter pour la rénover et l’isoler.

En travaillant un peu sur son projet, non seulement sur le sujet de l’isolation, comme nous y aurait conduit les démarches de projet centrée uniquement sur cet objectif, mais également sur son éclairage, dans le cadre du service BUNTI proposé aux habitants d’Épinal, nous voici à envisager l’ajout d’ouvertures supplémentaires, ainsi qu’une terrasse au-dessus du garage. Cette terrasse ne sert à rien, a priori, mais elle va, en fait, commencer à construire une meilleure habitabilité de la maison dans son ensemble.

Figure 37: Franceline et sa famille ont trouvé leur bonheur dans le centre-ville d’Épinal, dans une maison auparavant vacante depuis de nombreuses années.

Avec cette reconfiguration complète, qui comprend une chambre en plus dans les combles, cet investisseur arrive à accueillir Franceline et sa famille, à Épinal. Elle nous disait pourtant, au départ, que “jamais elle n’habiterait ici, à Épinal”. Car les familles sont à la recherche, dans la région, d’un grand jardin et de deux places de stationnement, nous expliquait-t-elle. “Vivre en centre-ville, ça va bien quand on est jeune, mais avec des enfants, ça ne marche pas”. Et la crise sanitaire n’a pas inversé la donne en faveur du centre-ville d’Épinal, bien au contraire. Toutefois, l’investisseur en question n’a pas seulement travaillé sur l’isolation de la maison, mais aussi sur les fenêtres, les portes, la façade, l’isolation, la chambre en plus sous les combles, ce qui lui permet d’attirer Franceline qui habitait, jusqu’ici, à 15 km d’Épinal et qui peut, aujourd’hui surveiller ses enfants qui vont jouer dans le parc juste en face, depuis sa terrasse ! C’est en réalité cette petite terrasse, qui n’a l’air de rien, et qui a été construite au-dessus du garage, qui a déclenché la décision d’une famille de revenir habiter dans le centre-ville d’une ville moyenne d’un territoire au marché immobilier très largement détendu : une performance remarquable.

Figure 38: L’effet rebond positif sur le bilan carbone de la très bonne localisation de la nouvelle maison de Franceline et sa famille : le fait d’habiter dans la ville centre, plutôt que 15km plus loin, a un impact décisif sur le bilan carbone familial.135

Quand nous observons le bilan carbone d’une construction, et cela fait partie des sujets qui seront approfondis dans la journée de demain136, nous observons qu’une part considérable du bilan carbone de la construction est liée non seulement à sa construction (la partie basse du graphe ci-dessous), non seulement à son système de chauffage (la partie haute du graphe ci-dessous), mais aussi aux mobilités quotidiennes que les habitants réalisent selon la localisation de leur logement. Certes, nous n’éviterons pas forcément l’effet rebond sur la rénovation énergétique, décrit plus haut en introduction : cette maison, bien isolée, permettra à ses locataires de s’y chauffer confortablement. Par contre, le fait que nous ayons travaillé sur autre chose que la simple isolation de la maison, que nous ayons visé d’autres objectifs que la simple performance énergétique du bâti, nous a permis de déclencher la décision d’habiter dans la ville centre qui fait que le gain carbone que nous n’obtiendrons que très partiellement grâce aux performances énergétiques du bâtiment, nous l’obtiendrons via les déplacements quotidiens des membres de la famille : Franceline va désormais à pied à l’hôpital, et emmène ses enfants à l’école à pied, chaque jour.

Voici un deuxième exemple, dans une commune des Vosges, toujours avec un accompagnement BUNTI opéré par Villes Vivantes, cette fois pour le SCOT des Vosges Centrales : cette personne, qui a son cabinet de psychologie au rez-de-chaussée de sa maison, son logement en haut, et un grenier tout en haut, cherche à améliorer son propre confort en construisant une terrasse. Elle pense à créer un accès indépendant à cette terrasse, puis à la couvrir. Le budget monte un peu. Tant qu’à faire, si ce budget monte, se dit-elle, peut-être serait-ce une bonne idée de proposer à son fils adolescent de bénéficier d’un logement indépendant dans le grenier. Lorsqu’il partira, ce logement indépendant pourrait être loué, si l’on prolonge l’accès qui mène à la terrasse. Nous voici quasiment à 30’000€ de travaux que nous pouvons imaginer financer en détachant une partie du terrain, qu’elle vendra comme terrain à bâtir.

En partant simplement d’un problème de confort, c’est-à-dire ici du désir d’un balcon, puisque c’est le cabinet qui se situe au rez-de-chaussée, et que cette personne ne dispose pas d’espace extérieur donnant directement sur ses pièces de vie, on progresse vers un projet plus ambitieux, qui crée finalement deux logements supplémentaires, sur la même parcelle ! Le changement de braquet ne provient pas d’une tentative d’expliquer, à l’habitant, les tenants et les aboutissants de l’urbanisme soutenable. Il ne provient pas non plus d’une forme de morale, d’une incitation à veiller à adopter des comportements plus sobres. Il provient, finalement, d’une forme de suite logique d’idées, de besoins, de raisonnements concrets dans la poursuite d’une aspiration : profiter d’un espace extérieur accessible directement depuis les pièces de vie. L’effet de levier positif ne vient pas lorsque nous allons contre le besoin de la personne. Il bascule du bon côté lorsque nous commençons par répondre, au contraire, à ses besoins et ses aspirations les plus immédates, lorsque nous suivons ses premières intentions en imaginant des scénarios successifs. C’est ainsi, par expérience, que nous parvenons à des effets positifs, non seulement pour le confort de la personne porteuse du projet initial, mais pour le confort d’autres personnes qui vont pouvoir venir s’installer ici et profiter du même jardin…

Figure 39: D’un projet de terrasse, à la création d’un logement indépendant sous les combles et d’une deuxième maison dans une partie du jardin…

Voici ici un troisième exemple, toujours à propos d’une terrasse. Ce petit terrain de 75 mètres carrés, situé à Périgueux en Dordogne, sert à stationner la voiture de Céline. Céline a une toute petite fenêtre, qu’elle souhaite agrandir pour faire entrer plus de lumière dans son salon. Au retour de ses vacances au Maroc, celui-ci lui semble en effet bien sombre. En suivant les désirs de Céline, nous voici à dessiner, non pas une fenêtre plus grande, mais une baie vitrée. Et derrière cette baie vitrée, une terrasse, qui lui permettrait d’admirer les collines entourant Périgueux. Et sous cette terrasse, finalement, un logement étudiant, pour un étudiant en médecine : Céline sait qu’ils sont à la recherche de logements confortables avec de petits coins de verdure. Nous nous arrangeons donc pour que le logement, sous la terrasse, donne sur un patio ouvert. Lequel pourra être utilisé, également, par un 2e logement étudiant. Et voici, là encore, à partir d’une maison et de son terrain résiduel de 75 m2, en suivant le désir de confort d’une personne, un scénario à fort effet de levier puisque l’on parvient à multiplier par 3 le nombre de logements présents sur la parcelle, tout en améliorant fortement la qualité de vie du premier.

Figure 40: A Périgueux, dans le cadre de l’opération BIMBY conduite entre 2016 et 2021 par Villes Vivantes en partenariat avec la Ville, un espace résiduel de 75 m2, qui servait de stationnement à la propriétaire de la maison située à gauche, accueille désormais 1/ une terrasse sur laquelle ouvre une baie vitrée qui apporte à la maison existante une lumière nouvelle et un espace extérieur avec vue, 2/ la place de stationnement conservée et 3/ deux studios loués à des étudiants en médecine, partageant un patio commun. 250 projets de nouveaux logements ont ainsi été autorisés en 5 ans.

6.3 Maîtriser l’effet levier par une compétence opérationnelle multifacette

Voici la troisième et dernière découverte que je voudrais vous partager avant de conclure : ce sera l’objet, finalement, de l’ensemble de nos échanges du jour, et particulièrement de ceux de ce soir avec les 30 entreprises qui viendront nous présenter les nouveaux métiers qu’elles sont en train de construire137.

Figure 41: Le lotissement de Ramatuelle est l’une des plus belles réalisations urbanistiques en France, composée de lots libres denses, chaque lot a été acheté et bâti par un propriétaire différent.

Nous observons, en première approche, à partir de notre expérience, que ce paradigme de l’urbanisme organique est très consommateur de compétences techniques. Produire à l’avance un projet de promotion immobilière est quelque chose de compliqué et risqué, comme on peut l’observer tout particulièrement en ce moment. Mais pour répondre de façon sur mesure à des besoins qui s’expriment différemment en fonction des personnes, le niveau de complexité technique passe à un niveau supérieur : la compétence technique, nécessairement multifacettes, devient la pierre d’angle du processus.

L’image ci-dessus, qui est une vue aérienne du petit village de Ramatuelle, dans le Var qui illustre ce niveau de technicité et d’agilité que nous devons mobiliser pour déployer cet urbanisme organique, tant du point de des infrastructures, des équipements et des espaces publics, portés par la collectivité qui prépare, pense, viabilise et définit les grandes lignes du développement, que du point de vue de la construction, sur chaque parcelle, d’un projet sur mesure, adapté à son contexte et aux besoins, ainsi qu’aux désirs de ses habitants, actuels et futurs.

Ce développement organique, lorsqu’il progresse, aboutit à des villes et des villages, des quartiers, des tissus urbains aux propriétés exceptionnelles.

Voici, ici, Paris, à travers une carte produite par l’Apur138. Chaque parisien a, à 5 minutes à pied de chez lui, une boulangerie, une pharmacie, un point presse ainsi qu’une librairie. Ce n’est pas ce qui a été programmé, planifié, ni pensé au départ. Paris n’a pas été faite pour cela. Mais l’une des conséquences de toutes les actions de fabrication de la ville de Paris, du tissu urbain parisien, est de créer, indirectement, par des effets de densité ce niveau de confort unique en France.

Figure 42: La densité organique parisienne et l’accessibilité aux commerces et services de proximité.

Voici, ci-dessous, Tokyo : je vais laisser la parole à Jorge Almazán, dans quelques minutes, qui nous parlera de l’évolution organique du tissu urbain de la capitale japonaise139. Mais voici d’ores-et-déjà un point singulier : les activités qui se développent en pied d’immeuble, au niveau de la ruelle, n’ont été ni planifiées, ni décidées, ni organisées. Elles ont été rendues possibles. “Cela va sembler fou, mais pour toute maison en rangée de deux étages à Tokyo, le propriétaire peut, de droit, exploiter un bar, un restaurant, une boutique, un petit atelier au rez-de-chaussée - même dans les quartiers les plus résidentiels de la ville. Cela signifie que vous avez une offre incroyable de micro-espaces potentiels. N’importe quel propriétaire âgé pourrait décider de louer le rez-de-chaussée de sa maison à un jeune qui veut ouvrir un café, par exemple.”140

Figure 43: La vitalité des rez-de-chaussée tokyoïtes.

Et enfin, un dernier exemple. Du temps où l’on a construit la ville de La Rochelle, les émissions de gaz à effets de serre n’étaient pas une préoccupation. Lorsque nous mesurons, aujourd’hui, le bilan carbone des habitants de l’agglomération de La Rochelle, ce dont nous pouvons nous apercevoir, c’est que la ville qui est la plus intense, la plus belle, la plus structurée du territoire, La Rochelle, a aussi des vertus en termes de bilan carbone, en particulier au niveau des mobilités du quotidien141, qui sont supérieures aux autres communes.

Figure 44: La Rochelle n’a pas été pensée pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais sa configuration spatiale présente des vertus qui permettent aujourd’hui à ses habitants de se déplacer au quotidien en utilisant très peu les modes de transport motorisés.

Je finirai donc sur ce point : nous sommes capables de produire des projets et des territoires dont les résultats, les qualités, les propriétés dépassent les simples buts qui ont été poursuivis par les acteurs qui en ont été les bâtisseurs.

C’est cette idée que le paradigme de la ville organique poursuit : nous avons besoin de retrouver une certaine confiance dans la nature des actions que nous engageons pour transformer les territoires : construire, densifier, rénover, agir sans avoir peur des effets rebond. Nous pouvons retrouver cette confiance et ce niveau de performance si nous abandonnons la pensée fonctionnaliste, si nous quittons le paradigme néo-industriel qui fait du standard la norme, si nous embrassons les méthodes systémiques de la recherche & développement et si nous partons des besoins des habitants, en commençant par nous mettre, vraiment, à leur service.

N’allons pas contre la nature et suivons, en déployant des facultés de conception avancées, les aspirations et les désirs des personnes qui se présentent à nous. En procédant de cette façon, nous disposons de pistes sérieuses pour résoudre les problèmes, comme celui du ZAN, qui nous résistent aujourd’hui et face auxquels nous nous sentions, jusqu’ici, quelque peu désemparés. Faisons en sorte, avec des millions d’habitants, que tout ceci soit bientôt de l’histoire ancienne.

Notes de bas de page

  1. https://organiccities.co/sequence/construire-des-villes-vivables.↩︎

  2. https://organiccities.co/sequence/soutenabilite-des-densites-urbaines.↩︎

  3. Timbeau, X. (2024, 18 janvier). Modéliser l’accessibilité aux emplois : faut-il déconcentrer les emplois ou regrouper les logements ? Leçons de la Rochelle, Clermont-Ferrand et Marseille. Organic Cities, Paris. Sciences Po & Villes Vivantes. https://papers.organiccities.co/modeliser-l-accessibilite-aux-emplois-faut-il-deconcentrer-les-emplois-ou-regrouper-les-logements-lecons-de-la-rochelle-clermont-ferrand-et-marseille.↩︎

  4. https://organiccities.co/sequence/le-logement-abordable-a-la-rescousse-de-la-demographie.↩︎

  5. Almazan, J. (2024, 18 janvier). Les modèles de micro-urbanisme spontané ou l’émergence de Tokyo. Organic Cities, Paris. Sciences Po & Villes Vivantes. https://papers.organiccities.co/les-modeles-de-micro-urbanisme-spontane-ou-l-emergence-de-tokyo↩︎

  6. https://organiccities.co/sequence/le-debat—demetropolisation-une-hypocrisie-francaise↩︎

  7. Miet, D. (2024, 18 janvier). Devrions-nous rénover tous les bâtiments bien que certains soient éloignés des centres urbains ou construire plus de logements neufs au coeur des agglomérations ? Une réévaluation des besoins en logements en France. Organic Cities, Paris. Sciences Po & Villes Vivantes. https://papers.organiccities.co/devrions-nous-renover-tous-les-batiments-bien-que-certains-soient-eloignes-des-centres-urbains↩︎

  8. Jacobs, J. (1993). The death and life of great American cities. Vintage Books.↩︎

  9. Gregoire, E. (2024, 18 janvier). Paris, ville organique, fruit de siècles d’histoire et de ferveur.Organic Cities, Paris. Sciences Po & Villes Vivantes. https://papers.organiccities.co/paris-ville-organique-fruit-de-siecles-d-histoire-et-de-ferveur.↩︎

  10. Voir la séquence “Crise du logement … et si ?” (https://organiccities.co/sequence/crise-du-logement-et-si).↩︎

  11. Voir la séquence “Coopérer avec des milliers d’habitants pour construire des territoires abordables” (https://organiccities.co/sequence/cooperer-avec-des-milliers-dhabitants-pour-construire-des-territoires-abordables).↩︎

  12. Nous commencerons par la séquence “Débloquer la production “bottom-up” du logement abordable” (https://organiccities.co/sequence/debloquer-la-production-bottom-up-du-logement-abordable).↩︎

  13. Nous entamerons la seconde journée par une séquence intitulée “La densité, quadrature des politiques d’aménagement ?” (https://organiccities.co/sequence/la-densite-quadrature-des-politiques-damenagement).↩︎

  14. “L’homme est capable de faire ce qu’il est incapable d’imaginer”, citation issue de Char, R. (1946). Feuillets d’Hypnos. Editions Gallimard, coll. Espoir.↩︎

  15. ADEME. (2024). Changer les comportements, levier de la transition énergétique. Dossier en ligne. https://www.territoires-climat.ademe.fr/ressource/296-103↩︎

  16. Fondation Abbé Pierre. (2024, février). L’État du mal logement en France 2024. Rapport annuel #29. https://www.fondation-abbe-pierre.fr/sites/default/files/2024-01/REML2024.pdf et Rivaton, R. (2022, février). Le logement, bombe sociale à venir. Real Estech. https://realestech.eu/wp-content/uploads/2022/02/Robin-Rivaton-Logement-bombe-socialeavenir-Fe%CC%81vrier-2022.pdf.↩︎

  17. Miet, D. (2023, mars). Région : quand les tensions sur les marchés de l’emploi et du logement se recoupent. Le guide des villes vivantes. https://vv.guide/tensions-sur-les-marches-de-lemploi-et-du-logement-se-recoupent-691/.↩︎

  18. Miet, D. (2023, août). Sobriété immobilière et baisse des naissances : la boucle serait-elle bouclée ? Le guide des villes vivantes. https://vv.guide/sobriete-immobiliere-et-baisse-des-naissances-la-boucle-serait-elle-bouclee-10238/.↩︎

  19. Miet, D. (2023, août). Quel est l’impact carbone de notre incapacité à accueillir les habitants qui le souhaitent dans le cœur des grandes agglomérations ? Le guide des villes vivantes. https://vv.guide/impact-carbone-de-notre-incapacite-a-accueillir-les-habitants-3848/↩︎

  20. L’empreinte carbone moyenne d’un Français est imputable pour 36% à l’urbanisme et à l’aménagement du territoire : 2,7 tCO2eq/habitant, soit 27%, pour les mobilités, 1,9 tCO2eq/habitant, soit 19% pour le logement. Source Carbone 4.↩︎

  21. Au point que beaucoup se sont pris à rêver d’un “monde d’après” marqué par un fort exode urbain, c’est-à-dire l’inverse du phénomène de métropolisation en cours, observé en France depuis le début des années 2000.↩︎

  22. Caraire, D., (2024). Que se passe-t-il lorsqu’on raisonne sur des Français théoriques, habitant des logements théoriques ? Le guide des villes vivantes. https://vv.guide/renovation-energetique-depasser-les-raisonnements-theoriques-16872/.↩︎

  23. Comptes du logement, 41,5 milliards € en 2024.↩︎

  24. F. L. (2024, mai). Fraudes sur MaPrimeRénov’ : “préoccupation très forte” du Premier ministre. Batiactu. https://www.batiactu.com/edito/fraudes-sur-maprimerenov–preoccupation-tres-forte-68572.php.↩︎

  25. Patrigeon, C. (2024, mai). Logement : l’Ademe persiste et signe en faveur des rénovations performantes. Batiactu. https://www.batiactu.com/edito/logement-pouvoirs-publics-persistent-et-signent-sur-68583.php↩︎

  26. Caraire, D. (2010, 9 juillet). Sensibilisation des acteurs institutionnels à une approche élargie de la précarité énergétique. Rapport Final 1.2, PratiCité. https://www.urbanisme-puca.gouv.fr/IMG/pdf/energie_institutionnels_jul2010.pdf.↩︎

  27. Greenstone, M., Fowlie, M., & Wolfram, C. (2018). Do Energy Efficiency Investments Deliver? Evidence from the Weatherization Assistance Program. Quarterly Journal of Economics. https://www.michaelgreenstone.com/wap.↩︎

  28. Gedaschko, A. (2020, juillet). Daten und Trends der Wohnungs- und Immobilienwirtschaft 2019/2020. Die Wohnungswirtschaft in Deutschland. [https://www.gdw.de/media/2020/07/jpk2020-praesentation-1.6-mit-kmt-o-bs-.pdf(https://www.gdw.de/media/2020/07/jpk2020-praesentation-1.6-mit-kmt-o-bs-.pdf).]↩︎

  29. Astier, J., Salem, A., Fack, G., Fournel, J., Maisonneuve, F. (2024, janvier). “Performance énergétique du logement et consommation d’énergie : les enseignements des données bancaires”. Conseil d’analyse économique, Focus n° 100 du 3 Janvier 2024.↩︎

  30. Caraire, D., (2024, janvier). Que se passe-t-il lorsqu’on raisonne sur des Français théoriques, habitant des logements théoriques ? Le guide des villes vivantes. https://vv.guide/renovation-energetique-depasser-les-raisonnements-theoriques-16872/.↩︎

  31. Coloos. B. (2024, 25 avril). De fortes interrogations sur l’impact réel de la rénovation énergétique. Politiquedulogement.com. https://politiquedulogement.com/2024/04/de-fortes-interrogations-sur-limpact-reel-de-la-renovation-energetique/.↩︎

  32. Caraire, D., (2024, 15 janvier). Que se passe-t-il lorsqu’on raisonne sur des Français théoriques, habitant des logements théoriques ? Le guide des villes vivantes. https://vv.guide/renovation-energetique-depasser-les-raisonnements-theoriques-16872/.↩︎

  33. Agence d’Urbanisme de Bordeaux (2023, décembre). Construction de logements et évolutions démographiques. https://www.aurba.org/productions/construction-de-logements-et-evolutions-demographiques/.↩︎

  34. Serhani, S. (2024, février). À Bordeaux, opération séduction pour recruter dans les crèches. Sud Ouest. https://www.sudouest.fr/bordeaux/a-bordeaux-operation-seduction-pour-recruter-dans-les-creches-18656434.php↩︎

  35. Hurmic, P. (2023, janvier). Changement climatique : ménageons notre territoire. News tank cities. https://cities.newstank.fr/article/view/276659/changement-climatique-menageons-territoire-pierre-hurmic-maire-bordeaux.html.↩︎

  36. Cé. K. (2021, 27 octobre). Savez-vous pourquoi Metz a créé seulement 12 ruches en ville ? Le Républicain Lorrain. https://www.republicain-lorrain.fr/environnement/2021/10/27/savez-vous-pourquoi-metz-a-cree-seulement-12-ruches-en-ville.↩︎

  37. Galliker, F. (2022, 14 février). L’apiculture urbaine pourrait nuire aux abeilles. News WSL.↩︎

  38. Hanss, T., (2023). Introduction d’abeilles mellifères en milieu urbain : attention aux effets rebond ! Le guide des villes vivantes. https://vv.guide/introduction-dabeilles-en-milieu-urbain-quels-effets-rebond-17643/.↩︎

  39. Le congrès du CIAM 3 tenu en 1930 avait pour thème : “Étude du lotissement rationnel. Les méthodes rationnelles pour la construction des groupements d’habitation”.↩︎

  40. Le fonctionnalisme “trouve son origine dans la transposition sommaire de la vision mécaniste du corps développée par la physiologie au XIXe siècle. Il a trouvé son plein épanouissement au XXe siècle, devenant même un mode de pensée dominant dans le champ de l’urbanisme et de la production du logement au lendemain de la seconde guerre mondiale ; mais c’est aussi dans le dernier quart de ce siècle qu’il sera âprement discuté et remis en cause.” ; “Il reste cependant une forme de pensée encore profondément ancrée dans les habitudes de certains corps de métier ou de certaines administrations, qui ont tendance à raisonner et à agir dans leur domaine d’attribution sans prendre en considération les relations dans lesquelles s’inscrivent les objets qu’ils ont à traiter”. selon Daniel Pinson, https://politiquedulogement.com/dictionnaire-du-logement/f/fonctionnalisme/ (mars 2015).↩︎

  41. Séparer, pour plus d’efficacité, le travail, le loisir, la vie et les infrastructures de transport.↩︎

  42. Ce qui est logique dans la mesure où ces démarches sont le plus souvent pilotées par les maîtrises d’ouvrage et leur assistant à maîtrise d’ouvrage en matière de certification, de normalisation ou de labélisation.↩︎

  43. Lancé en décembre 2012, le label ÉcoQuartier répond à l’objectif fixé par l’article 7 de la loi de programmation du 3 août 2009 relative à la mise en en œuvre du Grenelle de l’environnement (https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000020949548). L’État a la mission d’encourager “la réalisation, par les collectivités territoriales, d’opérations exemplaires d’aménagement durable des territoires” et plus particulièrement des opérations d’ÉcoQuartier dans les territoires qui ont des “programmes significatifs de développement de l’habitat”. L’ADEME a été précurseur avec la création en 2001 de l’Approche Environnementale de l’Urbanisme (https://www.hauts-de-france.developpement-durable.gouv.fr/?L-Approche-Environnementale-de-l-Urbanisme-AEU).↩︎

  44. Enée, V. (2024, 22 janvier). Où seront plantés les 500 arbres annoncés dans le centre-ville de Rennes, d’ici à 2028 ? Ouest France. https://www.ouest-france.fr/bretagne/rennes-35000/ou-seront-plantes-les-500-arbres-annonces-dans-le-centre-ville-de-rennes-dici-a-2028-2bc915d6-b939-11ee-b555-02d8a57a04de.↩︎

  45. Un exemple, parmi d’autres : la ville de Montpelier a entrepris de planter 8 ormes sur la place de la comédie, pour un budget de 2,1 millions d’euros (fosses) et un achat de 300 000€ (les 8 sujets). Parmi les réactions : “Ces arbres seront le symbole d’une écologie gadget, d’une écologie bling-bling, qui n’a rien à voir avec la véritable écologie”. “Je ne veux pas être pessimiste, mais avant que ces arbres fassent de l’ombre, je ne serai plus de ce monde”. “Ici, nous célébrons l’adaptation de notre ville au changement climatique. La transformation de la place de la Comédie symbolise, décennie après décennie, comment Montpellier relève les défis de l’époque”. N. Bonzom (2023, 22 novembre). Des arbres sur du béton à Montpellier ? “Greenwashing”, dit l’opposition. 20 minutes. https://www.20minutes.fr/societe/4063289-20231122-montpellier-arbres-plantes-beton-comedie-opposition-greenwashing↩︎

  46. Bellan, M. (2024, 5 juin). Loi de simplification : les entorses au code de l’environnement validées par le Sénat. Les Echos. https://www.lesechos.fr/politique-societe/societe/loi-de-simplification-les-entorses-au-code-de-lenvironnement-validees-par-le-senat-2099430.↩︎

  47. Comme celui des Établissements Publics Fonciers.↩︎

  48. La loi SRU vise à densifier de manière raisonnée les espaces déjà urbanisés afin d’éviter l’étalement urbain : elle limite la possibilité de fixer une taille minimale aux terrains constructibles et supprime le contrôle des divisions de terrain ne formant pas de lotissements.↩︎

  49. Plans Locaux d’Urbanisme.↩︎

  50. Schémas de Cohérence Territoriale.↩︎

  51. Plans d’Occupation des Sols.↩︎

  52. Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires.↩︎

  53. Schémas régionaux d’aménagement et de développement durable du territoire.↩︎

  54. Zéro Artificialisation Nette, promulgué par la loi Climat et Résilience en août 2021, qui continue de faire l’objet de décrets d’application visant à clarifier les modalités de sa délicate mise en œuvre.↩︎

  55. Les derniers décrets datent de novembre 2023 : https://www.ecologie.gouv.fr/communique-presse-zero-artificialisation-nette-publication-decrets-dapplication.↩︎

  56. A titre d’exemple, le budget 2024 de l’EPF d’Ile-de-France est de 500 millions d’euros comme l’indique le communiqué de presse du 27 novembre 2023 (https://www.epfif.fr/wp-content/uploads/2023/11/Budget-2024-Epf-Ile-de-France.pdf)↩︎

  57. La somme des SRADDET, SCOT, PLUi, PLH, PPRI et autres prescriptions issues du travail de planification et d’aménagement du territoire.↩︎

  58. Penche, A. (2023, 15 novembre). Les acteurs fonciers avancent leurs solutions pour réguler les prix du marché et faire face à la raréfaction de l’offre. AEF info. https://www.aefinfo.fr/depeche/702511-les-acteurs-fonciers-avancent-leurs-solutions-pour-reguler-les-prix-du-marche-et-faire-face-a-la-rarefaction-de-loffre.↩︎

  59. Comme la “Task force logement” de l’AMIF ou le groupe de travail logement et foncier des Départements de France sous la présidence de Michel Ménard, Président du Département de Loire-Atlantique.↩︎

  60. Delacorne, B. (2020, 9 octobre). L’odre des architectes lance un livre blanc “collaboratif et ouvert à tous”. Batiactu. https://www.batiactu.com/edito/ordre-architectes-lance-un-livre-blanc-collaboratif-60387.php.↩︎

  61. Nous pouvons prendre l’exemple de la commission Rebsamen sur la relance durable de la construction de logements, dont le rapport a été publié en 2021.↩︎

  62. Le CNR Logement s’est conclu le 5 juin 2023 après 6 mois de concertation, 75 réunions et auditions réalisées par 3 groupes de travail qui ont abouti à 200 propositions.↩︎

  63. Pourtant illégales.↩︎

  64. Entre autres, le label Bâtiment frugal bordelais créé en mai 2021 par la municipalité.↩︎

  65. L’alliance pour le logement a été créée en septembre 2023 par la FFB, l’USH, la FNAIM, la FPI, Pôle Habitat FFB, PROCIVIS, l’UNIS, l’UNNE, l’UNSFA et l’UNTEC. https://www.union-habitat.org/l-alliance-pour-le-logement↩︎

  66. Comme en témoigne l’exemple du Bail Réel Solidaire.↩︎

  67. Hurard. C., Huault, L. (2024, 16 janvier). 1,2 million de logements vacants supplémentaires en France depuis 1990, surtout dans les zones en déprise démographique. INSEE PREMIERE n° 1979. https://www.insee.fr/fr/statistiques/7727384#:~:text=Insee%20Premi%C3%A8re%20%C2%B7%20Janvier%202024%20%C2%B7%20n,les%20zones%20en%20d%C3%A9prise%20d%C3%A9mographique.↩︎

  68. P. E., (2023, 22 septembre). En CDI et avec 2000€ par mois, elle se retrouve à dormir avec ses enfants dans sa voiture : “Je leur dis que c’est un jeu”. La Dépêche. https://www.ladepeche.fr/2023/09/22/en-cdi-et-avec-2000eur-par-mois-elle-se-retrouve-a-dormir-avec-ses-enfants-dans-sa-voiture-je-leur-dis-que-cest-un-jeu-11470804.php.↩︎

  69. Fonteneau, E. (2024, 4 avril). “Ailleurs, tout était hors de prix” : En Gironde, le camping à l’année, solution de recours très précaire. Libération. https://www.liberation.fr/societe/logement/en-gironde-le-camping-a-lannee-solution-de-recours-tres-precaire-20240404_47B6R3LD5ZAPJP5EHPYVH2ZP4M/.↩︎

  70. Ané, C. (2024, 31 mai). Quand travailler ne suffit pas à se loger. Le Monde. https://www.lemonde.fr/societe/article/2024/05/31/quand-travailler-ne-suffit-pas-a-se-loger_6236599_3224.html.↩︎

  71. Miet, D., (2024, avril). Ce n’est pas le logement qui est en crise mais les droits à bâtir. Le guide des villes vivantes. https://vv.guide/derriere-la-crise-du-logement-une-crise-de-la-planification-18796/.↩︎

  72. Normand, J.-M., (2021, 14 août). L’abeille en ville, une fausse bonne idée ? Le Monde. https://www.lemonde.fr/series-d-ete/article/2021/08/14/l-abeille-en-ville-une-fausse-bonne-idee_6091400_3451060.html.↩︎

  73. Hernandez, Denis Caraire, A. (2024, 18 janvier). BIMBY et BUNTI : faire des habitants les maîtres d’ouvrage de la transformation des tissus urbains et ruraux. Organic Cities, Paris. Sciences Po & Villes Vivantes. https://papers.organiccities.co/bimby-et-bunti-faire-des-habitants-les-maitres-d-ouvrage-de-la-transformation-des-tissus-urbains-et-ruraux.html.↩︎

  74. “Les meublés touristiques bénéficient actuellement d’un abattement de 71 %, contre 30 % pour les locations classiques. L’amendement du Sénat dans le projet de loi de finances réduisait cet abattement à 50 % pour les meublés touristiques classés – labélisés en raison de leur qualité – et à 30 % pour les biens n’ayant pas obtenu ce label. La proposition de loi examinée ce 21 mai prévoyait initialement d’aller plus loin. À l’Assemblée, les députés avaient voté en faveur d’un abattement généralisé à 30 %, que le logement soit classé ou non. Une disposition sur laquelle est revenue le sénateur LR Jean-François Husson, rapporteur de cet article au nom de la commission des finances, proposant de revenir à un abattement de 50 % pour les meublés classés, dans la limite de 77 700 euros de chiffre d’affaires par an. Un retour en arrière du Sénat critiqué par la gauche de l’hémicycle, rejointe par Max Brisson (Les Républicains) : “Le chiffre d’affaires médian des propriétaires d’un meublé de tourisme est de 4 500 euros à l’année. Un plafond de 77 700 euros risque de profiter encore aux multipropriétaires, qui font de la location touristique un business.”. Citations issues de Rédaction Public Sénat (2024, 21 mai). Airbnb : le Sénat adopte la proposition de loi pour réguler les locations de tourisme. Public Sénat. https://www.publicsenat.fr/actualites/parlementaire/airbnb-le-senat-adopte-la-proposition-de-loi-pour-reguler-les-locations-de-tourisme.↩︎

  75. “Une location Airbnb revient moins cher pour une famille entière par rapport à l’obligation de réserver plusieurs chambres d’hôtel pour que tous les membres de la famille puissent être accueillis dans ce type d’hébergement. Plus le nombre de voyageurs est important en effet, plus le coût d’une location Airbnb est partagé entre ces derniers, tout comme celui des biens et des prestations proposés, contrairement à un hôtel.” Citation issue de Schneider, V. (2024, 7 avril). Une location Airbnb est-elle vraiment moins cher qu’un hôtel ? Le mag de la conso. https://lemagdelaconso.ouest-france.fr/dossier-825-location-airbnb-est-elle-vraiment-moins-cher-hotel.html.↩︎

  76. Nous pouvons imaginer que le taux d’abattement qui fait actuellement l’objet des débats au Sénat ne soit pas fixé nationalement mais être modulable par la collectivité, voire qu’une partie des recettes fiscales des locations touristiques meublées soient affectées aux collectivités qui les génèrent par leur activité et la qualité touristique qu’elles offrent, afin de pouvoir mieux aménager et équiper leur territoire.↩︎

  77. Airbnb a mis en place une aide, modeste, en ce sens, en 2023. https://news.airbnb.com/fr/airbnb-renouvelle-le-plan-hebergement-durable-jusqua-fin-2023/.↩︎

  78. Chaudière, C. & Serrière, A. (2024, 29 janvier). Airbnb et pénurie de logements : les expérimentations commencent à porter leurs fruits. Radiofrance.fr. https://www.radiofrance.fr/franceinter/airbnb-et-penurie-de-logements-les-experimentations-commencent-a-porter-leurs-fruits-2730231.↩︎

  79. https://solidarites.gouv.fr/maprimeadapt-nouvelle-aide-pour-adapter-son-logement-la-perte-dautonomie↩︎

  80. Gless, E.(2024, 22 mai). MaPrimeAdapt’ : 5 mois après son lancement, l’aide a trouvé son public. Batiactu. https://www.batiactu.com/edito/ma-prime-adapt-5-mois-apres-son-lancement-aide-a-trouve-68561.php#:~:text=SUBVENTIONS%20Cinq%20mois%20et%20demie,euros%20de%20chantier%20par%20an.↩︎

  81. Ibid.↩︎

  82. Gallet, C. (2020, 28 décembre). Il y a 60 ans, l’Etat lançait la ZUP des Minguettes. Le Progrès. https://www.leprogres.fr/societe/2020/12/28/il-y-a-60-ans-l-etat-lancait-la-zup-des-minguettes.↩︎

  83. Petout, P. (2011). La reconstruction de la cité historique de Saint-Malo ou le débat d’“une forme en puissance contre une forme imitée”. https://m.shabretagne.com/scripts/files/5f462c8a915510.67313984/2011_08.pdf.↩︎

  84. Litzler. J.-B. (2021, 2 avril). Suivez la destruction de la barre Monmousseau aux Minguettes. Le Figaro Immobilier. https://immobilier.lefigaro.fr/article/aux-minguettes-la-destruction-des-barres-hlm-reprend_3132f5f6-9203-11eb-8804-00a9374ab700/.↩︎

  85. Sauneuf, S. (2023, 21 mars). Entreprises : qui sont les 15 plus gros employeurs du pays de Saint-Malo ? Actu.fr, Le Pays Malouin. https://actu.fr/bretagne/saint-malo_35288/entreprises-qui-sont-les-15-plus-gros-employeurs-du-pays-de-saint-malo_58131044.html.↩︎

  86. Valin-Stein, V. (2024, 30 mai). Après Parcoursup, les pistes pour réussir le très stressant “parcours logement”. Le Figaro. https://leparticulier.lefigaro.fr/jcms/c_112149/location/apres-parcoursup-les-pistes-pour-reussir-le-tres-stressant-parcours-logement-20240530.↩︎

  87. Mastrandreas, S. (2023, 29 novembre). Plus d’un étudiant sur deux est mal logé en France, selon une enquête de l’Union étudiante. Diplomeo. https://diplomeo.com/actualite-plus-dun-etudiant-sur-deux-est-mal-loge-en-france-selon-une-enquete-de-lunion-etudiante.↩︎

  88. Burn-Murdoch, J. (2024, 4 janvier). Is the west talking itself into decline? The Financial Times. https://www.ft.com/content/e577411e-3bf2-4fb4-872a-8b7d5e9139d3.↩︎

  89. Barraux, T. (2023, 3 février). À Soulac-sur-Mer, la démolition du “Signal”, l’immeuble symbole de l’érosion côtière, commence. Francebleu. https://www.francebleu.fr/infos/environnement/a-soulac-sur-mer-la-demolition-du-signal-commence-l-immeuble-symbole-de-l-erosion-cotiere-1776862.↩︎

  90. Institut Français d’EDMR (2023, 14 décembre). Chiffres clés sur l’éco-anxiété. https://www.ifemdr.fr/chiffres-cles-sur-leco-anxiete/.↩︎

  91. https://www.radiofrance.fr/franceinfo/podcasts/zero-emission/crise-climatique-il-n-y-a-pas-de-correlation-entre-le-niveau-d-inquietude-pour-l-environnement-et-la-priorite-politique-attribuee-a-cette-question-souligne-francois-gemenne-5950443.↩︎

  92. Bennafla, K., & Bayoumi, H. (2023, mars). Démonstration de puissance ou aveu d’impuissance ? La nouvelle capitale administrative de l’Égypte. Géoconfluences. http://geoconfluences.ens-lyon.fr/informations-scientifiques/dossiers-thematiques/de-villes-enmetropoles/articles-scientifiques/nca-nouvelle-capitale-egypte.↩︎

  93. Concept développé par Philippe Bihouix, notamment dans son ouvrage La ville stationnaire, co-rédigé avec Sophie Jeantet et Clémence de Selva et publié aux éditions Actes Sud en 2022. C’est également la direction prise par de nombreux d’élus et d’experts, qui considèrent que “tout est déjà là”.↩︎

  94. https://www.vv.love/.↩︎

  95. La population urbaine mondiale devrait augmenter de 2,2 milliards de personnes supplémentaires d’ici 2050 selon le rapport de l’ONU-Habitat sur les villes dans le monde 2022. https://unhabitat.org/wcr/.↩︎

  96. Comme nous aurons l’occasion d’en débattre en particulier ce soir lors du Grand Débat “Démétropolisation, une hypocrisie française ?” : https://organiccities.co/sequence/le-debat—demetropolisation-une-hypocrisie-francaise.↩︎

  97. Certains territoires sont, de plus en plus, réservés aux ménages aisés.↩︎

  98. La multipropriété a explosé ces dernières années et tend à constituer deux classes de Français : ceux ayant des perspectives de devenir propriétaires, et ceux qui ne les auront jamais.↩︎

  99. https://ceebios.com/biomimetisme/.↩︎

  100. Au sens de la modélisation des systèmes complexes telle qu’elle est issue des travaux d’Herbert Simon (cf. Herbet, A. S. (2004). Les sciences de l’artificiel. Folio essais) et tels qu’ils ont été développés en France, en particulier, à travers les travaux de Jean-Louis Le Moigne (cf. Le Moigne, J.-L. (1999). La Modélisation des systèmes complexes. Dunod).↩︎

  101. Cette R&D opérationnelle sera au cœur de notre première journée d’échanges aujourd’hui. Nous l’avons intitulée “Making Organic Cities” et elle commence dans quelques minutes !↩︎

  102. Nous aurons un premier aperçu, demain, de ce type de travaux, lors de notre deuxième journée d’échanges, que nous avons intitulée “Thinking Organic Cities”.↩︎

  103. Grégoire, E. (2024, 18 janvier). Paris, ville organique : fruit de siècles d’histoire et de ferveur. Organic Cities, Paris. Sciences Po & Villes Vivantes. https://papers.organiccities.co/paris-ville-organique-fruit-de-siecles-d-histoire-et-de-ferveur.html.↩︎

  104. Une propriété est dite émergente si elle ne peut pas être déduite des propriétés des éléments qui constituent le système. Dans les recherches en cours en intelligence artificielle, notamment dans la branche des algorithmes génétiques, cette distinction entre ce qui peut être formulé et expliqué par des mécanismes connus, et ce qui ne peut être qu’approché, produit des résultats utiles et prometteurs.↩︎

  105. En d’autres termes : qu’une ville soit la somme de millions d’actions ne nous empêche pas d’en comprendre et d’en prédire, avec méthode, le fonctionnement. Mais nous ne pouvons pas déduire de ces prédictions des limitations relatives à ce qu’elle pourrait devenir. Car ces limitations proviennent en premier lieu des limites de nos capacités d’action, et non des seules limites de notre compréhension.↩︎

  106. Miet, D. (2023, 2 août). Artificialisation des sols et rareté artificielle du foncier constructible au sein des espaces déjà bâtis : un double combat.Le guide des villes vivantes. https://vv.guide/artificialisation-des-sols-rarete-du-foncier-il-faut-lutter-contre-les-2-10103/↩︎

  107. La loi ALUR de 2014 était moins simpliste, pour deux raisons : à travers la “lutte contre l’étalement urbain”, on s’attaque en même temps au problème de la mobilité (allongement des distances) et à celui de la préservation des terres naturelles, agricoles et forestières. On trouve dans la loi ALUR des mesures (suppression du COS et du minimum parcellaire en particulier) pour autoriser et favoriser la densification, en même temps qu’on cherche à limiter l’extension urbaine, ce que n’a pas réussi à faire la loi Climat et Résilience.↩︎

  108. https://organiccities.co/sequence/le-debat—demetropolisation-une-hypocrisie-francaise↩︎

  109. Miet, D. (2023, 20 février). Crise sanitaire : le fantasme de l’exode urbain à l’épreuve des faits. Le guide des villes vivantes. https://vv.guide/crise-sanitaire-le-fantasme-de-lexode-urbain-a-lepreuve-des-faits-4792/↩︎

  110. Dans une tribune publiée le 19 novembre 2023 sur le site de la revue Le Point, Jean-Luc Moudenc, maire et président de la métropole de Toulouse tient les propos suivants : “La France a besoin des villes, de toutes les villes”. “J’émets le vœu que les habitants du périurbain trouvent plutôt des réponses à leurs aspirations en travaillant et vivant dans les petites et moyennes villes.” https://www.lepoint.fr/debats/jean-luc-moudenc-la-france-a-besoin-des-villes-de-toutes-les-villes-19-11-2023-2543690_2.php#11↩︎

  111. Timbeau, X. (2023, 19 décembre). Comprendre les métropoles par l’accessibilité aux emplois. Le guide des villes vivantes. https://vv.guide/comprendre-les-metropoles-par-laccessibilite-aux-emplois-16159/.↩︎

  112. Caraire, D. (2024, 19 avril). Urbanisation : sommes-nous devenus à ce point “indésirables” dans ces communes qui refusent notre “immigration” ? Le guide des villes vivantes. https://vv.guide/urbanisation-sommes-nous-devenus-a-ce-point-indesirables-19265/.↩︎

  113. Albizzati, C., Poulhes, M. & Sultan Parraud, J. (2017, 5 décembre). Caractérisation des espaces consommés par le bâti en France métropolitaine entre 2005 et 2013. INSEE. https://www.insee.fr/fr/statistiques/3280938?sommaire=3280952#:~:text=Entre%202005%20et%202013%2C%2015,par%20l’artificialisation%20de%20masse.↩︎

  114. Richard, M. (2024, 21 mars). Une maison et un jardin de 200 m² ou moins suffit, pour 67% des Français. Le Figaro immobilier. https://immobilier.lefigaro.fr/article/une-maison-et-un-jardin-de-200-m2-ou-moins-suffit-pour-67-des-francais_58699566-e6a2-11ee-bacb-2a769182069f/.↩︎

  115. Munson, L. (2024, 29 février). L’auto-promotion au service d’une densification douce. La Grande Conversation. https://www.lagrandeconversation.com/societe/lauto-promotion-au-service-dune-densification-douce/.↩︎

  116. De Jarcy, X. (2023, 11 septembre). La fin de la France moche : l’État l’annonce, mais peut-on y croire ? Télérama. https://www.telerama.fr/debats-reportages/la-fin-de-la-france-moche-l-etat-l-annonce-mais-peut-on-y-croire-7017107.php.↩︎

  117. La Parisien (2021, 19 octobre). La maison individuelle, “non-sens écologique” ? Emmanuelle Wargon revient sur ses propos polémiques. Le Parisien. https://www.leparisien.fr/politique/la-maison-individuelle-non-sens-ecologique-emmanuelle-wargon-revient-sur-ses-propos-polemiques-19-10-2021-ZOWJFQBDQVHFJI5KB5ZJD24TC4.php.↩︎

  118. Miet, D. (2023, 8 novembre). Prêt à Taux Zéro : pourquoi exclure la maison du dispositif est une grave erreur. Le guide des villes vivantes. https://vv.guide/ptz-pourquoi-exclure-la-maison-du-dispositif-est-une-grave-erreur-13748/.↩︎

  119. Miet, D. (2024, 5 février). La densification douce peut-elle être une réponse à l’objectif du ZAN ? Le guide des villes vivantes. https://vv.guide/la-densification-douce-une-reponse-possible-a-lobjectif-du-zan-17700/.↩︎

  120. Les CAUE sont financés en particulier par les habitants qui se font construire une maison via l’ancienne TDCAUE, aujourd’hui fusionnée dans la Taxe d’Aménagement cf. Jégouzo, I. (2024, 25 avril). Pays de Vannes. Pour préserver les sols, “la maison individuelle avec son jardin c’est fini !”. Ouest France. https://www.ouest-france.fr/bretagne/vannes-56000/pays-de-vannes-pour-preserver-les-sols-la-maison-individuelle-avec-son-jardin-cest-fini-24248916-f677-11ee-b61a-805a85d39d9d.↩︎

  121. Miet, D. (2024, 6 mars). La densification douce, ou la miniaturisation de l’industrie immobilière à l’heure du ZAN. La Grande Conversation. https://www.lagrandeconversation.com/societe/la-densification-douce-ou-la-miniaturisation-de-lindustrie-immobiliere-a-lheure-du-zan/.↩︎

  122. Ibid.↩︎

  123. Par exemple, L’Art de bâtir les villes, publié par Camillo Sitte en 1889.↩︎

  124. Les transformations de Paris sous le Second Empire, de 1853 à 1870. Le plan d’aménagement et d’extension urbaine de la ville de Barcelone est proposé en 1860 par Ildefonse Cerdà.↩︎

  125. Miet, D. (2022, 31 mai). La précarité mobilité : un problème de transports ou d’urbanisme ? Le guide des villes vivantes. https://vv.guide/la-precarite-mobilite-en-france-un-probleme-de-transports-ou-durbanisme-6178/.↩︎

  126. Porté par le développement de l’automobile et l’accès à une énergie abondante et abordable↩︎

  127. Caraire, D. (2021, 17 septembre). Conquête de l’espace : les collectivités sur la rampe de lancement ? News tank Cities. https://cities.newstank.fr/article/view/228624/conquete-espace-collectivites-rampe-lancement-denis-caraire-villes-vivantes.html.↩︎

  128. Modèle 3D.↩︎

  129. Miet, D. (2024, 6 mars). La densification douce, ou la miniaturisation de l’industrie immobilière à l’heure du ZAN. La Grande Conversation. https://www.lagrandeconversation.com/societe/la-densification-douce-ou-la-miniaturisation-de-lindustrie-immobiliere-a-lheure-du-zan/.↩︎

  130. Ibid.↩︎

  131. Pouvreau, L. (2024, 18 janvier). L’auto-promotion accompagnée : un modèle économique pour la production massive de logements abordables en France. Organic Cities, Paris. Sciences Po & Villes Vivantes. https://papers.organiccities.co/l-auto-promotion-accompagnee-un-modele-economique-pour-la-production-massive-de-logements-abordables-en-france.html.↩︎

  132. https://organiccities.co/#making.↩︎

  133. Hanss, T. (2024, 19 janvier). Épargner et partager : les deux clés qui peuvent faire de la densification douce un outil au service du renforcement de la biodiversité. Organic Cities, Paris. Sciences Po & Villes Vivantes. https://papers.organiccities.co/epargner-et-partager-les-deux-cles-qui-peuvent-faire-de-la-densification-douce-un-outil-au-service-du-renforcement-de-la-biodiversite.html.↩︎

  134. Caraire, D., Hanss, T., Hernandez, A., Lempérière, P. & Miet, D. (2021, 8 mars). Rénovation et reconfiguration : Bunti, une ingénierie de pointe pour multiplier par 10 l’effet de levier de l’investissement public. Le Moniteur. https://www.lemoniteur.fr/article/renovation-et-reconfiguration-bunti-une-ingenierie-de-pointe-pour-multiplier-par-10-l-effet-de-levier-de-l-investissement-public.2133224.↩︎

  135. Miet, D. (2024, 19 janvier). Devrions-nous rénover tous les bâtiments bien que certains soient éloignés des centres urbains ou construire plus de logements neufs au coeur des agglomérations ? Une réévaluation des besoins en logements en France. Organic Cities, Paris. Sciences Po & Villes Vivantes. https://papers.organiccities.co/devrions-nous-renover-tous-les-batiments-bien-que-certains-soient-eloignes-des-centres-urbains.html.↩︎

  136. https://organiccities.co/sequence/soutenabilite-des-densites-urbaines.↩︎

  137. https://organiccities.co/sequence/les-nouveaux-metiers-du-zan.↩︎

  138. https://organiccities.co/sequence/les-nouveaux-metiers-du-zan.↩︎

  139. Almazán, J. (2024, 18 janvier). Les modèles de micro-urbanisme spontané ou l’émergence de Tokyo . Organic Cities, Paris. Sciences Po & Villes Vivantes. https://papers.organiccities.co/les-modeles-de-micro-urbanisme-spontane-ou-l-emergence-de-tokyo.html.↩︎

  140. Almazán, J., Studiolab, (2021). Emergent Tokyo: Patterns of Spontaneous Micro-urbanism. Goff Books.↩︎

  141. Timbeau, X. (2024, 19 janvier). Modéliser l’accessibilité aux emplois : faut-il déconcentrer les emplois ou regrouper les logements ? Leçons de la Rochelle, Clermont-Ferrand et Marseille. Organic Cities, Paris. Sciences Po & Villes Vivantes. https://papers.organiccities.co/modeliser-l-accessibilite-aux-emplois-faut-il-deconcentrer-les-emplois-ou-regrouper-les-logements-lecons-de-la-rochelle-clermont-ferrand-et-marseille.html.↩︎

  142. Barraux, T. (2023, 3 février). À Soulac-sur-Mer, la démolition du “Signal”, l’immeuble symbole de l’érosion côtière, commence. Francebleu. https://www.francebleu.fr/infos/environnement/a-soulac-sur-mer-la-demolition-du-signal-commence-l-immeuble-symbole-de-l-erosion-cotiere-1776862.↩︎

  143. Miet, D. (2024, 19 janvier). Devrions-nous rénover tous les bâtiments bien que certains soient éloignés des centres urbains ou construire plus de logements neufs au coeur des agglomérations ? Une réévaluation des besoins en logements en France. Organic Cities, Paris. Sciences Po & Villes Vivantes. https://papers.organiccities.co/devrions-nous-renover-tous-les-batiments-bien-que-certains-soient-eloignes-des-centres-urbains.html.↩︎

Réutilisation

Citation

BibTeX
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  author = {Miet, David},
  publisher = {Sciences Po \& Villes Vivantes},
  title = {L’urbanisme organique comme méthode},
  date = {2024-01-18},
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  langid = {fr}
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Veuillez citer ce travail comme suit :
Miet, D. (2024, January 18). L’urbanisme organique comme méthode. Organic Cities, Paris. Sciences Po & Villes Vivantes. https://papers.organiccities.co/l-urbanisme-organique-comme-methode.html